LABÉ – Une scène de vive inquiétude s’est produite ce vendredi à la mosquée de Yeradè, située dans le quartier Tata 2, au centre-ville de Labé. Un adolescent, pensionnaire d’un foyer coranique du secteur, a fait irruption dans l’édifice religieux avec un couteau à la main, alors que la prière de vendredi touchait à sa fin. Selon plusieurs témoignages recueillis par Africaguinee.com, il aurait foncé en direction de l’imam avant d’être maîtrisé par des fidèles.
Le pire a été évité de justesse. D’après les témoignages, le jeune homme est arrivé par la partie Est de la mosquée, a traversé les rangs des fidèles et s’est dirigé vers l’accès réservé aux imams. La réaction rapide d’un muezzin et d’autres disciples coraniques présents sur les lieux a permis de le neutraliser et de lui retirer son couteau.
L’incident n’a toutefois pas interrompu la prière, qui est arrivée à son terme. Le jeune homme a ensuite été raccompagné à son domicile par ses condisciples.
Selon des habitants du secteur, l’adolescent présenterait des troubles de santé mentale et serait dans une période de mutisme. Son comportement avait déjà attiré l’attention la veille. Jeudi, il se serait présenté à trois reprises à la mosquée, aux heures de prière, pour réclamer la direction de l’office.
Joint tard dans la nuit par Africaguinee.com, le président du conseil de quartier de Tata 2, le colonel à la retraite Boubacar Bah, qui n’a pas pu se rendre à la mosquée pour des raisons de santé, est revenu sur les informations qui lui ont été rapportées. « L’enfant est connu ici, il vit dans un foyer coranique juste à côté. Il faut rendre grâce à Dieu, il n’y a eu aucun mal. Le garçon est venu en plein vendredi alors que la mosquée était pleine ; il aurait pu s’en prendre à quelqu’un dans la cour avant qu’on ne comprenne quoi que ce soit. Heureusement, plus de peur que de mal, l’attention de certains a été attirée sur lui, ce qui a permis de le neutraliser sans qu’il ne soit violenté. Ce qu’on m’a rapporté… Étant un peu malade, je ne me suis pas rendu à la mosquée là-bas ce vendredi. Sa venue sur place n’est d’ailleurs pas une première », déclare le chef de quartier.
Un fidèle raconte le déroulement de la scène
Un autre fidèle, qui se trouvait dans la cour de la mosquée au moment des faits, apporte davantage de précisions. Ayant prié du côté Est, par lequel l’adolescent a fait son entrée, il affirme que ce dernier était muni d’un couteau neuf et s’est dirigé vers l’accès réservé aux imams. « C’est un jeune garçon malade depuis un certain temps. C’est un disciple coranique dont le foyer se trouve dans le secteur. Il avait quitté la maison pour venir à la mosquée comme tous les autres talibés, mais avec un couteau en main. Il est arrivé en retard, alors que la prière touchait à sa fin et qu’il ne restait que le Salamaleykoum. C’est à ce moment-là qu’il a fait son entrée par l’Est, alors que tout le monde faisait le Tahiyyat pour marquer la conclusion de la prière. Le garçon tenait un couteau neuf et a foncé vers l’accès des imams. Une fois à l’intérieur, il a été maîtrisé et désarmé. Finalement, ses condisciples qui priaient à côté l’ont récupéré pour le raccompagner chez lui », témoigne-t-il.
Le fidèle précise que la plupart des personnes présentes n’ont pas immédiatement compris ce qui venait de se passer. Seules quelques personnes installées à l’avant de la mosquée auraient assisté à la scène : « quelles étaient ses intentions ? Difficile de le dire pour nous qui étions dehors. Beaucoup de fidèles n’ont rien compris sur le coup ; c’est en voyant les gens se jeter sur lui qu’ils se sont demandés ce qui se passait. Depuis l’extérieur, nous ignorions s’il visait l’imam ou quelqu’un d’autre, mais ce qui est indéniable, c’est qu’il avait un couteau. Seule une poignée de personnes situées à l’avant a assisté à la scène. Les gens n’ont été informés de l’incident qu’une fois la prière terminée. Même dans la cour, seuls les fidèles de la partie Est ont réalisé ce qui venait de se passer. »
Après l’incident, les sages et les responsables du foyer coranique se sont réunis pour examiner la situation. Le témoin indique qu’un engagement a été pris pour assurer la prise en charge médicale de l’adolescent à Conakry. « Les sages se sont réunis pour en discuter. Le maître coranique de l’enfant étant actuellement à Conakry, une assise a tout de même eu lieu : un pardon a été prononcé, et les responsables de l’école coranique présents se sont portés garants d’envoyer l’adolescent à Conakry pour y être soigné. Le petit est connu de presque tout le monde ici, mais il traverse une période de mutisme. Les forces de l’ordre s’en sont aperçues, c’est pourquoi elles sont reparties. La prière est arrivée à son terme sans être perturbée à l’intérieur », ajoute-t-il.
