Nous nous lassions d’attente, du fait d’abord de l’histoire démocratique qui voulut qu’ils rendent le tablier en cette occurrence, ensuite parce qu’après trois années de gouvernance faux-bond, l’exercice a renvoyé d’eux une image tout grisouille qui méritait un ravalement de façade. Saïd l’Imam et chef au gouvernement a donc dû raccrocher les crampons pour faire place à une équipe plus conventionnelle, car devant conjuguer avec l’ire et l’ivresse d’un hémicycle tout nouveau et tout chaud.

Oui ! Ire et ivresse, deux états pouvant s’avérer très improductifs dès que mis ensemble. Le premier illustre à merveille la prédisposition d’une opposition rancuneuse à tout faire chambarder. Il s’agira, ma foi, d’autres mouvements de rue dans le confort de l’hémicycle, même si  pour cela il lui faudra se remettre de son amputation numérique. En boycottant les assises d’hier, l’opposition a tenu à préciser qu’elle a l’œil ouvert. A peine est-il installé que notre Kory, le soudain Kory a déjà du pain sur la planche.

L’ivresse se rattache à la mouvance du Président. Elle a parlé de joie, de grande satisfaction après l’élection miracle (d’un point de vue des voix seulement) de son candidat au perchoir de l’assemblée nationale. J’imagine qu’elle savoure déjà en silence le passage en pompe de tous ses projets de lois. Même si l’arithmétique ne m’en convainc pas, la manette du jeu politique devrait nous conduire à redouter que la mouvance présidentielle et ses secouristes inopinés ne fassent loi au parlement.

La Guinée a-t-elle ainsi une seule chance d’expérimenter en son parlement une saine pratique démocratique ? Nous acheminerait-on vers une prolongation de la durée du mandat présidentiel ? Il est aussi à se demander quelle sera la mission du très prochain gouvernement de mission qu’a annoncé le Professeur Alpha Condé.

Des missions, deux se déclinent tout bonnement. La première, moins certaine, intéresse l’activité normale de tout gouvernement. La seconde pourrait s’appeler une mission politique. Nous aurions en présence un gouvernement qui ferait plus de place à l’image du Professeur Alpha Condé, qui lui assurerait plus de visibilité, histoire de préluder à la présidentielle de 2015.

Quoiqu’il en soit,  nous savons deux choses. La première est que l’assemblée nationale est un des projets réussis d’Alpha Condé. La seconde est que l’ivresse du groupe parlementaire présidentiel reste une aubaine pour la mission politique du prochain gouvernement.

Et cet espoir qu’on nous prêche à deux balles, nous savons qu’il ne peut exister tant que perdure la manipulation. Dites-moi aussi, quels fruits peut-on vraiment attendre d’un arbre mort ?

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