La pensée est si chère au célébrissime confrère d’RFI qu’envisager de la contredire de ma pauvre plume de novice trahirait bien des faits. Certes, chaque peuple est histoire et chaque histoire se veut à juste titre le cancan de la marque, la réverbération de l’estampille d’un peuple. Mais encore faut-il que cette histoire si prisée ait chaire, qu’elle soit filée de faits, de valeurs, de normes qui lui procurent le caractère d’une donnée unique. Nul ne peut en effet enterrer l’histoire d’un peuple, mais en tant que création de celui-ci, constamment réajustée par lui, l’histoire peut s’effiler, dandiner faute de repères et finir à ce que j’appelle le déversoir des histoires communes.

Il y a de tels implants à notre histoire… ! Il est à se demander ce qui lui reste d’authentique, d’originel et de non importé. Savez-vous, l’histoire se nourrit de faits, donc de culture, et c’est davantage d’elle qu’il sera question dans ces lignes. Partant, précisons qu’il s’agit d’une analyse générale de notre culture, à partir de sa présentation, de ce qu’on en fait et de ses conséquences logiques. Nous nous pencherons donc moins précisément sur la dérive vestimentaire, que sur les actions concrètement entreprises par nos autorités pour insuffler un nouveau souffle à ce qui fait la fierté des grandes nations.

La vérité est que notre culture se meurt malgré quelques légers soubresauts, et il s’agit là d’un constat général. Tout ou presque a été lâché et confié à l’abandon lui-même. Les exemples pullulent pourtant autour de nous. Ils les savent, ils les voient, mais cela me semble-t-il, leur est d’une utilité approximative. On aurait pourtant pu nous en servir pour ressusciter la fierté guinéenne du Bembeya Jazz National ou revitaliser notre football alourdi, ou bien encore revoir sa copie au théâtre disparu et que sais-je encore.

En en venant faits, et rassurez-vous, aucun d’assez éloigné pour vous fileter l’esprit, la Guinée se refuse à accompagner la culture ou du moins, ne réussit pas à s’en donner les moyens. La fille couronnée la plus belle de l’espace CEDEAO est une guinéenne déçue de l’Etat de Guinée. Petit Kandja, revenu auréolé d’une compétition qui le voit tenir la première place n’aura pas manqué de signifier sa surprise face au département de la culture qui, soutient-il, n’aura pas assez fait pour l’accompagner. Oublions le sport dont vous connaissez la situation, faisons table rase même de l’organisation sue et vue du 55ème anniversaire de notre libération, ainsi que des nombreux rendez-vous culturels auxquels la Guinée apporte sa chaise vide ; posons-nous simplement des questions.

Qu’a-t-on à fouler un secteur si élévateur, si important ? Trouve-t-on fortuit en Guinée que les zoulou d’Afrique du Sud aient choisi d’exalter leur culture ? Croit-on ici que l’essor sénégalais soit indépendant de sa culture entretenue et diffusée ? Ça en a tout l’air.

Des Guinéens honorent et veulent honorer la Guinée mais ne reçoivent rien en retour. D’autres à des lieues d’ici veulent pouvoir proclamer leur appartenance à la culture des Guinéens. Mais de quelle culture pourraient-ils bien se prévaloir Guinéens ? Le défi face auquel j’entreprends de placer le département est énorme. Malheureusement, le Guinéen est davantage préoccupé du détail que de la besogne réelle.

N’allez donc pas chercher des poux à ces mots, travaillez simplement à nous faire fiers de notre pays, la Guinée.

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