En Guinée, des millions d’arbres sont chaque année abattus ou tout simplement calcinés, pour servir de charbon de bois, ou dégager un chemin minier, et cela sous le regard indifférent des autorités, c’est un constat que nous avons  fait lors d’une mission à Boké.

Des hectares calcinés ou déboisés, sans aucune mesure de reboisement, des feuilles étouffées par la poussière soulevée à longueur de journée par des centaines de camions qui vont prélever le granite ou de la bauxite dans des carrières…

La réalité dans cette zone est déroutante, sur le chemin quittant le centre-ville de la préfecture de Boké, vers le petit village de Malapouya, à environ 50 km. Cette route jadis communautaire et très  verte, est aujourd’hui en plusieurs endroits, digne des plus désertiques canyons américain, n’ayant pour mesure de sécurité que des dos d’âne fait de sable amassé, et quelques panneaux indiquant le prochain ralentisseur ; c’est dans ces conditions, que des camions à toute pompe dévalent les  sentiers sans se soucier de la sécurité des paisibles riverains qui respirent cette poussière nuisible pour leur santé.

Alors que tout le monde est d’accord pour dire que le développement passe par l’agriculture, les mines installées dans cette zone propice à la culture de l’anacarde, s’adonnent à cœur joie à la déforestation pour tracer de gigantesques routes qui doivent servir de passages aux camions ; la construction de ces routes donne naissance à un dépôt de sable qui peut contribuer, d’après certains environnementalistes, « à l’ensablement des lits des différents cours d’eau de proximité, ce qui peut conduire à leurs tarissement ».

L’autre remarque est que sur le bord de la route, qui conduit à Boké, le commerce favori des habitants est devenu la vente des sacs de charbon de bois issue des forêts calcinées, qu’on peut compter par centaine.

Même avec cet état de fait, ces populations restent dans une pauvreté qui ne leur permet pas de se défaire de cette pratique qui pour eux est une source de revenu leur permettant de vivre : « Comment voulez-vous que nous vivions avec nos familles sans faire ce commerce. Vous savez, nous sommes loin de la capitale et nous sommes très pauvres, c’est pour cela que nous faisons ça, sinon c’est un travail très difficile, abattre et brûler le bois », nous déclare une vendeuse de charbon.

Bien que le changement climatique qui préoccupe le monde entier, menace aussi la Guinée, aucune mesure n’est prise pour arrêter ou rectifier cette exploitation sauvage de la végétation dans notre pays.

Abdou Lory Sylla pour Guinee7.com

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