Salif Sylla et Aboubacar Somparé

 

Il est évident que le bras-de-fer qui s’est engagé entre l’opposition et la mouvance à propos de l’organisation de l’élection présidentielle avant les communales est une suite logique de la guerre engagée par les opposants depuis la prise du pouvoir par le Pr Alpha Condé, en 2010.

Si la polémique ne s’en tenait qu’aux décisions du gouvernement, on comprendrait mieux. Mais il se trouve que l’opposition soupçonne la Ceni et toutes les autres institutions républicaines de ‘’travailler’’ pour le gouvernement, comme si celles-ci souffraient d’une tare congénitale contractée dès leur naissance. Les opposants guinéens agissent comme si la Guinée était sur une autre planète. A les voir agir, on pourrait croire qu’ils ignorent qu’on est en régime présidentiel et que cela conditionne nécessairement tout le système politique. Le président de la République a un pouvoir qui domine de fait tous les autres (législatif et judiciaire) et cela tient à la nature du régime. On n’est ni en régime semi-présidentiel ni en régime parlementaire. Comment peuvent-ils ignorer cela ? Ou font-ils semblant de l’ignorer, par pure mauvaise foi qui frise la malhonnêteté intellectuelle ?

Depuis qu’il est à la tête de la Guinée, Alpha Condé ne fait qu’essuyer les attaques les plus acerbes de la part de l’opposition. C’est normal, elle est dans son rôle. Mais de là à vouloir coûte que coûte l’empêcher de gouverner, il y a un problème, et elle n’est plus dans son registre. Appeler la population à la désobéissance civile pour un oui ou un non, c’est de l’irresponsabilité. Chercher à bloquer le fonctionnement normal des institutions est anti-démocratique.

En ce qui concerne le problème de la tenue de la présidentielle avant les communales, les deux facilitateurs que sont Salifou Sylla pour l’opposition et Aboubacar Somparé pour la mouvance, sont d’accord qu’il n’a jamais été question d’élections communales dans les accords du 3 juillet 2013, encore moins d’ordre chronologique dans l’organisation des deux types d’élections. Mieux, ils conviennent tous deux que c’est dans un accord dit ‘’additif’’ ou ‘’annexe’’ (du 8 juillet 2013) qu’il est mentionné l’organisation des élections « municipales » (communales, on aurait dû mentionner, puisqu’on est en Guinée). Ce qui revient à dire que la Ceni qui est la seule autorité habilitée à fixer la date des élections est tout à fait dans son rôle, quand elle fixe la date de la présidentielle le 11 octobre de cette année. S’il est vrai qu’il est impossible d’organiser les deux élections dans la même année, il est encore moins évident que les opposants acceptent qu’Alpha Condé reste au pouvoir au-delà d’octobre 2015 sans que l’élection présidentielle ne soit organisée. Va-t-on prendre le risque d’une présidence ‘’illégitime’’ (au-delà de son mandat) avec tous les troubles que cela pourrait occasionner (surtout connaissant l’opposition guinéenne), ou alors s’accommoder encore quelques mois de ces mairies ‘’périmées’’ qui n’ont en plus aucune incidence sur l’organisation des élections ? La preuve en a été manifestée par les résultats des législatives dans les cinq communes de Conakry qui ont été remportées par l’opposition. Nul n’y a vu une quelconque manipulation des résultats.

Il est grand temps que nos opposants acceptent l’indépendance des institutions et qu’elles leur accordent un peu plus de crédit et confiance. Pourquoi toujours voir en elles des ennemis qu’il faut absolument combattre par tous les moyens ? Nos institutions ne seront jamais respectées si les opposants passent le temps à les traiter de tous les noms d’oiseaux. S’ils sont un jour au pouvoir, comment voudraient-ils que celles-ci soient crédibles si elles souffrent déjà d’à priori défavorable.

Si des facilitateurs ont été choisis par les deux camps, c’est parce que le dialogue était bloqué et qu’il fallait trouver le moyen de faire évoluer le processus. Aussi, le rôle qu’ils doivent jouer doit rester à ce niveau de facilitation. Ils ne doivent se comporter ni en partisans encore moins en donneurs de leçons. C’est pourquoi, on peut s’étonner de la démarche de Salifou Sylla s’exprimant dans les médias, et qui parle de « mauvaise foi » de la part de la Ceni. Aboubacar Somparé a été plus ‘’sage’’ en parlant d’« obligation morale » tout en renvoyant la responsabilité de l’organisation de la présidentielle avant les communales au niveau de la Ceni. Le facilitateur de l’opposition s’en voudrait-il de n’avoir pas exigé des représentants de la mouvance leurs signatures, comme cela avait été le cas pour les accords du 3 juillet ? Il est difficile de croire qu’un juriste émérite comme lui se soit fait prendre comme un novice dans cette affaire. Mais, il ne devrait s’en prendre qu’à lui-même.

En tout cas, en sortant ainsi de son devoir de réserve, Salifou Sylla s’est très sûrement disqualifié et de ce fait peut légitimement être récusé par la mouvance, si un jour des accords devaient encore être signés entre les deux parties que sont le pouvoir et l’opposition. Ce qui n’est pas à exclure dans la situation actuelle du pays.

Jean Cerien

 

 

 

 

 

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