A quelques jours du grand rendez-vous culturel et littéraire, Conakry Capital Mondiale du Livre (CCML) ; qui débutera le 23 avril. Nous avons rencontré quelques acteurs du livre en Guinée : écrivains, éditeurs, libraires, et imprimeurs, qui nous ont présenté leurs visions du sujet ; chacun exprimant son avis sur cet événement, que Conakry va abriter pour la première fois.

Ibrahima Sanoh

Ibrahima Sano, écrivain, “j’espère que cet événement permettra à l’Etat guinéen de mettre en place une stratégie nationale du livre“.

“Je trouve que cela peut être, pour les différents acteurs du livre en Guinée un moyen pour être plus visibles surtout les auteurs et peut être même de rendre le livre accessible, si cet évènement aidait à mettre en place une politique dans ce sens.

Et je pense que cette fois -ci l’essentiel a été mis pour que les petites maisons d’édition puissent tirer leurs épingles du jeu“.

J’émets cependant quelques réserves ; Ma crainte est que certaines personnes profitent de cet événement pour pouvoir se faire la part belle ; qu’ils profitent du fait qu’ils organisent cet événement, pour se mettre en situation de monopole et étendre leurs tentacules au point d’étouffer les petits éditeurs et les pousser à mettre la clé sous le paillasson et  disparaitre.

C’est comme si on était avec un colosse, qui a une grande force, et qui arrive à s’élever,  se mettre sur un piédestal plus grand que les autres. Et comme ils deviennent encore plus grands et plus visibles que les autres, ceux-ci disparaissent alors. Si c’était le cas je regretterai l’organisation d’un événement culturel pareil.

Ce que j’attends du CCML,  c’est qu’il pousse l’Etat guinéen à mettre enfin en place une politique nationale du livre ; et que les organisateurs profitent de l’occasion, pour donner à Conakry et à toute sa périphérie  accès aux livres ; et au-delà que toute la Guinée puisse profiter de CCML.

daouda Tamsir Niane

Daouda Tamsir Niane,  Directeur des Editions SAECC (Société Africaine d’Edition et de Communication à Conakry). “Le livre sera au centre des préoccupations des autorités, de la société civile, pour qu’on sache que le livre est indispensable. Et que sans le livre il n’y a pas d’éducation“.

“Il faut tout  d’abords mettre les choses dans leur contexte. Il est vrai que depuis très longtemps, le livre rencontre des difficultés en Guinée ; précisément le segment de la chaine qui est l’édition. Donc nous autres maisons d’éditions qui somment réunis au sein de l’ASEGUI, (l’association des éditeurs guinéens). Nous avons trouvé que c’était une opportunité, de nous donner les mains et de voir comment on peut essayer de relancer notre activité en Guinée ; Etant donné que le livre est indispensable pour l’éducation et pour la formation. Nous nous sommes dit que CCML, peut beaucoup nous apporter et c’est pour cela que nous nous sommes investis auprès du commissariat général chargé de CCML. C’est-à-dire M. Sanassy Kaba Diakité pour conférer à cet événement tout le succès qu’il mérite. Nous pensons que c’est un moment ou nous pouvons montrer ce que les éditeurs guinéens peuvent faire, pour que dorénavant Conakry soit réellement une place du livre,  où l’édition peut prospérer. En fait, vous savez la chaine du livre en Guinée était en léthargie et je crois qu’elle va revivre à travers cet événement, qui va mettre le livre au centre des préoccupations des autorités et de la société civile. Raison de plus pour qu’on sache que le livre est indispensable ; et que sans livre il n’y a pas d’éducation“.

“Nous éditeurs espérons qu’à partir de cet évènement, les institutions guinéennes, comme l’éducation nationale vont afin se tourner vers nous, pour nous permettre d’éditer des livres destinés à la jeunesse et au scolaire ;  parce que sans le livre scolaire une maison d’édition ne peut pas prospérer. Il n’y a que ceux-ci qui sont tirés à des milliers ou des centaines de milliers d’exemplaires et peuvent aussi être réédité. Puisque ce sont des livres qui sont au programme. Alors que la littérature générale, les romans, ne sont tirés qu’à des centaines d’exemplaires et se vendent très difficilement en plus. Ce qui nous permettra aussi, avec les bénéfices que nous pourrons générer, de pouvoir éditer même si c’est à perte, des livres de littérature générale, pour le prestige de la maison d’édition et celui de la littérature guinéenne. Parce qu’il faut qu’il y ait au moins une littérature guinéenne !

