Censure

Enseignement supérieur : le SNAESURS soumet un mémorandum à la ministre et exige l’application des engagements de l’État

Le Syndicat national autonome de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique réclame l'application des engagements de l'État, la régularisation des personnels, le financement de la recherche et l'amélioration des conditions de travail des enseignants-chercheurs.

Conakry – Le Syndicat national autonome de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (SNAESURS) hausse le ton. Dans un mémorandum adressé à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Bureau exécutif national du syndicat interpelle les autorités sur la situation académique, professionnelle, financière, statutaire et sociale des enseignants-chercheurs et chercheurs des établissements publics à caractère scientifique (EPS). À travers ce document, le syndicat formule une série de revendications qu’il estime fondées sur les lois en vigueur, les décrets d’application ainsi que les protocoles d’accord conclus avec le gouvernement.

Le SNAESURS rappelle que son mémorandum s’appuie notamment sur la Constitution du 26 septembre 2025, la loi portant statut particulier des institutions d’enseignement supérieur et de recherche scientifique, les décrets de 2024 relatifs à l’organisation des universités publiques et à la rémunération des enseignants-chercheurs, ainsi que les protocoles d’accord signés avec le gouvernement en juillet 2023 et novembre 2025. Le syndicat souligne également qu’il s’inscrit dans une démarche de dialogue social responsable et sollicite la mise en œuvre effective des engagements pris par l’État.

Une autonomie des universités jugée incomplète

Premier point soulevé par le SNAESURS : l’autonomie des établissements publics à caractère scientifique. Le syndicat estime que, malgré les textes qui consacrent leur autonomie administrative, financière et académique, plusieurs prérogatives continuent d’être exercées par le ministère.

Il cite notamment la gestion des inscriptions et réinscriptions des étudiants, la production des cartes d’étudiants, les bibliothèques numériques, la protection sanitaire des étudiants ou encore la réforme des programmes. À cela s’ajoutent les retards dans le versement des subventions de l’État et la multiplication des postes vacants, qui, selon le syndicat, fragilisent le fonctionnement des institutions.

Le SNAESURS demande ainsi le transfert effectif de ces compétences aux universités, le paiement régulier des subventions prévues par la loi, ainsi que la nomination rapide des responsables aux postes vacants.

Le programme « 5 000 Masters et 1 000 PhD » au cœur des préoccupations

Le mémorandum revient également sur l’arrêt du programme national « 5 000 Masters et 1 000 PhD », suspendu depuis près de trois ans selon le syndicat.

Le SNAESURS affirme que cette interruption met en difficulté les enseignants déjà engagés dans des formations de Master ou de Doctorat, en Guinée comme à l’étranger, plusieurs étant désormais contraints d’autofinancer leurs études, voire d’abandonner leurs recherches.

Le syndicat demande le déblocage immédiat des financements, la prise en charge des formateurs déjà inscrits ainsi que le lancement, sans délai, de l’appel à candidatures attendu depuis 2024 avec un calendrier précis et une enveloppe budgétaire clairement définie.

Des moyens insuffisants pour la recherche

Le SNAESURS estime également que la recherche scientifique est aujourd’hui sous-financée.

Le mémorandum dénonce l’absence de financement pour la participation des chercheurs aux colloques, conférences et forums scientifiques, les difficultés liées aux frais de publication des travaux de recherche, le manque d’équipements des laboratoires, l’insuffisance des infrastructures pédagogiques ainsi que la faiblesse de la connexion Internet dans les établissements.

Le syndicat réclame la mise en œuvre effective du Fonds national de recherche prévu par le décret de 2024, l’ouverture d’une ligne budgétaire dédiée aux activités scientifiques ainsi que la modernisation des laboratoires et des infrastructures universitaires.

Engagement des contractuels, salaires et primes

Le mémorandum consacre un important chapitre à la situation des personnels.

Le SNAESURS demande l’engagement à la fonction publique de tous les enseignants-chercheurs, homologues et contractuels ayant satisfait aux opérations de biométrie et de pré-enrôlement. Il cite notamment les 56 homologues de l’UGLC-Sonfonia, les 35 homologues de l’UGANC, les médecins reclassés ainsi que plusieurs contractuels des institutions d’enseignement supérieur et du cabinet du ministère.

Le syndicat réclame également la signature des contrats d’objectifs et de performance des contractuels locaux, le paiement des trois mois d’arriérés de salaires des personnels engagés en novembre 2024 et des contractuels étrangers recrutés en 2026, le règlement des arriérés des contractuels du cabinet ainsi que le déblocage des salaires suspendus de certains enseignants-chercheurs.

Concernant les avantages financiers, le SNAESURS demande le paiement, avec effet de rappel, des primes de rendement liées aux publications scientifiques, des primes de risque destinées aux personnels des laboratoires et ateliers ainsi que des primes convenues lors des dernières négociations entre le gouvernement et le syndicat.

Réformes statutaires et amélioration des conditions de travail

Le syndicat réclame également un reclassement exceptionnel des titulaires de Master au grade d’assistant afin de mettre fin aux disparités de traitement avec d’autres diplômés jugés équivalents.

Il demande par ailleurs la révision du décret de 1989 régissant les emplois de l’enseignement supérieur et surtout la finalisation du statut particulier des enseignants-chercheurs et chercheurs, toujours attendu malgré les dispositions de la loi de 2023.

Enfin, le SNAESURS plaide pour de meilleures conditions de travail, notamment la dotation des responsables universitaires en véhicules de service, le rétablissement d’un second jour de repos hebdomadaire pour les personnels des établissements publics à caractère scientifique ainsi que l’amélioration des conditions de vie des enseignants-chercheurs retraités.

Le SNAESURS privilégie le dialogue, mais n’exclut pas des actions

En conclusion, le syndicat affirme que ses revendications « ne procèdent d’aucune volonté de confrontation », mais traduisent son attachement au respect de la légalité, à la qualité de l’enseignement supérieur et aux engagements souscrits par l’État.

Il sollicite l’ouverture immédiate de séances de travail avec le ministère afin d’établir un chronogramme de mise en œuvre des différentes mesures avant la fin des vacances universitaires.

À défaut d’une suite jugée satisfaisante, le SNAESURS prévient qu’il se réserve le droit de recourir aux actions syndicales garanties par la Constitution et les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) pour défendre les intérêts des enseignants-chercheurs et chercheurs et préserver l’avenir de l’enseignement supérieur en Guinée.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com