Après dix ans de militantisme féministe, la journaliste guinéenne Aminata Pilimini Diallo fait son entrée dans le monde littéraire avec son tout premier ouvrage, Lettre à ma sœur. Dans un entretien accordé à notre rédaction, elle revient sur la genèse de ce livre, son engagement et le message qu’elle souhaite transmettre.
Guinee7.com : Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur de votre passage de l’activisme à l’écriture ?
Aminata Pilimini Diallo : Alors, moi, j’ai toujours voulu écrire. J’ai voulu écrire depuis que je suis peut-être au collège ou au lycée. Mais à chaque fois, je me disais que j’allais écrire quelque chose de ma vie, genre une biographie, une histoire de ma vie, une histoire de mes proches. Mais je n’ai pas pu le faire jusqu’à l’université, jusqu’après l’université, jusqu’après mes dix ans de féminisme. Et donc, quand j’ai commencé le féminisme en 2015, j’écrivais sur les réseaux sociaux.
En tant que journaliste, je faisais certains articles. Et donc, j’ai toujours, comme j’ai dit, j’ai toujours voulu écrire. Et le moment était venu d’expliquer une histoire, parce que j’ai toujours voulu parler, expliquer des histoires.
Donc, en tant que féministe, il y a beaucoup de femmes qui m’écrivent, qui veulent que je leur dise comment je fais, comment j’arrive à gérer les injures, par exemple, les attaques, comment je gère les violences faites aux femmes, comment je gère les cas, comment je fais ceci, comment je fais ça. Il y avait tellement de questions que les gens me posaient. Parfois, je n’arrivais pas à répondre à toutes les questions inbox.
Je me suis dit que je peux mettre tout ceci dans un livre. Je peux expliquer une histoire, je peux inspirer. Et donc, ça peut être dans un livre, ça ne peut pas être sur une seule publication, par exemple sur Facebook. Ça ne peut pas être sur une seule vidéo sur Facebook ou sur TikTok ou autre. Donc, le mieux, c’est d’écrire parce que, comme on le dit, la parole s’envole, l’écrit reste. Et je pense qu’un jour, comme je l’ai dit tout récemment dans un autre média, qu’un jour, l’Internet va s’envoler aussi.
C’est de la science, c’est de la technologie, ce sont des machines. Mais les livres, on a grandi avec, on a vu les livres, on a trouvé des livres qui ont été écrits depuis des siècles et des millénaires. Donc, les livres vont toujours rester.
Alors, je me suis dit que tout ce que je fais sur les réseaux sociaux, tout ce que je dis dans les médias, tout ce que je fais sur le terrain, je dois mettre ça dans un seul livre et laisser ça peut-être pour toute ma vie, pour après ma vie, après des centaines et des milliers d’années. Donc, je me suis dit qu’il m’a vraiment poussé à passer de l’activisme à l’écriture. Mais même cette écriture, c’est aussi de l’activisme. C’est une autre façon de revendiquer. C’est une autre façon de militer. C’est une autre forme, donc, d’activisme.
Votre engagement féministe est-il différent dans ce livre par rapport à vos prises de parole publiques ?
Je pense qu’il n’y a aucune différence. C’est juste, comme je l’ai dit, ce sont mes paroles publiques sur les réseaux sociaux, dans les médias, sur le terrain, que j’ai mises dans un seul livre. Donc, il n’y a pas une grande différence. La seule différence, c’est que c’est de la technologie au livre. C’est ce que j’ai mis là-bas pendant des années. C’est ce que j’ai dit pendant des années ou ce que j’ai voulu dire pendant des années, mais que je n’ai pas pu dire, que j’avais dit, mais que j’ai voulu aujourd’hui élargir. Donc, ce que j’ai mis dans ce livre.
À qui s’adresse prioritairement Lettre à ma sœur ?
Le livre s’adresse aux femmes et aux filles, mais aussi aux hommes et aux garçons, qu’elles soient féministes, qu’elles soient activistes, qu’elles soient militantes ou qu’elles ne soient d’ailleurs pas, qu’elles ne veuillent même pas l’être.
Cette femme, cette fille de la Guinée, du Sénégal, du Mali, du Ghana, de l’Afrique du Sud, du Maroc, de l’Europe, de l’Amérique ou de l’Asie, qui me lira ce livre, lui parlera. Parce que ce n’est pas que du féminisme, c’est aussi une force des femmes qui sont dans ce livre. Donc, ce livre, ça parle de tout ça. Ça parle à ces gens, à ces filles et à ces femmes qui sont partout, qui militent ou pas, et à ces hommes et à ces garçons qui s’intéressent, qui veulent savoir, qui veulent s’informer, qui veulent aller au-delà même de mon livre. Mon livre n’explique pas tout ce qui est féminisme. C’est une ouverture. J’ai même des parties où je cite certains auteurs, des parties où je parle de certains féministes ou de certains combats d’autres personnes. Donc, c’est une ouverture à des recherches d’hommes, de garçons, de filles et de femmes qui veulent connaître encore mieux le féminisme.
