Conakry – Le monde culturel et médiatique guinéen a accompagné Aboubacar Diallo, connu sous le nom de Séné Diallo ou Fory Séné, à sa dernière demeure ce lundi 26 octobre 2026. À l’hôpital de l’Amitié sino-guinéenne, où la levée du corps a eu lieu, les témoignages ont fait ressurgir le souvenir d’un homme généreux, engagé dans la promotion de la culture et profondément attaché aux siens. Au-delà de la douleur, plusieurs intervenants ont lancé un appel à la solidarité en faveur de sa veuve et de ses trois enfants.

La disparition de l’animateur culturel a rassemblé autour de sa dépouille des journalistes, des artistes, des acteurs culturels, des personnalités publiques et des proches. Dans une atmosphère empreinte de tristesse, les prises de parole ont permis de retracer les étapes marquantes de sa vie et de mesurer l’empreinte qu’il laisse dans le paysage culturel guinéen.
Ibrahima Sory Traoré salue un homme qui a consacré sa vie aux autres

Lors du symposium organisé en hommage au défunt, Ibrahima Sory Traoré, PDG de Guinee7, a évoqué le parcours d’un homme dont les premières marques de générosité remontent à sa jeunesse à Fria. Fils de Mamadi Diallo et de Binta Sané, Séné Diallo s’était notamment illustré en dispensant bénévolement des cours de français et de mathématiques au collège Tito.
Son engagement l’a ensuite conduit dans les médias, notamment à Nostalgie Guinée, où il a travaillé pendant près de dix ans. Sa carrière a été couronnée en 2011 par le Diassa d’or du meilleur animateur radio de Guinée. Il a également évolué dans le secteur de l’événementiel, au sein de plusieurs structures, dont Celcom, Guicopress et Djoma Médias.
Pour Ibrahima Sory Traoré, l’homme ne saurait être réduit à sa seule carrière médiatique. Il a particulièrement insisté sur sa disponibilité, sa générosité et son attachement à la mémoire collective. « Il enseignait bénévolement le français et les mathématiques au collège Tito, sans rien attendre en retour. Il était déjà, avant le micro et les projecteurs, un homme qui donne. Sur Djoma Médias, il nous tendait chaque semaine le miroir de notre passé commun. Avec tendresse, il ravivait les airs, les visages et les instants que nous connaissions bien. Il était, en quelque sorte, le gardien de notre nostalgie collective », a-t-il souligné.
À travers Sénémania, le défunt avait également contribué à la promotion des artistes guinéens en leur offrant des espaces d’expression. Une initiative qui témoigne, selon son ancien collaborateur, de son engagement en faveur de la culture nationale. « Avec Sénémania, il ouvrait des scènes aux artistes guinéens. Combien d’entre eux lui doivent leurs premiers applaudissements ? Séné était dynamique, honnête, généreux, toujours soucieux de bien faire. Mais il était surtout un époux aimant et un père de trois enfants », a-t-il soutenu.
« Toute une nation d’auditeurs pleure avec vous »

Face à la famille endeuillée, le PDG de Guinee7 a exprimé la douleur partagée par les proches du défunt et les nombreux auditeurs qui l’ont suivi au fil des années. Celui qui avait l’habitude de donner la parole aux autres se retrouve désormais au centre des hommages. « À ses enfants, à sa sœur ici présente, à son frère aussi présent, à toute sa famille, votre peine est la nôtre. Toute une nation d’auditeurs pleure avec vous. Séné, tu as passé ta vie à donner la parole aux autres. Aujourd’hui, c’est nous qui parlons de toi et les mots nous manquent. Le studio est plutôt silencieux, mais ta voix restera dans chacun de nos souvenirs », a-t-il déclaré.
Originaire, comme le défunt, de la cité de Fria, Ibrahima Sory Traoré a également rendu hommage à cette ville qui a vu grandir l’animateur et accompagné ses premiers engagements. « Fria, qui t’a vu grandir, Fria, qui t’a tout donné et qui a tout reçu de toi, te dit merci. Repose en paix, guerrier. Qu’Allah t’accorde sa miséricorde. Va en paix, mon frère ! », a-t-il lancé.
Fodéba Isto Keira appelle à soutenir les enfants du défunt

