Conakry- Les marchandes du marché Enco 5 ont exprimé leur colère ce mardi matin. Elles dénoncent notamment le coût jugé élevé des places dans un marché privé construit sur le site où elles doivent désormais s’installer. Elles réclament également des espaces accessibles pour poursuivre leurs activités et demandent le départ du maire de Matoto, Moussa Diallo.

Après plusieurs heures de présence sous l’encadrement des agents de la gendarmerie et de la police, la situation s’est tendue. Les vendeuses ont momentanément occupé la chaussée, perturbant la circulation pendant près de 20 minutes, avant que les forces de l’ordre ne parviennent à rétablir le trafic.
Sur place, les explications du deuxième vice-maire de Matoto n’ont pas suffi à calmer les manifestantes, qui sont restées mobilisées pour faire entendre leurs revendications.

Parmi elles, Alamako Kourouma explique que les commerçantes avaient accepté de quitter les abords des routes à la suite des instructions des autorités : « nous nous sommes pliées à la décision du président Mamadi Doumbouya, quand il a dit vouloir débarrasser des encombrants physiques le long des routes. C’est ainsi que nous avons décidé de libérer la route afin d’entrer dans la cour que Balla Samoura nous a montrée l’autrefois. »
Selon elle, les vendeuses avaient accepté de s’installer temporairement dans l’espace qui leur avait été proposé, dans l’attente de la construction d’un marché définitif. « Il nous a montré aussi l’espace situé en face qui doit nous abriter une fois la construction des magasins terminée », a-t-elle expliqué.»

Mais la commerçante affirme que l’accès aux nouveaux espaces commerciaux pose désormais problème. Elle dénonce notamment l’attribution de boutiques à des commerçants venus d’autres marchés : « une partie de ce marché est disponible. Mais nous constatons l’occupation des lieux par favoritisme. On donne les magasins aux commerçants de Madina, dont certains sont prêts à débourser des millions. Nous, n’avons pas de moyens. »

Alamako Kourouma dénonce également le montant demandé pour accéder aux différentes installations : « une boutique dans ce nouveau marché varie entre 2 millions 500, 3 millions jusqu’à 7 millions de francs guinéens. Les tables sont louées à 150 mille. Utiliser la douche coûte 5 mille francs. »
Face à cette situation, elle appelle directement à l’intervention du chef de l’État : « nous demandons au président Mamadi Doumbouya de nous venir en aide. Qu’il trouve un endroit pour que nous puissions mener nos petits commerces. »
La mairie défend le nouveau site

De son côté, le deuxième vice-maire de Matoto, Mohamed Tahir Souaré, explique que les autorités étaient présentes pour sensibiliser les vendeuses et les encourager à rejoindre le nouveau marché : « on était venu ce matin pour sensibiliser les femmes, nos sœurs, de bien vouloir déménager dans le nouveau local que l’État a pu trouver pour eux. »
L’élu reconnaît toutefois que les travaux ne sont pas totalement achevés, tout en estimant que certaines parties du site peuvent déjà être occupées : « ils disent que le chantier n’est pas fini. Ce que… je suis tout à fait d’accord. Mais quand même, il y a beaucoup qui sont faits, hein. Il y a des espaces quand même qu’on peut occuper à date. »

Pour Mohamed Tahir Souaré, les nouvelles installations offrent de meilleures conditions que l’espace actuellement occupé par les commerçantes : « l’autre côté là [nouveau bâtiment], est plus confortable que là où ils sont d’abord. On peut le dire sans risque de se tromper. »
Il rappelle également que l’installation actuelle devait être provisoire. Selon lui, les vendeuses y sont restées bien plus longtemps que prévu : « l’État, soucieux de sa population, avait décidé, d’installer nos mamans là-bas pour un délai de 10 jours. Ce délai, aujourd’hui on est à 7 mois. »
Concernant le prix des boutiques, le deuxième vice-maire assure que des démarches sont en cours pour rendre les espaces plus accessibles aux commerçantes : « monsieur le Maire avait écrit à la plus haute autorité de dire à l’investisseur que les grands magasins qu’il avait, qui coûtaient un peu plus cher, de les diviser en des petites unités pour permettre à nos sœurs d’avoir des boutiques à moindre coût. »
Il ajoute : « on est en train de diviser ces grandes boutiques en de petites boutiques pour permettre aux femmes vraiment d’obtenir des boutiques avec des moindres coûts. »
Alors que les tensions restent vives, la mairie assure vouloir poursuivre les discussions avec les vendeuses et promet de les accompagner dans le processus de réinstallation : « le message est très simple. Qu’elles comprennent que jamais, et jamais de la vie, le Président de la République Mamadi Doumbouya ne va les abandonner. Jamais le Premier ministre, chef du gouvernement ne va les abandonner. Le gouvernorat, la mairie de Matoto seront à leurs côtés jusqu’à la fin du processus. »

Le bras de fer entre les commerçantes et les autorités autour du marché Enco 5 reste donc ouvert, avec en toile de fond la question du coût des espaces commerciaux et celle du relogement définitif des vendeuses.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
