Depuis plusieurs mois maintenant le débat fait rage dans le pays d’Alpha Condé. Au centre du jeu, l’opportunité ou non de doter le pays d’une nouvelle constitution, au point que les passions se déchainent, les esprits s’éveillent, les positions se crispent, et surtout, des messages inaudibles au milieu d’un firmament de bruits de boite de nuit.

Mais quelles sont les raisons d’un si débat sans fin ?

Il faut rappeler que le président Alpha Condé a toujours affirmer que c’est le « peuple » qui tranchera la question qui agite le quotidien des guinéens aujourd’hui. Et pour rendre l’acte à la parole, ce week-end, le RPG arc-en-ciel son parti, l’a officiellement demandé de doter la Guinée d’une nouvelle loi fondamentale, avant la fin de son mandat. Le parti au pouvoir dit qu’en accord avec ses partis alliés, il ne ménagera aucun effort pour mettre en ordre de bataille l’ensemble des couches sociales du pays en vue de demander au Président Alpha CONDE d’assumer cette nouvelle et lourde mission patriotique.

Entre la fin de son second et dernier mandat, et un changement de constitution, le lien d’une nouvelle candidature prochaine en 2020 est vite établi pour l’actuel chef de l’État. Une nouvelle constitution qui serait le cheval de Troie pour une présidence à vie. La question donc des réformes constitutionnelles se trouve résumer au 3e mandat. Et si le principal intéressé avait finalement la solution entre ses mains à son projet de changement constitutionnel ?

Le 3e mandat, l’alpha et cellou de la réforme constitutionnelle

Le débat autour d’un troisième mandat, souvenez-vous, à commencer depuis la réélection d’Alpha Condé en 2015, répondant aux questions des journalistes, il dit s’en remettre à la volonté du peuple.  Depuis les soupçons nourrissent la démarche politique de ses opposants. Les partisans du pouvoir voyant dans la constitution actuelle une interdiction de toute réforme constitutionnelle relative à la limitation du mandat présidentiel (intangibilité constitutionnelle), ont ajouté une nouvelle corde à leur arc, le changement pur et simple de la constitution mettant ainsi les compteurs à zéro en 2020.

Depuis aucune justification ne semble satisfaire les défenseurs de la constitution actuelle, fut-elle pour la vitalité institutionnelle. Ainsi, l’amélioration de la gouvernance institutionnelle, des pratiques administratives et la constitutionnalisation de nouvelles préoccupations socio-environnementales, et surtout la souveraineté populaire se trouvent résumer à un 3e mandat en faveur du président sortant.

Pour une fois, il faut faire confiance à la maturité politique du peuple, à sa lucidité et à sa capacité de discernement sur ce qui est mieux pour lui. Le peuple de Guinée a déjà eu l’occasion de dire non à une élection référendaire (celle du 28 septembre 1958) préférant prendre son destin en main à travers son pacte social fondateur (la proclamation de la république le 2 octobre), et de dire oui en 2001 à la réforme constitutionnelle ouvrant la voie à un septennat présidentiel. Ce peuple saura toujours exercer son pouvoir souverain quand on fait appel à lui et n’hésitera pas à dire non de nouveau si besoin en était.

Le 3e mandat devient ainsi l’alpha et l’oméga des oppositions actuelles à l’adoption d’une nouvelle constitution, au point d’affirmer sans risque de se tromper qu’il n’y aurait aucune opposition, aucun obstacle à l’adoption d’une nouvelle constitution dès lors que le président de la république déclare qu’il ne briguerait pas à nouveau Sékhoutoureya au terme de son dernier mandat.

Une concertation nationale pour un changement constitutionnel consensuel

Le parti au pouvoir à un bilan à présenter au jugement ultime des guinéens en 2020. Ce bilan, il sera économique, social, infrastructurel mais il compte bien y joindre un bilan politique (réforme des institutions).

Si cette position en soi est tout à fait logique, la réforme ou le changement constitutionnel ne doit pas se faire en fonction des considérations de personne. Il doit se faire avec tous les acteurs de la vie nationale (partis politiques, société civile, syndicats, associations…).

Il est temps que le président Alpha Condé sorte de son silence, et qu’il appelle à une grande consultation nationale en toute transparence, présenter le nouveau pacte social qu’il souhaite mettre à l’appréciation du peuple de Guinée. Une telle démarche lui permettrait de tordre le cou à ceux qui soutiennent qu’il change la constitution pour briguer un 3e mandat. Mais la Guinée doit finir avec son cycle permanent d’élections émaillé de violences et de crises politiques interminables. Le pays a besoin d’être réformé pour faire face à l’essentiel : son développement économique et social.

Et quel cadre est plus approprié qu’une grande concertation nationale pour traiter de la question ?

Par Alexandre Naïny BERETE, étudiant en master à la faculté de Nantes.

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