L’émotion était également perceptible chez Fodéba Isto Keira, acteur culturel, écrivain et ancien ministre de la Jeunesse et des Sports. Revenant sur sa première rencontre avec Séné Diallo au début des années 2000, il a rappelé le rôle joué par Malick Kébé dans leur mise en relation, à une époque où le défunt commençait à se faire une place dans l’animation culturelle. « Notre jeune frère Séné, c’est difficile de témoigner, mais l’honnêteté intellectuelle m’oblige à dire que cet homme que nous voyons étalé ici m’a été présenté par Malick Kébé dans les années 2000, pour que, dans mes spectacles que j’organisais à l’époque, parce que j’étais très actif avant de prendre ma retraite de la scène, il puisse présenter les spectacles de musique urbaine », a-t-il expliqué.
Au-delà de ce souvenir professionnel, l’ancien ministre a salué la mobilisation des Guinéens autour de la famille, malgré le peu de temps écoulé entre l’annonce du décès et l’organisation du symposium. « C’est l’occasion pour moi, ici, au moment où on se sépare, de présenter mes respectueuses condoléances à sa famille biologique, à l’ensemble de la presse nationale, parce que, malgré le temps court marquant l’annonce de son décès et la programmation de ce symposium, voyez déjà l’expression populaire à travers cette mobilisation de toutes les couches sociales de notre pays. Merci aux artistes, merci aux journalistes », a-t-il déclaré.
Fodéba Isto Keira a ensuite invité les participants à transformer leurs marques de compassion en gestes concrets pour accompagner la famille, notamment les enfants du défunt. « Je finis par des prières pour que son âme repose en paix. Nous disons courage à son épouse, à toute sa famille, et chacun de nous pourra apporter ce qu’il peut à sa famille pour que les enfants puissent vivre décemment », a-t-il lancé.
Patricia Adeline Lamah : « Je voudrais vous dire de ne pas oublier ses enfants »

Parmi les témoignages les plus personnels, celui de Patricia Adeline Lamah, ancienne ministre de la Promotion féminine et coiffeuse, a mis en lumière les liens affectifs qui l’unissaient au défunt. Se présentant comme sa petite sœur et sa protégée, elle a décrit un homme qui l’a constamment soutenue et encouragée. « Je vais intervenir aujourd’hui en tant que petite sœur et protégée. C’est quelqu’un qui m’a toujours protégée, qui m’a toujours accompagnée. Quelle que soit la destination que je prends, il est toujours là avec moi. Je vais juste dire à tout le monde ici présent que, s’il avait une relation particulière avec chacun, c’était une lumière pour tout le monde. Mais avant tout, c’était un humain, quelqu’un qui aimait les gens. C’est quelqu’un qui aimait élever les gens », a-t-elle témoigné.
Mais c’est surtout sur le sort des enfants que Patricia Adeline Lamah a tenu à attirer l’attention. Elle a exhorté les proches, les amis et les personnes mobilisées pour les obsèques à ne pas laisser la famille seule face à cette épreuve. « Je voudrais vous dire de ne pas oublier ses enfants, parce qu’on savait que c’était un bon papa qui adorait ses enfants. Il part aujourd’hui, mais il a laissé ses représentants qui sont ses enfants. Nous ne les oublions surtout pas. Je prie vraiment que, là où tu pars, tu partages de l’amour, de la joie comme d’habitude, et que tu reposes en paix. Que Dieu ait ton âme. Là où tu es, tu seras l’animateur auprès du Seigneur », a-t-elle ajouté.
De l’hôpital au cimetière de Rogbanè, un dernier adieu

Après les témoignages et les prières à l’hôpital de l’Amitié sino-guinéenne, la dépouille d’Aboubacar Diallo a été transportée à Taouyah, dans le quartier de Rogbanè. Une dernière prière y a été organisée avant son inhumation au cimetière du même nom.
L’animateur, également connu pour son slogan « avant c’était mieux », laisse derrière lui une épouse et trois enfants en bas âge. Son départ constitue une perte pour ses proches, mais aussi pour le milieu médiatique et culturel auquel il a consacré une grande partie de sa vie.
Au fil des interventions, un même message s’est imposé : rendre hommage à Séné Diallo ne doit pas se limiter aux paroles prononcées lors de ses obsèques. Les appels lancés en faveur de ses enfants soulignent la nécessité d’un accompagnement durable de la famille qu’il laisse derrière lui.
Si le micro de Fory Séné s’est définitivement tu, les souvenirs de ses émissions, son engagement pour les artistes guinéens et les liens qu’il a tissés au cours de sa carrière continueront de vivre dans la mémoire de ceux qui l’ont connu et écouté.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
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