Le désaccord autour du chronogramme électoral entre le pouvoir et l’opposition a finalement amené Cellou Dalein Diallo et ses pairs à opter pour la confrontation avec le gouvernement, à travers des actions de désobéissance civile qu’ils comptent entreprendre à compter de ce jeudi. Cette fronde va débuter par une journée « ville morte » prévue pour ce jeudi dans la capitale, où le ton ne cesse de monter dorénavant entre les deux camps, qui n’ont pas l’air de se faire de cadeau.

C’est au terme d’une réunion de crise tenue lundi dernier au quartier général de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) que l’opposition a déroulé son chronogramme des manifestations. Du moins un avant goût de ce calendrier, qui pour le moment ne concerne que la journée « ville morte » qui a lieu ce jeudi. C’est son porte-parole Aboubacar Sylla, qui avait dévoilé les intentions de l’opposition à la presse au sortir de leur réunion. Aboubacar Sylla avait ainsi rappelé que  «l’opposition républicaine vient de tenir une réunion plénière, l’ordre du jour  était l’examen de la situation politique, économique et sociale.  Deux points essentiels ont été débattus lors de cette réunion », a-t-il indiqué. Avant de poursuivre en citant ces points dans l’ordre qui suit : « le  premier point concerne la réponse à apporter au ministre de la Justice qui nous a saisis d’un courrier proposant la réouverture du dialogue politique. Après un tour de  table, un consensus total s’est dégagé à cette lettre. Nous avons dit que nous sommes une opposition républicaine, une opposition qui estime que le dialogue a des vertus  en politique et qu’il préserve souvent la paix  et la cohésion sociale. Mais nous avons dit que nous ne voulons pas participer à un dialogue, comme de simples   faire valoir. Instruit par l’expérience passée d’un gouvernement et d’une autorité qui ne respecte pas ni leur signature ni leur engagement. Nous avons  donc décidé d’accepter d’aller à un dialogue seulement si les accords politiques inter guinéens signés le 03 juillet 2013 étaient intégralement  appliqués », a souligné le porte-parole.

Pour ce qui concerne le deuxième point, Aboubacar Sylla dit : « le contenu du relevé de conclusions que la mouvance présidentielle  et le gouvernement se sont refusé de signer en juillet 2014.  Si  les conclusions de ces relevés étaient effectivement appliquées dans leur disposition encore cohérente avec la situation politique actuelle. Nous avons dit aussi que la CENI doit interrompre  ses activités et également le chronogramme de discorde qui a été publié le 10 mars  dernier, et qui occulte l’organisation des communales en 2015 devait être purement et simplement annulé. Si ces conditions  que je viens de citer étaient effectivement remplies, l’opposition accepterait de discuter un cadre de dialogue et de point à débattre», a expliqué Aboubacar Sylla.

Selon le porte-parole de l’opposition, « lors de ces dialogues, c’est-à-dire l’ordre du jour  pourrait être débattu  et convenu si ces conditions étaient effectivement réunies. Nous accepterons de retourner autour de la table. »

Il a cependant précisé cet important détail qui suit : «entre temps, nous avons donc décidé de mettre en œuvre les dispositions que nous avons déjà arrêtées  depuis le 06 mars dernier. Nous avons publié une déclaration, renforcée par la déclaration du 23 mars faite  à Paris. Nous avons donc décidé d’entrer dans un cycle de manifestation ininterrompu à partir du jeudi, 02 avril prochain, c’est-à-dire dans trois jours. Ces manifestations  vont commencer par une journée « ville morte » et vont continuer jusqu’à ce que l’entièreté de nos revendications soit satisfaite », a-t-il insisté.

« Pour le moment cette journée « ville morte »   en ce qui concerne la date du 02 avril ne concerne que la capitale. Mais ces manifestations vont s’étendre évidemment à l’intérieur du pays, et nous ferons en sorte que ce gouvernement  et cette mouvance présidentielle respectent la constitution, respecte les lois de la République  et les droits de  l’opposition, ainsi que leurs engagements et les dispositions qui font l’objet d’accords politiques», a conclu le porte-parole de l’opposition.

Le porte-parole du gouvernement pour sa part,  Albert Damantang Camara, a invité l’opposition à privilégier le dialogue, car pour lui « les problèmes peuvent trouver solution s’ils sont posés autour d’une table ». Dans une intervention sur les antennes de la radio d’état mardi, Albert Damantang Camara  a réitéré  « le souci » qui anime son gouvernement d’ouvrir le dialogue avec les acteurs politiques.

Tout en déplorant « le refus de l’opposition de venir dialoguer si un certain nombre de conditions ne sont pas réunies. »

« Nous sommes constants dans notre position qui porte sur le respect de la loi et de constitution », a-t-il fait savoir.

Quant au climat politique actuel qui devient de plus en plus délétère, le porte-parole du gouvernement guinéen a fait remarquer « qu’aujourd’hui,  personne ne doit dire qu’il ne connait pas la situation sanitaire qui prévaut en Guinée. »

Il n’a pas manqué de relever les débordements que pourraient entrainer des manifestations publiques, comme c’est souvent le cas en Guinée. Vu que l’opposition menace de reprendre la rue.

« Ceux qui veulent pas travailler ne doivent pas empêcher ceux qui veulent travailler le jeudi prochain», a indiqué Albert Damantang Camara, qui fait allusion à la journée « ville morte » décrétée par l’opposition ce jour, dans la capitale, dans le cadre des actions de la désobéissance civile qu’elle entend organiser en guise de protestation dans le bras de fer qui l’oppose au pouvoir, autour du chronogramme électoral.

Il faut rappeler qu’au lendemain d’une déclaration publiée la semaine dernière à Paris par trois ténors de l’opposition, à savoir Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté, le gouvernement guinéen avait par le biais de son porte-parole invité les acteurs politiques du pays « au dialogue. »

« Nous sommes ouverts à des solutions, et nous restons à l’écoute. Ce dialogue doit se tenir sans préalable et reprendre au plus vite », avait déclaré Albert Damantang Camara.

Cette crise politique  est née  autour du chronogramme électoral publié récemment par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui a fixé la présidentielle pour le 11 octobre, et les communales et les communautaires pour la fin du premier trimestre de 2016.

Un chronogramme rejeté aussitôt par l’opposition qui parle d’un inversement du calendrier électoral.

Cellou Dalein Diallo, chef de file de l’opposition avait mise en garde le pouvoir  lors d’un meeting tenu la semaine dernière contre toute répression des manifestants. Accusant Alpha Condé d’avoir armé les services de sécurité pour mater les opposants à son régime.

           Alpha Amadou Diallo (Le Démocrate)