Au cours d’une conférence de presse qu’il a récemment  animée à Ouagadougou (Burkina Faso) et qui a été diffusée, ce lundi sur les ondes de la radio Espace, le président directeur général du groupe de BTP Ebomaf,  Mahamadou Bonkoungou est revenu en long et en large sur un contrat de construction de route avec l’Etat guinéen qui a mal tourné.

Le patron de Ebomaf a par ailleurs mis en avant ce qu’il qualifie de « rendez-vous manqué de l’Etat guinéen dans le mise en œuvre du projet routier Kankan-Kissidougou ».

M. Bonkoungou a tout d’abord précisé que l’arrivée du Groupe Ebomaf n’est pas lié au président Alpha Condé, avant d’expliquer : « nous sommes des panafricanistes et nous avons compris un certain jeux… Ebomaf est la réplique africaine de ces sociétés européennes qui parlent de partenariat public-privé ».

« Le Groupe Ebomaf, poursuit-il, nous ne venons pas dans un pays pour répondre aux appels d’offres que les pays peuvent être amenés à lancer parce qu’ils ont déjà des fonds dédiés à ces travaux. Nous venons, lorsque nous apprenons qu’un État veut faire une route et qu’il n’a pas les moyens. Nous venons proposer à cet Etat notre possibilité de mobiliser les fonds pour exécuter la route. Et à partir de ce moment, l’Etat rembourse sur un certain nombre d’années, la créance… »

Selon lui, c’est sur cette base qu’en Avril 2012, le groupe Ebomaf a fait une offre de financement et d’exécution des travaux de deux routes à la Guinée. Notamment les routes Kankan-kissidougou (194 km) et Kankan-Mandiana (100 km). Le marché a, dit-il, été approuvé le 30 décembre 2013, après visite de terrain et autres procédures.

Avant de préciser : « Le marché de Kankan-kissidougou était intégralement attribué à Ebomaf avec un montant de 305 millions d’euros. Cependant, le marché de Kankan-Mandiana, pour une question d’apprentissage d’une certaine société nommée “Guiter”, il m’a été proposé d’associer cette société qui, j’estime d’ailleurs n’a aucune expérience technique en matière de construction de route… Donc sur la route Kankan-Mandiana nous sommes restés chef de file avec 51% [soit 180 millions d’euros] et les marchés ont été intégralement signés par ma société Ebomaf. »

Après avoir souligné que ces deux contrats ont été bel et bien approuvés par les autorités guinéennes, le PDG d’Ebomaf a indiqué avoir doté, à cet effet, son équipe devant exécuter les travaux des équipements conséquents (ayant coûté 45 à 50 millions d’euros à la société ) qui ont été tous importés au port de Conakry.

Par ailleurs, Mahamadou Bonkoungou a précisé qu’il était convenu que la Banque centrale de la Guinée émette une garantie  de 500 millions d’euros en faveur du groupe Ebomaf, afin qu’il lève les fonds à travers des institutions internationales et exécute les travaux. Et ce n’est que lorsque les travaux seront finis que l’Etat guinéen devient créancier de cette somme.

A en croire le patron d’Ebomaf, « depuis la signature du marché en décembre 2013, jusqu’au lancement des travaux à grande pompe, beaucoup de choses se sont passées, notamment des vas-et-viens à la poursuite de la garantie des 500 millions d’euros. Mais jamais nous n’avons eu cette garantie, finalement, c’est unilatéralement que la Guinée a décidé d’octroyer, a notre grande surprise, une garantie équivalente à 65 millions d’euros, qui ne représente rien. Sachant que les équipements étaient déjà sur le terrain. Mais nous avons entrepris d’utiliser cette garantie afin de trouver une banque qui nous accompagne ».

« Pendant l’exécution des travaux, nous avons été saisis par le ministre de l’Economie et de Finances, à l’époque Mohamed Diaré. Je me suis rendu personnellement à son bureau et il m’a proposé de scinder le marché de Kankan-kissidougou en deux. Ce qu’il a appelé tranche-ferme de 65 millions d’euros et tranche-optionnelle ou conditionnelle de 240 millions d’euros. Il a reçu de ma part un non-recevoir…D’abord pour Kankan-Mandiana, l’Etat guinéen a dit de ne pas démarrer les travaux. Après j’apprends que c’est un membre du groupement non habilité, sans aucun pouvoir juridique qui est en train d’exécuter les travaux. C’est que, me laissant avec le marché original de Kankan-Mandiana, la Guinée a signé un autre contrat avec l’entreprise Guiter… Ce n’est pas juridiquement acceptable », a-t-il déploré.

Avant de faire savoir : « Au finish, ils m’ont dit au téléphone qu’ils ont adhéré au programme du FMI et que le FMI menace de remettre le programme si moi je ne signe pas ce contrat de Kankan-kissidougou scinder en deux. Pour que le FMI ne remette pas en cause la Guinée avec le nom du Groupe Ebomaf, j’ai accepté de signer les deux contrats trans-ferme et trans-optionnel. »

Parlant de l’exécution à 90% de ce contrat de tranche-ferme dont son entreprise avait la charge d’exécuter, il précise : « Les 65 millions équivalent à 12 km et nous, nous en avons fait 20 km d’ouvrage et de terrassement. Pourquoi la couche de roulement n’a été exécutée que sur ces 12 km, parce qu’au moment où nous avons passé une dizaine de mois à concasser les graviers et le sable… On a importé à travers le port de Conakry, 50 conteneurs de bitume de l’Europe jusqu’à Conakry et on les a transportés jusqu’à sur le chantier ; notre fameux Guiter a fait une autre démarche pour faire ce goudron. Et les autorités m’ont dit que je pouvais le laisser faire. Alors j’ai signé un chèque de 15 milliards de francs guinéens en faveur de Guiter et on lui a remis les 50 conteneurs, on lui a remis toutes les tonnes de gravier concassé par Ebomaf. Et c’est en ce temps qu’il nous ont autorisés à enlever nos matériels. »

Pour terminer, M. Mahamadou Bonkoungou a souligné que depuis la signature du marché en 2013, le président Alpha Condé ne lui avait jamais donné l’occasion de reparler de ce projet.

Mohamed Soumah pour Guinee7.com