Pour « battre en brèche » les accusations portées par la presse contre sa cliente, l’avocat Me Dinah Sampil a animé une conférence de presse, le mardi 8 décembre 2020, dans un somptueux hôtel de Conakry. Sauf qu’à cet événement, censé être organisé pour la « manifestation de la vérité », votre organe de presse préféré, pourtant convoqué au tribunal, avec deux autres confrères, par Zenab Nabaya Dramé, ministre de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle, n’a tout bonnement pas été… invité. Un fait curieux à plus d’un titre, dans la mesure où il était plus que logique que les journalistes, dont on conteste le  contenu des articles, occupent les premiers rangs de la salle des « grandes explications » (souhaitées par la presse !), pour leur permettre au moins de poser des questions au « représentant» de madame la ministre.

Pourtant, l’orateur qui s’est présenté si fièrement devant les journalistes n’est pas censé ignorer que Guinee7.com, à l’instar des autres confrères cités à comparaitre (Guineenews et L’inquisiteur), ont des questions cruciales et brûlantes à poser à l’avocat de la mise en cause. Nous-mêmes avons déjà pris l’initiative, à plusieurs reprises, d’envoyer des questions précises à madame la ministre, jusque-là restées sans réponses. Quoi de plus opportun qu’une conférence de presse du défenseur de Zenab Nabaya, pour clarifier les choses une bonne fois pour toutes ? Hélas, ceux qui se sont intéressés au dossier ont été laissés en rade ; la courtoisie et la bonne foi auraient recommandé quand même de les avertir du lieu et de la date de ladite conférence de presse !

Qu’à cela ne tienne. Dans cette histoire qui polarise l’attention de l’opinion (et tout porte à croire que Me Sampil a lancé une offensive dans ce sens), il est très important d’écarter les questions personnelles du genre « telle presse veut nuire à telle personnalité ». Ce serait un type de raccourci paresseux qui n’apporte absolument rien au vrai débat qui intéresse le public.

Guinee7.com ne va tout de même pas plonger sous le tapis pour régler des comptes à qui que ce soit ! De bonne foi, et comme tout organe de presse qui s’intéresse aux questions dignes d’intérêt, il a remué le stylo, pardon, le couteau dans la plaie, pour y extraire les impuretés avec l’objectif noble de la guérir.

« (Zenab Nabaya Dramé) indexée comme celle qui a puisé dans les caisses de l’Etat plus de 200 milliards Gnf. Cette révélation avait été faite pour la première fois le 30 novembre 2020 par Guineenews, relayé par Guinee7 et inquisiteur », affirme Me Sampil. Si cela suffit à l’avocat de la plaignante pour présenter une citation à comparaître à Guinée7, il y a des questions à se poser sur le réel mobile d’une démarche que l’ensemble des associations de presse qui comptent en Guinée ont qualifié de « manœuvre d’intimidation ».

Nous n’avons fait que notre devoir (et nous continuerons de l’assumer) : les détails troublants contenus dans l’article de Guineenews ne nous permettent quand même pas, aussi bien sur le plan éthique que moral, en tant que journaliste, de fermer les yeux sur la gravité des faits allégués, tourner les talons, et circuler comme s’il n’y avait rien à voir ! Notre cher avocat, devrait savoir que pour pouvoir vérifier ce que le confrère a dit, il faut bien le reprendre ou le « relayer »…

En tout état de cause, la vérité que nous recherchons avec tant d’énergie est infiniment plus importante qu’une sombre bataille judiciaire « remportée » par tel ou tel, qui donnerait raison à Guinée7.com ou Zenab Nabaya. La presse en a vu d’autres et après moult tracasseries, manœuvres assimilables à du trafic d’influence, menaces à peine voilées, voire harcèlement indécent et inique, en est ressortie plus forte et plus grandie que jamais.

Notre rôle est aussi de relayer les sentiments d’une opinion perdue dans les dédales d’une affaire qui, non seulement ne peut pas être évacuée par de pathétiques saillies du genre « on veut ma place », mais pour laquelle elle veut voir clair. Au début des années 70, dans l’affaire dite du Watergate, Nixon avait nié avoir envoyé des  sbires pour cambrioler le quartier général des Démocrates, avant d’être confondu par les journalistes Carl Bernstein et Bob Woodward. Il a finalement choisi de démissionner pour ne pas avoir à subir l’humiliation d’un impeachment. Plus récemment, en France, Jerôme Cahuzac, alors ministre, nous a servi la même rengaine, pour le même résultat…

En tout état de cause, loin de nous d’affirmer que la ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle est coupable ou innocente. « Nous ne sommes pas des juges capables de prononcer des sentences sans appel », rappelait le vieil article d’un aîné bien avisé, également harcelé il y a environ 21 ans, mais qui se porte aujourd’hui comme un charme ! Mais, à notre décharge, dans la mesure où madame la ministre est gestionnaire de nos propres derniers publics, nous devons avoir une opinion neutre et sans état d’âme. Car, en définitive, même si nous ne sommes ni amis ni ennemis, on connait la chanson : « notre morale est celle de l’irrévérence. »

Par Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com