Le 21 juin dernier, la Loterie nationale de Guinée (Lonagui) a décidé ne pas reconduire le contrat de concession d’exploitation des jeux (système de grattage, loterie traditionnelle, loto et pronostics sportifs) de Guinée Games. Suite aux manquements à des obligations de la société. Extrait de la lettre.

  • Ayant constaté avec notre propre expérience, grâce à l’exploitation du loto et pari sportifs, qu’il n’y a aucune transparence dans la déclaration de vos chiffres d’affaires; une situation qui affiche un manque à gagner énorme pour les caisses de l’Etat pendant toute la durée de votre exploitation.Considérant que vous n’avez jamais respecté, pendant toute la durée de notre relation contractuelle, les clauses essentielles du contrat initial et de ses avenants, notamment les stipulations sur: le partage de masse collectée, la transmission des procès-verbaux de tirage loto, le reversement des gains non enlevés par les parieurs, obtention d’une autorisation préalable avant le lancement d’un nouveau jeu non couvrant le contrat de concession…Considérant que le paiement des droits de licence est obligatoire quel que soit le temps d’exploitation au cours d’une année;Au regard de tout ce qui précède, en tant qu’organe de l’Etat chargé de l’organisation, la gestion, l’exploitation et la régulation du secteur des jeux en Guinée et conformément à nos engagements dans le cadre du contrat de performance signé avec le Ministère de l’Economie et des Finances, nous sommes au regret de ne pas pouvoir reconduire le contrat de concession et vous notifions, par le présent courrier, la cessation effective de vos activités d’exploitation de jeux sur toute l’étendue du territoire national.

Cette affaire aurait pu être classée sans grand bruit si le nom d’Antonio Souaré, président en exercice de la Fédération guinéenne de football n’était pas intimement associé à la société de jeux. C’est vrai que l’intéressé pour garder son pied dans le football avait déclaré ne plus avoir des intérêts dans la société. Parce que le mélange de genres entre le football et le pari sportif ne passe pas aux niveaux des instances internationales. Mais il n’avait convaincu que ceux qui croient aux victoires militaires de Jules César…

Revenons à la décision de cessation de la concession. A lire la lettre de la Lonagui, on pourrait sans risque de se tromper affirmer que la décision n’est pas politique : un contractant a failli dans un business et a écopé de la sanction qui sied.

Cependant le contexte nous impose un peu plus de jugeote. D’autant plus que les « manquements » reprochés à Guinée Games ne semblent pas être nouveaux. Il y a d’ailleurs le plus souvent à redire sur le plan fiscal et contractuel des grosses entreprises que ce soit en Guinée ou ailleurs ; mais ces entreprises sont tranquilles tant que le commandement peut leur service de rempart.

En réalité, Antonio Souaré, à qui appartiendrait Guinée Games, était dans l’estime du président bénéficiait de sa « protection » de fait. Mais celle-ci s’est effritée au fil des événements mal gérés par le businessman.

Le premier problème est forcément celui de la reprise de la compagnie nationale Air Guinée. Antonio Souaré a embarqué le président Condé dans un avion qui n’a jamais décollé. La compagnie Guinée Airlines censée être Air Guinée newlook, s’est dégonflée comme un ballon de baudruche. « Le président oubliait à peine cette histoire quand l’affaire de la Féguifoot surgit », nous a-t-on enseigné.

Cette affaire de la présidence de la Féguifoot…

Antonio Souaré qui -il est difficile de prouver le contraire-, savait qu’il était handicapé par un article des statuts et règlements intérieurs de la Féguifoot, force sa candidature à la tête de l’instance supérieure du football national. Le président Condé ayant appris les bruits assourdissants de cette candidature réunit les acteurs dont Antonio et fit intervenir Fatima Samoura, secrétaire générale de la FIFA qui expliqua les risques liés à la candidature d’Antonio. Les choses étaient claires. Et celui-ci s’engagea d’abandonner pour sauver le football guinéen. « Je salue l’acte empreint de responsabilité et de patriotisme que vient de poser Mamadou Antonio Souaré, président sortant de la Feguifoot afin que le football qu’il aime tant continue à se développer dans notre pays, dans un climat apaisé et convivial pour le bonheur de notre jeunesse », s’était empressé de déclarer le président Condé dans un communiqué.

Mais s’était sans compter sur son obsession à diriger la Féguifoot. Il sort en catimini pour aller négocier avec Fatima à Dakar. Celle-ci lui réitéra la position de la FIFA. Et la rencontre s’ébruita. Le président Condé au courant, se met dans une colère noire. L’homme qu’il a félicité d’avoir accepté de se retirer pour le pays est perçu comme une personne déloyale et pas fiable.

Les entourloupes encore et encore 

L’élection du bureau exécutif de la Fédération guinéenne de football est devenue si compliquée que la Fifa et la Caf ont été obligées d’envoyer les émissaires pour « comprendre » et prendre une décision par la suite. A ceux-ci, les membres du comité exécutif auraient suggéré un « glissement » du mandat d’Antonio tout en dénonçant l’« immixtion» du pouvoir politique dans les affaires du football.  Le gouvernement soupçonne Antonio d’avoir fait passer ces messages à ceux qui lui sont restés jusque-là fidèles. Pour celui-là, celui-ci ne fait qu’alimenter la crise pour se maintenir à la tête de la Fédé.

Ces faits et d’autres -le vote contre le Maroc pour l’organisation du mondial 2026, notamment-, ont mis Antonio en défaveur chez le président Condé. Une disgrâce qui, à bien des égards, a encouragé les structures à l’image de la Lonagui à prendre des décisions « courageuses » comme la cessation de la concession de Guinée Games.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com