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Cinéma guinéen : deux grands rendez-vous s’unissent pour accélérer la structuration du secteur

Du 19 au 21 novembre, Conakry accueillera un rendez-vous inédit pour le cinéma guinéen. Entre ambitions internationales, patrimoine menacé et financement incertain, les acteurs du secteur veulent changer la donne.

Conakry- Prévu du 19 au 21 novembre 2026 à Conakry, le Rendez-vous international du cinéma en Guinée réunira le Salon du Cinéma Guinéen et les FIF Awards autour des enjeux de financement, de formation et de préservation du patrimoine cinématographique.

Le cinéma guinéen entend franchir un nouveau cap en misant sur la coopération entre ses professionnels. Présentée ce vendredi 16 octobre 2026 au Centre culturel franco-guinéen (CCFG), une initiative commune prévoit de réunir deux manifestations majeures du secteur : la 6ᵉ édition du Salon du Cinéma Guinéen et la 4ᵉ édition des FIF Awards. Les deux événements se tiendront du 19 au 21 novembre prochain à Conakry.

Porté par Phoenix Vision et la Société Générale du Cinéma et Musique, ce rendez-vous s’articulera autour du thème : « bâtir l’industrie du cinéma en Guinée : souveraineté culturelle, Infrastructures et financement ».

Derrière cette initiative, les organisateurs affichent une ambition : dépasser les initiatives isolées pour favoriser une dynamique collective capable de soutenir durablement la production cinématographique nationale.

Une alliance pour faire évoluer le cinéma guinéen

Pour Oumar Kourouma, président de Phoenix Vision et coordinateur général du Salon du Cinéma Guinéen, cette convergence s’inscrit dans une démarche engagée depuis plusieurs années. Elle doit permettre d’élargir la réflexion sur les conditions nécessaires à l’émergence d’une véritable industrie cinématographique en Guinée. « C’est une dynamique qui est en place depuis 2021. Nous avons fait cinq éditions et nous préparons la sixième édition prévue du 19 au 21 novembre 2026.C’est bâtir une industrie cinématographique en Guinée, et parler d’identité culturelle, de financements, mais aussi d’infrastructures », souligne-t-il.

Au-delà de la tenue des manifestations, le coordinateur général souhaite positionner le pays sur la carte des destinations cinématographiques du continent et au-delà. L’objectif, selon lui, est de « faire de la Guinée une destination privilégiée des cinéastes d’Afrique et du monde entier».

Cette ambition suppose notamment de créer des passerelles entre les acteurs, de faciliter les rencontres professionnelles et de multiplier les possibilités de collaboration.

Abdoulaye Traoré, président de l’Association nationale du cinéma et de la musique et responsable des FIF Awards, considère cette démarche comme une nécessité pour le développement du secteur. « Nous organisons nos festivals pour permettre aux cinéastes de se rencontrer, de collaborer et d’avancer ensemble. Sans collaboration, le cinéma ne peut pas progresser. Aujourd’hui, le cinéma guinéen en a besoin », affirme-t-il.

Il appelle également les professionnels à renforcer leurs liens et à privilégier l’intérêt collectif : « le cinéma, c’est une famille. Dans une famille, on fait les choses ensemble, on discute, on peut même se disputer, mais l’essentiel demeure le cinéma et le travail. La Guinée a besoin de cette solidarité. Nous, cinéastes, devons apprendre à nous apprécier, à être sincères les uns envers les autres et à travailler ensemble.»

La restauration du patrimoine au cœur du programme

La construction d’une industrie cinématographique ne repose pas uniquement sur la production de nouveaux films. La conservation des œuvres existantes constitue également un enjeu majeur pour la transmission de la mémoire culturelle guinéenne.

Sur ce volet, Oumar Kourouma annonce une table ronde consacrée à la restauration du patrimoine cinématographique national, avec un intérêt particulier pour le film Et vint la liberté. « Il y a une table ronde importante sur la restauration du patrimoine cinématographique guinéen. Nous ouvrons avec cette table ronde, parce qu’un film guinéen a été restauré récemment, Event la liberté », précise-t-il.

Les activités prévues ne se limiteront pas à cette réflexion patrimoniale. Le programme comprendra également des conférences, des panels, des projections suivies de débats, des marchés de films ainsi que des sessions de présentation de projets, communément appelées pitchs.

Des rencontres consacrées à la coproduction et des espaces de réseautage sont aussi annoncés pour rapprocher les porteurs de projets, les producteurs et les autres professionnels du secteur.

Pour Oumar Kourouma, ces échanges peuvent déboucher sur des collaborations concrètes, bien au-delà de la durée des événements. « Quand on finit l’événement, les retours qu’on a, c’est que j’ai appris, j’ai aimé, j’ai rencontré telle, et ce film que vous voyez produit là a été… Le contact a été pris pendant un événement du salon ou pendant un événement du FESPACO », explique-t-il.

Kindia mise à l’honneur pour rapprocher les professionnels

L’une des particularités de cette édition sera la place accordée à Kindia, désignée ville invitée d’honneur. Ce choix traduit la volonté des organisateurs de ne pas concentrer les activités cinématographiques dans la seule capitale.