Elhadj Sekou Kaba, Editeur libre : CCML, est une belle idée avancée, mais le problème avec cette idée ; c’est que la population guinéenne est à  80% analphabète. Il faut d’abord chercher à alphabétiser“.

CCML, est une belle idée mais un peu trop en avance sur notre situation. Le problème avec cette idée,  c’est que la population guinéenne est à  80% analphabète. La priorité chez nous devrait être à mon avis, l’alphabétisation et la qualification du système éducatif qui en principe devait inculquer aux enfants l’amour de la lecture. C’est tout cela qui aurait pu nous rendre plus compétitifs et performants lors de cet événement qui doit accueillir une multitude de personnes venant d’autres horizons. Il est difficile de parler d’une capitale Mondiale du Livre dans un pays où les gens ne lisent pas.

Par ailleurs, M Sanassy Kaba devait aussi créer avant de lancer ce programme, un syndicat d’éditeurs guinéens pour mieux structurer l’édition dans le pays“.

“Moi en tant qu’éditeur, j’aurais souhaité qu’on fasse l’édition des livres portant sur l’éducation, qui peuvent apporter de grandes choses au système éducatif, parce que c’est de là que viendra l’avenir de la Guinée“.

Mohamed Lamine Camara, libraire en service aux éditions l’Harmattan Guinée.Cela va être le début de la réalisation de nos rêves“.

“CCML, comme vous le savez, est un label de l’UNESCO et c’est une grande fierté pour nous de l’avoir décroché à travers notre dossier de candidature. Cela va être le début de la réalisation  de nos rêves ; parce qu’au préalable comme le disait le Commissaire général, il souhaitait que Conakry est une place importante dans le domaine culturel, notamment dans le secteur du livre. Comme d’autres capitales, Abidjan, Bamako et Ouagadougou, pour la photo, la musique et le cinéma. C’est ce label qui va nous permettre d’atteindre cet objectif. Pour pouvoir y arriver il va falloir réaliser un certains nombre de choses  notamment : une politique nationale du livre, la construction des bibliothèques et médiathèque dans les quartiers  et communes. Faire des actions pour que le livre soit plus accessible à tous“.

“Donc à travers ce label, les gens auront un intérêt particulier pour le livre. Le libraire étant alors un animateur et un vendeur de livre. Nous allons  donc faire du bénéfice vu qu’il y aura plus d’acheteurs, mais aussi à travers les différentes animations que nous tiendrons dans nos différentes librairies“.

ABDOULAYE CAMARA

Abdoulaye Camara, administrateur de la Nouvelle imprimerie de Kaloum (NIK)

Je serais fière si je pouvais grâce à CCML, avoir des marchés et les exécuter. Imprimer des livres. Même si dans le cadre de cet évènement il y’a des opportunités d’obtenir des marchés dans l’impression, nous, nous n’en savons rien.

L’événement de CCML est une bonne idée ; mais nous  la regardons de loin; nous entendons des informations sur les médias. C’est une bonne chose que Conakry aussi représente quelque chose“.

“Si cela peut créer des opportunités d’impression dont nous pouvons tirer profit, nous nous en réjouissons. En parlant des acteurs du livre, on devrait commencer  par les acteurs de  l’éducation. Ce sont eux  les premiers qui s’occupent du livre. Donc il faut aller demander aux cadres de l’éducation, à qui ils donnent les marchés de l’impression en Guinée ? S’ils y répondent, ils vous diront si c’est nous qui en bénéficions ou pas. De toutes les façons quelque chose ne peut t’intéresser si tu as un bénéfice à en tirer. Et même quand tu poses la question aux éditeurs, ils vous diront eux-mêmes qu’ils font leurs impressions à l’extérieur“.

Brahim Akanel, responsable de l’imprimerie Snap-Shop, “ Mais d’un autre côté je reste sceptique, vu qu’il y’a assez d’éditeurs à Conakry“

“C’est une très très grande fierté, tant pour le pays que pour nous, d’avoir un  si grand événement ; un évènement d’une telle ampleur. Cela prouve que la Guinée est vraiment impliquée dans le domaine littéraire“.

“Cela va également être une bonne chose pour nous imprimeur, si ont pouvaient avoir des marchés. Je reste tout de même sceptique, vu qu’il y’a assez d’imprimeurs à Conakry, à tel point que nous ne nous connaissons même pas tous. Mais puisqu’il faut toujours être optimiste ! C’est toujours une question de marché, et  on ne sait jamais quand ça vient. Je dirais  de toute façon, que CCML est une grand-chose pour nous et nous serons toujours là pour faire le maximum de travail si on nous le proposait“.

Propos recueillis par Abdou Lory Sylla pour Guinee7.com

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