Lors d’un récent séjour passé en Guinée,  Daniel Brown, journaliste américain a eu à procéder à un partage d’expérience avec  la presse guinéenne à la Maison de la presse, à travers certains confrères. Notre reporter était de la partie, il lui a tendu son micro au sortir de cette rencontre pour un entretien qui a porté sur les impressions de notre confrère sur son séjour en Guinée.

Quelle a été l’objectif de cette rencontre entre vous et certains confrères de la presse guinéenne?

Daniel Brown : C’était vraiment de donner d’une manière assez personnelle,  mon vécu. En 30 ans, j’ai sillonné le monde. Du Chili, jusqu’en Afrique du sud, en passant par presque que les pays d’Europe, les pays de l’Afrique, ainsi que l’Amérique latine. En tant journaliste radio, je pense que j’ai pas mal d’expérience à partager sur de bons ou de mauvais côtés, en étant un journaliste du 21ème siècle.

Quel a été le thème dont vous avez débattu?

C’était un échange, principalement partagé à bâtons rompus mes expériences. Peut être, ce qui a dominé c’est les pratiques du journalisme. Comment  elles ont évolué depuis ces trois dernières décennies. Et comment peut-on les améliorer, que ça soit ici en Guinée. Un pays très jeune au niveau des médias, ou bien que ça soit en France ou aux Etats-Unis, qui ont des défis aussi grands, qui ne sont pas supérieurs du tout. Mais seulement plus vieux avec des expériences différentes.

Qu’est-ce qui vous a motivé d’initier une telle rencontre?

C’est l’initiative du représentant de l’ambassade des Etats-Unis. Il m’a invité en tant qu’invité. Je ne suis pas du tout  quelqu’un qui est dans le gouvernement. Au contraire, je suis très fier d’être un contre pouvoir. D’être un journaliste qui critique, qui a le devoir de critiquer la politique des gouvernements dans le monde entier. Pas seulement les gouvernements, les ONG, les multinationales, la société civile… Notre devoir en tant que journalistes, c’est vraiment  essayer d’améliorer le monde dans lequel on vit, en le critiquant ou en montrant des choses qu’on oublie.

Quel est votre regard sur la pratique du journalisme en Guinée ?

Par rapport à ses réalités économiques, d’infrastructures, je trouve qu’elle est assez saine. Je pense qu’il ya un gros désir d’amélioration et que malgré les défis qu’il ya, et il y en a, on voit que malheureusement que ça soit les multinationales ici ou bien que ça soit le gouvernement, ou son président,  il ya encore un manque de respect. Il ya la pression sur lui, ce qui fait qu’on est allé jusqu’à tuer des journalistes en 2016. Donc elles sont réelles ces pressions, malgré cela, je pense qu’il ya une presse, des journalistes qui savent ce que c’est être indépendants. Ils essayent de le faire de leur mieux, de s’améliorer. Je pense qu’il faut progresser dans la solidarité entre vous. Il ya besoin d’un réseau de journalistes fort, ce réseau qui va soutenir le droit des journalistes et qu’il soit en solidarité l’un envers l’autre, pour résister à ces pressions. Ça c’est un vrai besoin ici, que je n’ai pas évoqué d’ailleurs, lors des échanges. Vous devez vous réunir. Autre chose qu’il faut améliorer dans le journalisme ici, c’est porter votre attention sur les 4 millions et demi de travailleurs et leurs familles  qui sont en dehors des grandes villes. Je pense qu’il ne faut pas oublier que la Guinée principalement est un pays rural. Qui a des problèmes ruraux. Et que les médias se concentrent ici dans la capitale comme toute autre capitale. Vous devez prendre conscience, de donner plus de temps aux problèmes qu’il ya, que ça soit dans : l’agriculture, dans les mines et dans tous ces défis qui sont posés à la Guinée rurale. Et si je peux ajouter, n’oublions pas que ça fait deux ans terribles, que vous avez passées en quarantaine suite à la maladie d’Ebola. Vos frontières ont été fermées, les agriculteurs ont terriblement souffert, j’imagine que beaucoup plus que les populations urbaines. Parce que tout d’un coup, tous les clients ont disparu, et donc c’est le moment de ressortir de cela. Comment se remettre de ce drame ? Comment ils ont fait pour survivre; pour ne pas mourir ces deux dernières années 2014-2015. Ça ce sont des questions qui doivent être traitées et qui n’ont pas encore été faites.

A votre connaissance, quelle approche le journaliste doit-il adopter pour bien pratiquer ce métier ?

Je pense le plus important, c’est essayer de rester soi-même et respecter les règles élémentaires du journalisme. C’est-à-dire vérifier les rumeurs, vérifier les discours officiels, aller toujours en dessous et derrière pour amener d’autres vérités. Et puis essayer aussi de faire rêver un peu les citoyens en amenant de belles histoires, en amenant  les histoires africaines. Et ne pas surtout essayer de mimer l’Occident. Vous avez une culture magnifique, mettez la en valeur dans le journalisme.

Que peut-on retenir de votre tournée en Guinée?

La plus mauvaise c’est l’Etat des routes. Lorsque, je me suis baladé à Kindia-Pita (rire). Je n’ai jamais vu autant de trous et ça me fait pleurer, parce qu’il ya des rails qui ont été construits et qui demandent que d’être mis sur place pour que ces camions qui rendent la vie dure à tout le monde cessent. Ces camions sont obligés d’emprunter ces routes qui ne sont pas construites pour eux. La pire expérience, c’est ça et il faut faire face à ça. Moi, je pleure pour des gens qui doivent l’utiliser toujours ces routes, c’est terrible. Mes meilleures expériences, ce sont des rencontres humaines, avec des gens qui sont-là. Par exemple,  j’ai rencontré une jeune dame qui travaillait dans un hôtel. Mais travailler six jours par semaine, 10 heures par jours, alors qu’elle est ingénieure en chimie. Faisant son stage dans le centre régional d’agronomie de Foulaya, qui cherchait des solutions pour de meilleurs engrais sur le sol. Elle travaille tous les jours, je pense qu’il ya beaucoup d’exemple comme ça. Une femme jeune, belle, intelligente. Je pense des exemples comme ça peuvent faire de multiples rencontres très émouvantes pour la presse.

Quelle lecture faites-vous entre la liberté de la presse vécue en Occident et en Afrique ?

Elle est beaucoup plus jeune ici. Je pense que vu les difficiles évolutions de la société, des différents régimes, dans ce contexte-là, je pense qu’elle est quand  même saine, la pratique du métier ici aussi. Je pense qu’il ya des raisons d’être fiers. Je pense en même temps que le journaliste guinéen doit regarder au-delà de l’aspect  politique, et s’intéresser à  la culture, dans la musique. On a besoin de faire rayonner ces exemples culturels, qui peuvent aussi éliminer les tensions qu’il ya entre les différentes communautés. Je pense que des grands musiciens-chanteurs, ou de grands hommes de théâtre ou d’écrivains malinkés… peuvent être adulés par les peulhs ou les soussous… la culture peut aussi amener à une cohésion nationale au-delà des communautés.

Interview réalisée par Richard TAMONE

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