Censure

Porté par ses amis jusqu’en classe, Alhassane Camara décroche son bac et vise une carrière d’avocat

Admis au baccalauréat unique 2026 en Sciences sociales, Alhassane Camara, handicapé moteur depuis l'âge de 5 ans, a surmonté de nombreux obstacles grâce à sa détermination et au soutien de ses proches. Il ambitionne désormais de poursuivre des études de droit.

CONAKRY – Pour Alhassane Camara, l’admission au baccalauréat unique 2026, en Sciences sociales (PV n°103983), est bien plus qu’une réussite scolaire. C’est la récompense de plusieurs années de persévérance face à un handicap moteur qui l’empêche de marcher depuis l’âge de 5 ans. Derrière ce succès se cachent des sacrifices, une volonté à toute épreuve et une formidable chaîne de solidarité.

 

 

Admis au 7837 rang, le nouveau bachelier ne cache pas sa joie. Ému, il rend d’abord hommage à ses parents, à ses enseignants et surtout à ses camarades, qui l’ont accompagné au quotidien tout au long de son parcours. « Je suis fier de moi, surtout de mes parents et de mes encadrants, parce que tout cela ne serait pas possible sans leur soutien. C’est un rêve qui était à la base de ce projet. Il y a 8 ans de cela, j’ai rêvé de devenir un jour le meilleur avocat de toute l’humanité. Donc, pour ce rêve, je me suis dit de me battre à fond pour qu’un jour je puisse le réaliser. Ça n’a vraiment pas été facile physiquement. C’est pourquoi je tiens à remercier mes amis pour ce succès, sincèrement, parce qu’ils ont mis leurs pieds à ma disposition durant toute l’année. Ils ont fait tout ce que je leur ai demandé. Ils ont fait en sorte que je puisse me sentir apte. La majeure partie de mes travaux, c’est eux qui les faisaient à ma place. Tout effort physique, tout effort difficile pour moi, que je devais faire, c’est eux qui se sont engagés à le faire à ma place », confie-t-il.

Un quotidien marqué par les difficultés

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Pour rejoindre les salles de classe de l’école SEMYG, chaque journée demandait une véritable organisation. Ses parents faisaient appel à un motard pour le conduire à l’établissement. Une fois arrivé, ses amis prenaient le relais.

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En évoquant cette réalité, Alhassane explique : « durant l’année scolaire, mes parents ont fait le nécessaire pour me trouver un motard afin de me transporter de la maison à l’école. Une fois à l’école, il y a mes amis qui me portaient dans leurs bras pour me faire monter à l’étage, dans la salle. Vous savez, SEMYG est une école à deux étages, donc il faut monter les escaliers. Il y a aussi mes encadrants que je remercie. Ils ont fait tout ce que ce qui était possible pour m’aider. »

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Fort de son expérience, le jeune homme souhaite que les futurs élèves en situation de handicap bénéficient d’un meilleur accompagnement dans les écoles. « L’année prochaine, si un autre élève arrive à s’inscrire dans cet établissement en étant handicapé comme moi, il faut faire en sorte que son déplacement et ses travaux soient accompagnés d’une aide. Ce n’est pas facile de commencer les études jusqu’à atteindre mon niveau en étant handicapé. C’est très rare parce que ce n’est pas facile, ce n’est pas du tout facile », plaide-t-il.

Le droit comme objectif

L’obtention du baccalauréat n’est qu’une étape. Alhassane nourrit désormais l’ambition d’intégrer une faculté de droit afin de réaliser le rêve qui l’anime depuis plusieurs années. « Je veux faire le droit et ce choix est motivé par une audience que j’ai regardée à la télévision,  il y a 8 ans. De la manière dont les choses se déroulent et dont les avocats sont, ça m’a vraiment motivé. C’est à partir de là que je me suis décidé. Si j’ai la possibilité, c’est ce que je vais faire. C’est mon choix », affirme le nouveau bachelier.

Une mère qui n’a jamais cessé d’y croire

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À ses côtés, sa mère, Mme Camara Djenabou Touré, revient avec émotion sur le combat mené par son fils depuis son enfance. « C’est l’aîné de ma famille et l’unique garçon. Depuis l’âge de 5 ans, il a arrêté de marcher. Après plusieurs tentatives pour le remettre sur pied, les médecins nous ont dit qu’il fallait qu’il soit évacué. N’ayant pas les moyens financiers, on l’a maintenu ici et misé sur son éducation. Depuis son arrivée à l’école SEMYG, les encadrants font tout leur possible pour faciliter sa vie scolaire. Nous les remercions et les félicitons pour ce succès. Le transport n’a pas été facile : chaque jour, il y a un motard qui le transporte, ses amis, à leur tour, le soulèvent jusqu’au deuxième étage où se trouve sa classe. En 12e, il a perdu son ami qui l’assistait dans ses déplacements (Sory). Qu’il repose en paix », raconte-t-elle.

Elle se souvient également des semaines de révision précédant le baccalauréat, particulièrement éprouvantes pour son fils. « Pendant les préparatifs, quand il suivait les cours intensifs de 8 h à 18 h pendant une semaine, il faisait cinq jours de maladie dus à des douleurs corporelles. Pendant ces jours à la maison, il se mettait à jour à l’aide de ses amis. Il faisait des révisions nocturnes », explique-t-elle.

Un appel à l’État pour la suite des études

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Si le baccalauréat est désormais en poche, la famille s’inquiète des moyens nécessaires pour permettre à Alhassane de poursuivre ses études universitaires. « Nous sollicitons l’aide de l’État. Nous n’avons rien, c’est par résilience qu’il est à ce niveau. Qu’il nous aide concernant ses études universitaires, qu’il le prenne en charge en le faisant voyager, vu qu’il est malade en plus des difficultés liées à son handicap pour s’adapter au système éducatif. Pour l’université, il faut un moyen de transport adéquat, pourtant nous n’avons pas ces moyens », demande sa mère.

Elle redoute également les difficultés d’accessibilité dans certains établissements d’enseignement supérieur. « Concernant son orientation, j’ai des craintes, surtout s’agissant de l’intérieur du pays où les bâtiments à étages sont inadaptés. À SEMYG, ils nous ont aidés, mais tout le monde n’a pas cette compassion. Par exemple, durant les cinq jours d’examen, j’ai renoncé à une semaine de travail pour pouvoir l’aider dans son centre : l’amener, l’installer, l’attendre et le ramener à la maison, sachant que j’ai ses sœurs à ma charge. C’est pourquoi j’appelle à la générosité du président Mamadi Doumbouya, de ses ministres et de tout le gouvernement », lance-t-elle.

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Avant de conclure, elle adresse un message aux parents d’enfants en situation de handicap. « À toutes les mères qui ont des enfants porteurs de handicap : ce n’est pas une raison de les réduire à mendier ou à les rendre incapables. Dieu leur a ôté la motricité, mais pas leur capacité intellectuelle ni leurs facultés. Donc, encourageons-les, soutenons-les. Le mien, bien qu’il soit handicapé moteur, c’est mon espoir puisque c’est d’abord lui, c’est l’aîné de ma famille. »

Le parcours d’Alhassane Camara met en lumière les obstacles auxquels sont confrontés de nombreux apprenants en situation de handicap en Guinée. Son histoire démontre néanmoins qu’avec le soutien de la famille, des enseignants, des camarades et des dispositifs adaptés, il est possible de transformer les difficultés en réussite et d’ouvrir la voie à de grandes ambitions.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com