Le chef adjoint du quartier revient sur les précédents incidents
Mamadou Mouctar Diallo, adjoint au chef du quartier de Tata 2, a participé à la gestion de la situation aux côtés des sages et des notables de la mosquée. Présent au deuxième rang au moment des faits, il affirme que l’adolescent s’est directement dirigé vers l’imam avec son arme. « entre 13 h 40 et 13 h 45, en pleine prière, le jeune est entré directement pour rejoindre le premier rang. Il a visé l’imam avec un couteau pointu. Heureusement, l’un des muezzins a interrompu sa prière pour se lancer à sa poursuite et l’attraper. Moi j’étais au deuxième rang ; un autre jeune disciple coranique qui priait à mes côtés est venu prêter main-forte au muezzin pour le maîtriser. L’imam est resté serein et la prière est arrivée à son terme. »
Il explique que la scène est passée presque inaperçue pour une grande partie des fidèles. La situation a toutefois failli provoquer une réaction de colère chez certains habitants lorsque la nouvelle s’est répandue. « À part ceux qui étaient devant, les fidèles n’ont rien remarqué. C’est en le sortant de la mosquée, encadré par un groupe, que les gens ont compris. Certains ont cru qu’il s’agissait d’une personne évanouie. Quand la vérité s’est su, certains ont voulu se faire justice, mais la voix des sages a prévalu et tout le monde s’est calmé. L’enfant a été ramené chez lui », relate-t-il.
L’adjoint au chef de quartier révèle également que le comportement du jeune homme avait déjà suscité des inquiétudes la veille. Malgré les premières démarches entreprises auprès des responsables de son foyer coranique, il est revenu à la mosquée le vendredi avec un couteau. « Cependant, comme l’école coranique avait promis quelques jours plus tôt de mieux le surveiller à la suite d’un premier incident à la mosquée, nous avons estimé qu’il fallait demander des comptes aux responsables. J’ai donc appelé l’escadron mobile numéro 8. Les agents nous ont rejoint au foyer coranique où nous étions tous rassemblés. Nous voulions procéder à son interpellations, mais après leur avoir exposé la situation, ils ont compris l’état psychologique du jeune », explique-t-il.
Selon Mamadou Mouctar Diallo, les responsables du foyer coranique ont alors pris l’engagement de maintenir une surveillance étroite autour de l’adolescent, en attendant son évacuation pour des soins.« Les responsables de l’école ont plaidé sa cause et ont promis de l’enchaîner en attendant de l’évacuer pour des soins. Le commandant des gendarmes a examiné le jeune et a immédiatement vu que quelque chose n’allait pas. Ils ont ensuite rebroussé chemin vers leur unité, laissant la gestion locale au quartier. Finalement, les responsables du Doudhal (foyer coranique) l’ont effectivement enchaîné pour éviter tout nouveau débordement, en attendant son transfert imminent à Conakry dans les heures à venir. »
L’adjoint au chef de quartier revient enfin sur les événements de jeudi, qui auraient dû, selon lui, alerter davantage les responsables de l’établissement coranique. « Déjà jeudi, il était venu à 13 heures pour réclamer la direction de la prière, sans arme cette fois, avant d’être chassé. Il est revenu à 16 h puis à 19 h. Une délégation s’était même rendue à l’école coranique à 20 h pour en discuter avec les responsables. Nous pensions l’affaire close, jusqu’à sa réapparition armée ce vendredi. Nous leur avons intimé l’ordre de l’éloigner pour écarter tout danger. Ils ont pris l’engagement formel devant l’autorité que cela ne se reproduirait plus. Nous attendons de voir la suite », conclut-il.
Pour l’heure, les responsables locaux attendent la concrétisation de l’engagement pris par les encadreurs du foyer coranique concernant la prise en charge médicale de l’adolescent.
Abdoul Lory Sylla pour Guinee7.com
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