Oumar Kourouma rappelle que plusieurs figures emblématiques du cinéma populaire guinéen sont liées à cette ville et souligne l’existence d’un environnement local favorable au développement du secteur : « on est tous à Conakry ici pour faire les événements, alors que les gens de l’intérieur font aussi du cinéma.C’est la ville pionnière, par exemple, c’est la ville de Moussa Kofoué, paix à son âme, de Kabakoudou, de Grand Devise, c’est la ville de ces icônes du cinéma populaire que nous connaissons Donc Kindia a été choisi parce qu’il y a un écosystème local en place. Délocaliser un salon qui invite les acteurs de Conakry et les mettre en rapport, en réseautage avec les acteurs de Kindia, c’est ce qui nous a nourri cette ambition-là »

Cette ouverture vers l’intérieur du pays devrait se poursuivre au fil des prochaines éditions. Les organisateurs envisagent déjà d’étendre le concept à d’autres localités, en fonction des orientations qui seront retenues. « Mais le but n’est pas de se limiter à Kindia, c’est d’aller après chaque édition dans les autres villes de la Guinée, comme Labé, N’zerekoré, peut-être Mamou… Ça dépendra du choix stratégique que nous ferons avec le comité du pilotage », précise Oumar Kourouma.

Des formations pour favoriser les productions professionnelles

Le rapprochement entre les deux manifestations concerne également les acteurs du cinéma populaire, notamment les comédiens et les techniciens, qui constituent une composante essentielle de la production audiovisuelle guinéenne.

Président de la Fédération nationale des comédiens et cinéastes de Guinée, Mohamed Damas Soumah met en avant les retombées des formations organisées dans le cadre des festivals. Selon lui, ces activités contribuent à renforcer les compétences et à préparer les professionnels à participer à des productions de meilleure qualité. « Ce festival, au-delà de célébrer et de récompenser les acteurs et les techniciens, organise des formations, des panels et des masterclasses, à l’issue desquelles formations, très souvent après chaque édition, nous allons sur des productions professionnelles », explique-t-il.

Il voit dans la mise en commun des initiatives une occasion supplémentaire d’offrir de nouvelles perspectives aux professionnels guinéens, en multipliant les opportunités d’apprentissage et de collaboration.

Partenaire du Salon du Cinéma Guinéen depuis sa deuxième édition, le CCFG accueille cette année les deux manifestations réunies. Sa Co-directrice, Djariou Bah, salue une initiative qui favorise les échanges et la réflexion autour de l’avenir du secteur. « Le Salon du cinéma est un espace d’expression, un espace de réflexion pour les projets du cinéma, pour les acteurs du cinéma. Une union que nous saluons et accompagnons», souligne-t-elle.

Le financement, un défi toujours majeur

Si les acteurs du secteur affichent leur volonté de travailler ensemble, la question des ressources financières demeure l’un des principaux obstacles au développement de l’industrie cinématographique guinéenne.

Directeur général de l’Office national du cinéma, de la vidéo et de la photographie de Guinée (ONACIG), Amara Traoré s’est réjoui de cette démarche commune, qu’il considère comme un signe d’évolution du secteur : « c’est une fierté de voir que les acteurs de ce secteur s’unir pour créer des projets conjoints.. le cinéma guinéen atteint une maturité qui favorise désormais la réalisation de projets collectifs.»

Du côté des autorités, M. Barry, représentant du ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat a rappelé que des dispositions existent déjà pour accompagner le cinéma, notamment à travers une loi sectorielle et la création d’un fonds au sein de l’ONACIG.

Il a toutefois relevé une difficulté essentielle : l’absence d’alimentation financière de ce mécanisme, alors que les projets cinématographiques nécessitent des investissements importants. « Le cinéma demande beaucoup de ressources et aujourd’hui il y a un décret qui crée le fonds au sein donc de l’ONACIG, mais le fonds n’est pas alimenté.Je voudrais vous rassurer du soutien inconditionnel du ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat d’accompagner toutes les initiatives qui pourront aider à la promotion au développement donc du cinéma de notre pays.», a-t-il déclaré.

Cette question du financement, au même titre que celle des infrastructures et de la formation, devrait occuper une place centrale dans les échanges prévus en novembre.

Le Sénégal comme pays partenaire

Pour cette édition, le Sénégal a été choisi comme pays partenaire, tandis que Kindia occupera le statut de ville invitée d’honneur. Des professionnels venus du Canada, de la Côte d’Ivoire, du Nigeria, du Burkina Faso et du Mali sont également attendus.

En réunissant le Salon du Cinéma Guinéen et les FIF Awards, les organisateurs veulent ainsi faire de la coopération un levier de transformation du secteur. Reste à traduire cette volonté en résultats concrets, notamment en matière de financement des œuvres, de professionnalisation des acteurs, de sauvegarde du patrimoine et d’ouverture du cinéma guinéen aux marchés internationaux.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com