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Conakry : un Iftar réflectif pour repenser l’éducation, l’emploi et le numérique

Une centaine de personnes issues de divers horizons ont pris part, vendredi 27 février, à une rupture collective de jeûne baptisée « Iftar réflectif », organisée à l’école primaire Kipé 2 par le mouvement Les Engagés. Au-delà du partage du repas, l’initiative s’est voulue un espace de dialogue et de réflexion autour trois thématiques majeures : l’éducation, l’emploi et le numérique.

Le public, cosmopolite, réunissait hauts cadres, responsables d’établissements, enseignants retraités, leaders de jeunesse, ainsi que des citoyens venus de différents milieux socioprofessionnels. Une diversité assumée par l’initiatrice du mouvement, Madame Cissé Maïmouna Diakhaby.

« L’objectif de cet Iftar réflectif, c’est d’inviter des personnes et des personnalités de toutes les strates de la société à venir discuter sur trois thématiques clés », a-t-elle expliqué. Pour cette première rencontre, l’accent a été mis sur l’éducation, considérée comme un pilier central du développement.

Selon elle, le mouvement entend favoriser une approche participative. « On se dit, au niveau des Engagés, qu’il est du devoir de chaque citoyen de venir proposer des solutions sur la thématique éducative en Guinée (…) afin de permettre aux Engagés de produire un livre blanc que nous allons ensuite proposer aux autorités compétentes », a-t-elle précisé, soulignant l’ambition d’influencer les politiques publiques à partir des propositions citoyennes.

Dans cette dynamique s’inscrit le projet CAP2032, une initiative structurée sur sept ans. « Nous avons notre projet qui s’appelle CAP2032, qui permettra d’ici les sept prochaines années à proposer des solutions concrètes au pouvoir public (…) afin de pouvoir trouver des solutions concrètes aux problématiques en lien avec l’éducation en Guinée », a détaillé Mme Cissé.

Le mouvement s’appuie également sur une plateforme numérique, lesengagés224.org, pour recueillir les contributions à travers un sondage national, tout en menant des consultations de terrain « en allant dans les marchés, en allant voir des bijoutiers, des coiffeurs (…) du PDG au chauffeur de taxi ».

Au cœur des préoccupations : le décrochage scolaire. « Seulement 24% des jeunes restent à l’école jusqu’au niveau du lycée et ça c’est quand même alarmant », a alerté l’initiatrice, s’interrogeant sur les solutions à apporter pour améliorer l’accès à l’école dans les villages, réduire l’abandon scolaire et optimiser le ratio enseignant-élève. « Nous voulons trouver ensemble des solutions pérennes (…) pour ne pas que les solutions viennent simplement des bureaux ou des hauts cadres, mais que cela reflète la pensée de tous les Guinéens », a-t-elle insisté.

Lors de cet Iftar, les participants ont activement contribué aux échanges. Certains ont pris la parole pour partager leurs analyses et expériences, tandis que d’autres ont répondu à des questions consignées sur des fiches distribuées par les organisateurs. Des pistes de solutions ont ainsi émergé.

L’initiative a reçu un accueil favorable de la part de l’établissement hôte. Mountaga Souaré, directeur de l’école primaire Kipé 2, s’est dit honoré du choix porté sur son école. « Ce n’est pas la seule école dans la commune de Ratoma ou dans toute la capitale. Mais si on laisse toutes les écoles, on vient vers nous, c’est que les engagés ont eu confiance en nous », a-t-il déclaré, se réjouissant du bon déroulement de la rencontre.

Pour lui, cette rupture collective va au-delà du cadre religieux. « Cette rupture collective, elle aide, elle appuie, l’amour est là. Ça tisse les relations », a-t-il affirmé, mettant en avant la dimension fédératrice de l’événement qui a réuni musulmans et chrétiens autour d’un même idéal.

Le directeur a également salué la pertinence des thématiques abordées, notamment l’abandon scolaire. « Ce sont des thèmes très importants que nous devons beaucoup débattre au niveau de nos établissements, au niveau du système éducatif et plus particulièrement au sein du gouvernement », a-t-il soutenu, estimant que la sensibilisation à Conakry comme à l’intérieur du pays pourrait contribuer à réduire le décrochage, notamment chez les jeunes filles.

À travers cet Iftar réflectif, le mouvement Les Engagés entend ainsi installer des « causeries nationales » sur l’ensemble du territoire, dans l’objectif de faire émerger une intelligence collective capable d’apporter des réponses durables aux défis liés à l’éducation, à l’emploi et au numérique en Guinée.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com