Au lendemain de l’ouverture d’une enquête préliminaire sur la gestion du Fonds national pour l’insertion des jeunes (FONIJ-Guinée), trois des quatre responsables concernés ont réagi auprès de Guinee7.com. Ousmane Touré, qui aurait géré le fonds de 2014 à 2019, dit avoir appris l’existence de l’enquête par les médias et n’avoir été ni convoqué ni entendu. Mohamed Nabé, ancien directeur général devenu député, dit ne pas pouvoir se prononcer tant que l’Assemblée nationale n’aura pas été saisie officiellement. L’actuel directeur, Abdouramane Baldé, « reste à la disposition des autorités ». L’enquête, ordonnée par le procureur spécial de la CRIEF, doit établir si l’argent public destiné à l’emploi des jeunes a été bien géré depuis la création du fonds.
« Difficile pour moi de commenter. Parce que je n’en sais rien. Je l’ai appris à travers les médias. J’ai pas été convoqué, pas été entendu. Je ne sais pas de quoi on parle », a déclaré à Guinee7.com Ousmane Touré, analyste financier qui aurait géré le FONIJ de 2014 à 2019.
Également contacté, Abdouramane Baldé, l’actuel directeur du fonds, n’a pas souhaité commenter le fond du dossier. Il dit ne pas avoir d’avis public sur l’enquête et affirme qu’il « reste à la disposition des autorités ».
Mohamed Nabé, directeur général du FONIJ de 2008 à 2011 et aujourd’hui député, dit pour sa part ne pas pouvoir se prononcer tant que l’Assemblée nationale n’aura pas été saisie officiellement. Son mandat de parlementaire pourrait en effet faire intervenir l’Assemblée dans la suite de la procédure, au titre de l’immunité parlementaire.
Mariama Ciré Baldé, directrice générale de 2019 à 2022, n’avait pas donné suite à nos sollicitations au moment de la mise à jour de cet article.
Aucun d’eux n’est poursuivi à ce stade. Une enquête préliminaire sert à établir des faits, et les quatre personnes citées bénéficient de la présomption d’innocence. Au terme de cette phase, il reviendra au parquet spécial de décider des suites à donner.
Une enquête ordonnée par le procureur spécial de la CRIEF
L’ouverture de l’enquête a été révélée par le site Mondemedia, qui a consulté le document, avant d’être relayée par plusieurs médias guinéens. Dans une instruction datée du 2 novembre 2026, adressée au directeur central de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, demande des investigations sur la gestion du FONIJ depuis sa création.
Selon ce document, l’enquête porte sur des faits présumés de détournement de deniers publics, de corruption d’agents publics, d’enrichissement illicite et de complicité.
Un fonds public créé pour l’emploi des jeunes
Créé en 2007 et officialisé par décret le 29 juillet 2010, le FONIJ a pour mission de soutenir l’emploi et l’insertion professionnelle des jeunes en Guinée. Il est placé sous la tutelle administrative du ministère chargé de la Jeunesse et sous la tutelle financière du ministère de l’Économie et des Finances.
Dans son instruction, le procureur spécial évoque le faible taux de remboursement des financements accordés entre 2016 et 2019. Il s’interroge aussi sur la gestion du budget de l’institution, qui s’élevait à 5,15 milliards de francs guinéens en 2023.
Grand Prix FONIJ, Lassiri et Nexus concernés
Trois programmes font partie des vérifications envisagées. Le Grand Prix FONIJ, organisé pour promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes, aurait mobilisé une enveloppe estimée à 1,3 milliard de francs guinéens. Le programme Lassiri est destiné à la formation et à l’autonomisation de 1 100 jeunes filles, avec notamment le financement de 100 microprojets. Le programme Nexus vise, lui, l’incubation et l’accélération de projets innovants et numériques.
Bénéficiaires, circuits financiers et conflits d’intérêts à vérifier
Les enquêteurs devront d’abord s’assurer que les bénéficiaires enregistrés sur la plateforme e-FONIJ existent bien, en croisant ces données avec les numéros d’identification nationale (NIN) et les contacts téléphoniques.
Ils devront aussi rechercher d’éventuelles surfacturations dans les programmes financés, en particulier le Grand Prix FONIJ, et examiner l’usage des subventions internationales non remboursables. Le procureur spécial demande de retracer les mouvements financiers du fonds à la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) et dans les banques commerciales, afin d’identifier qui a ordonné les décaissements et de vérifier le respect des règles de passation des marchés.
Un volet porte enfin sur d’éventuels conflits d’intérêts : il s’agit de déterminer si certaines entreprises bénéficiaires appartiennent à des agents du FONIJ ou à leurs proches.
CENTIF, expertise comptable et contrôles dans les antennes
Pour mener ces investigations, le procureur spécial prévoit une réquisition auprès de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), une expertise comptable confiée à un expert agréé et des vérifications de terrain dans toutes les antennes du FONIJ.
Pour les milliers de jeunes qui ont sollicité, obtenu ou attendu un financement du fonds, l’enjeu est simple : savoir si l’argent prévu pour eux leur est bien parvenu.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
Suivez Guinee7.com sur les réseaux sociaux
Notre métier : informer
