Censure

Justice, indemnisation, mémoire : les nouvelles exigences des victimes du 28 septembre

Alors que trois procédures sont pendantes devant la Cour d’appel, la FIDH, l’OGDH et l’AVIPA demandent la programmation des audiences et une meilleure prise en compte des victimes dans le processus d’indemnisation.

Guinée- Dix-sept ans après les événements du 28 septembre 2009, les organisations de défense des droits humains réclament la programmation rapide des audiences en appel et une indemnisation effective de toutes les victimes.

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) et l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre (AVIPA) ont tenu, ce lundi 28 septembre 2026, une conférence de presse à Conakry. Au cœur des échanges : la suite des procédures judiciaires et la réparation des victimes.

Présent à la rencontre, le président de la FIDH, Me Alexis Deswaef, a rappelé l’engagement de son organisation depuis l’ouverture de l’instruction en 2011. Il estime désormais nécessaire de faire avancer les procédures devant la Cour d’appel. «Présents depuis les premières étapes d’instruction en 2011, nous avons salué les condamnations prononcées il y a deux ans. Toutefois, l’octroi d’une grâce présidentielle au principal condamné, alors même que les procédures d’appel sont en cours, suscite de vives préoccupations. Les vacances judiciaires s’achevant, la fixation d’une date d’audience devant la Cour d’appel est désormais impérative. Les victimes de crimes d’État doivent être officiellement reconnues et obtenir une juste indemnisation», a-t-il déclaré.

Du côté des victimes, la présidente de l’AVIPA, Asmaou Diallo, a rappelé le bilan humain des événements et les longues années d’attente avant l’ouverture du procès. «17 ans ont passé. Pendant longtemps, les victimes ont attendu. Elles ont parfois douté, mais n’ont jamais renoncé. L’ouverture, le 28 septembre 2022, du procès des événements du 28 septembre 2009 après 13 ans, 13 années d’attente a constitué une étape majeure», a-t-elle souligné.

Elle a également salué le jugement rendu le 31 juillet 2024 ainsi que l’engagement financier de l’État dans le processus d’indemnisation. «Nous reconnaissons également l’effort consenti par l’État pour engager le processus d’indemnisation avec la mobilisation de 119 milliards de francs guinéens en faveur des victimes reconnues par le jugement», a-t-elle rappelé.

Mais pour l’AVIPA, la réparation reste incomplète. Près de 750 parties civiles sont accompagnées ou représentées par les organisations, alors que le dispositif initial concerne 334 victimes reconnues par le jugement. «En mai 2026, moins de 200 victimes auraient effectivement reçu une indemnisation, alors que les critères, les modalités et le calendrier restent insuffisamment lisibles pour de nombreuses familles», a indiqué Asmaou Diallo.

L’association demande ainsi davantage de transparence sur le processus et la prise en compte de toutes les victimes dûment constituées. Elle réclame également l’érection d’une stèle mémorielle au stade du 28-Septembre. «À l’heure où le stade du 28 Septembre retrouve une nouvelle vie après sa rénovation, l’AVIPA demande solennellement qu’une stèle mémorielle dédiée aux victimes des événements du 28 septembre 2009 soit érigée dans l’enceinte du stade ou à son entrée», a-t-elle déclaré.

Trois procédures devant la Cour d’appel

La situation judiciaire a été détaillée par Me Bernard Sâa Dissi Millimouno, avocat de la partie civile. Selon lui, trois procédures sont actuellement pendantes devant la Cour d’appel.

Concernant le procès principal, marqué par le jugement du 31 juillet 2024, plusieurs parties ont interjeté appel, notamment la défense, le parquet et les parties civiles. «Il s’agit précisément de l’acquittement de certaines personnes, certains accusés contre lesquels nous estimons qu’il y a suffisamment de preuves, et aussi le cas des omissions parce qu’il y a les parties civiles qui ont été omises par ce jugement», a-t-il expliqué.

L’avocat a également évoqué la procédure concernant Georges Olémou, Jean-Louis Kpoghomou et autres, après l’annulation, le 23 février 2026, de l’ordonnance de renvoi. Le dossier fait l’objet d’appels du parquet et de la partie civile.

Le troisième dossier concerne le général Bienvenue Lamah, acquitté le 27 juillet 2026. Là encore, la partie civile et le parquet ont fait appel. «Et contre cette décision aussi, non seulement nous, partie civile, avons fait appel, mais aussi le parquet a fait appel. Il y a donc une précision importante à faire : c’est l’appel du parquet», a précisé Me Bernard Sâa Dissi Millimouno.

Les organisations demandent désormais la programmation des différentes audiences afin que le processus judiciaire puisse se poursuivre, parallèlement à la mise en œuvre d’un mécanisme d’indemnisation plus lisible et accessible à l’ensemble des victimes.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com