Mais cette force qui est dans ce livre que je veux transmettre, je veux juste surtout la transmettre aux femmes et aux filles, qu’elles soient féministes ou pas. Comme je l’ai dit, ça ne s’adresse pas qu’aux féministes. Et aussi, s’il y a une féministe qui lit ce livre, qui veut militer mais qui hésite, ça sera une très belle arme pour elle ou pour lui, parce qu’il y a des hommes féministes et des garçons. Donc, c’est aussi une arme pour ceux et celles qui veulent faire du féminisme.
L’écriture de ce livre vous a-t-elle transformée ?
Oui, lorsque j’écrivais ce livre, je l’ai écrit comme la journaliste que je suis ou celle qui a l’habitude d’écrire sur Facebook, comme on le dit, la Facebookeuse que je suis. Je l’ai écrit comme ça. J’ai écrit comme j’ai l’habitude d’écrire. Mais quand j’ai fini, il fallait m’envoyer le livre à Harmattan Guinée, qui devrait normalement m’éditer. Et c’est là que j’ai commencé à comprendre les choses.
J’ai écrit le livre en janvier 2025. J’ai fini d’écrire en janvier 2025. Je voulais que ça sorte en avril. Mais quand je l’ai envoyé, j’ai compris que c’était pas comme je le pensais. Ça allait prendre vraiment du temps. La procédure était très longue. Il fallait relire, réécrire, revoir. Ce n’était pas du journalisme, c’était de la littérature. Donc, il y a eu tellement de corrections.
Jusqu’à ce que Harmattan Guinée m’a mise en contact avec une autre éditrice qui est à Dakar, qui a commencé à réécrire mon livre comme une auteure, une écrivaine. Et il a été relu par d’autres écrivaines, par d’autres femmes qui sont dans la littérature. Donc, ça m’a ouvert les yeux sur le côté écriture aussi. Et ça m’a permis de comprendre que, oui, même si j’ai la plume journalistique ou la plume que les gens adorent sur les réseaux sociaux, je n’ai pas forcément la plume littéraire. Je ne réponds pas à tous les critères littéraires. Donc, ça m’a ouvert quand même l’esprit de ce côté.
Ça m’a aussi, quand même fait découvrir une nouvelle facette de moi. Parce que toutes ces femmes qui m’ont corrigé, comme je le dis, ces écrivaines ou ces femmes littéraires qui m’ont relu, qui ont revu mon livre, ont vraiment apprécié la façon dont j’ai écrit personnellement, dans mon authenticité.
Je pense que ça, en écrivant, c’était ça. Parce que, comme je l’ai dit, je l’ai écrit en janvier, j’ai fini. Mais de janvier à septembre, je crois, il y a eu beaucoup de corrections. Donc, tu vois, ça m’a encore forgé. Et ça m’a même redonné encore le goût de réécrire un autre roman. Peut-être que je vais l’écrire dans l’année pour que ça sorte aussi en fin de 2026. Peut-être, je ne sais pas.
Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent après avoir refermé ce livre ?
Comme je l’ai dit, par exemple, les féministes qui vont lire, ou en tout cas, celles qui veulent faire du féminisme, qui vont lire. Ce que je voudrais qu’elles retiennent, c’est d’avoir la force, d’avoir le courage, d’avoir un moral d’acier. Peut-être, comme j’ai résisté, qu’ils et qu’elles résistent. Comme je l’ai dit dans le roman, je sais que ce n’est pas facile. Ce n’est pas donné à tout le monde d’être fort ou fort mentalement, moralement.
Mais ça peut les aider. Je voudrais juste qu’ils retiennent la force que j’ai, la force que je transmets dans ce roman. Et les autres qui ne sont pas des féministes aussi, surtout eux aussi ou elles, c’est d’avoir la force, le courage, c’est d’avoir la confiance en eux.
Et encore, pour les intellectuels, les gens qui vont faire des recherches, c’est de continuer la recherche. C’est de lire encore, de découvrir et de ramener la réalité, les réalités du féminisme, surtout africain. Parce que dans ce roman, j’ai expliqué que les gens disent que c’est un combat importé. En lisant le roman, on comprendra que ce n’est pas un combat importé. C’est un combat qui existe chez nous, avant que même le mot féminisme ne soit prononcé pour la première fois. En tout cas, c’est un livre pour tout le monde. Que chacun retienne la force que je transmets, que chacun ait confiance en soi et que surtout, on puisse continuer le combat du féminisme.
Entrain réalisé par Bhoye Barry pour guinee7.com
