Censure

Port de Conakry : l’attente baisse à 15 jours, les surcoûts restent

L’attente des navires au port de Conakry est passée à 15 jours, selon le ministre. Mais Kuehne+Nagel juge la congestion sévère, et elle se paie à l’import.

L’attente des navires en rade au port autonome de Conakry est tombée à 15 jours, contre plus de 30 auparavant, selon le ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo. Un progrès qu’il juge lui-même insuffisant. Le transitaire Kuehne+Nagel qualifie toujours la congestion de « sévère », et l’armateur Hapag-Lloyd a relevé sa surcharge sur Conakry. Une facture qui finit dans le panier de la ménagère.

Le ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo, a annoncé, ce weekend, dans une publication sur sa page Facebook que « l’attente des navires en rade est désormais de 15 jours, contre plus de 30 ». Le ministre reste toutefois prudent, et il faut lui reconnaître cette honnêteté lorsqu’il parle du port autonome de Conakry : « C’est un progrès. Ce n’est pas encore assez. »

Une congestion toujours jugée « sévère »

À propos de nos sources

Kuehne+Nagel

Groupe logistique fondé en 1890 à Brême, basé en Suisse et présent dans plus de 100 pays. Numéro un mondial du fret maritime (environ 4,3 millions d’EVP en 2025), il n’exploite pas de navires mais organise le transport pour ses clients. Ses bulletins sur la congestion des ports font référence.

Hapag-Lloyd

Armateur allemand basé à Hambourg, cinquième compagnie mondiale de porte-conteneurs (plus de 300 navires). Allié à Maersk au sein de Gemini depuis 2025 et implanté en Afrique de l’Ouest, il fixe ses propres tarifs, dont la surcharge de haute saison sur Conakry.

Les deux groupes sont liés : Kühne Holding contrôle Kuehne+Nagel et détient environ 30 % de Hapag-Lloyd.

 

Le constat des professionnels du transport maritime va dans le même sens. Dans sa dernière édition, publiée le 13 octobre, le transitaire Kuehne+Nagel qualifie la congestion au port de Conakry de « sévère ». Selon ce rapport, « les postes à quai sont attribués selon la règle du premier arrivé, premier servi, et chaque armateur ne peut avoir qu’un seul navire à quai à la fois ».

En un mot, le port de Conakry reste « fortement perturbé ». Or Kuehne+Nagel classe un port dans cette catégorie dès que l’attente dépasse 4 jours. Avec les 15 jours annoncés par le ministre, Conakry se situe donc à plus de trois fois ce seuil.

La situation n’est pas nouvelle. Dans sa note couvrant la période du 29 juillet au 4 août 2026, Kuehne+Nagel signalait déjà que le port de Conakry restait congestionné, avec une forte pression sur les capacités de stockage des conteneurs secs comme frigorifiques. Le transitaire jugeait alors ce port le plus contraint de son réseau, avec un risque élevé de retards et de marchandises reportées sur des navires suivants.

Conakry loin derrière Dakar et Abidjan

La comparaison avec les ports voisins est parlante. Selon les données de Kuehne+Nagel, en mai, le temps d’attente moyen des navires sur sept jours tournait autour de 2,86 jours à Dakar, soit environ 70 heures. À Abidjan, l’attente moyenne était d’environ 5,2 jours début août. Même ramenée à 15 jours, l’attente à Conakry reste nettement au-dessus.

Une surcharge plus de trois fois supérieure à celle de Freetown

Ce retard a un prix, et ce sont d’abord les importateurs qui le paient. L’armateur Hapag-Lloyd a relevé sa surcharge de haute saison (PSS) sur Conakry. Pour les marchandises chargées à partir du 12 août 2026 en provenance d’Asie et d’Océanie, elle s’élève à 1 750 dollars par EVP (équivalent vingt pieds, l’unité de mesure d’un conteneur standard) pour les conteneurs secs, et à 2 250 dollars pour les conteneurs frigorifiques. À titre de comparaison, la PSS appliquée par Hapag-Lloyd à Freetown, en Sierra Leone voisine, est de 550 dollars par EVP, soit plus de trois fois moins que pour un conteneur sec à destination de Conakry.

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Ces surcoûts ne restent pas dans les comptes des transitaires. Riz, huile, produits surgelés, pièces détachées : une large part de ce que consomment les Guinéens arrive par conteneur au port de Conakry. La congestion se paie donc concrètement au panier de la ménagère. Ce n’est pas un problème réservé aux logisticiens.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com