Le 12 mars dernier pendant que la Guinée est en plein processus électoral, le pays  enregistre son premier cas positif du Covid19. Malgré ce cas confirmé, les Guinéens se rendent aux urnes le 22 mars 2020 pour choisir, d’une part, les nouveaux députés ; d’autre part pour se prononcer sur une nouvelle constitution. Après le résultat du double scrutin, le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Me Salifou Kébé, décède du Covid 19, le 17 avril dernier. La pandémie venait de s’immiscer dans le processus électoral.

« Oui il y a eu des conséquences parce que le président de la CENI est décédé. Ça c’est une conséquence négative, on a fait les élections ; parce qu’on a pu les tenir, ça été tenu à date. Mais malheureusement, le président de la CENI a été infecté », déplore M. Aly Bocar Samoura, chef département Communication de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Comment nous allons organiser (la présidentielle); si cette maladie n’est pas anéantie ?

Aujourd’hui, le processus électoral pour les élections législatives et référendaire est arrivé à terme. Le cap est mis sur la prochaine présidentielle qui dans les normes doit se tenir en octobre, date qui correspond à la fin du mandat du président Condé.   

« Nous sommes en train de réfléchir là-dessus pour voir comment gérer ça avec le calendrier électoral. Parce que nous savons tous que bientôt la fin du mandat du président et si nous devons respecter la loi, on est obligé d’organiser l’élection à la fin du mandat. Maintenant avec l’impact du COVI-19, ce qui nous fait peur un peu, c’est comment nous allons organiser ; si cette maladie n’est pas anéantie. Ça risque d’avoir des impacts négatifs sur les élections. C’est un peu difficile de donner une position précise face à une maladie, une pandémie qu’on ne maitrise pas. Est-ce que ça va se limiter tout de suite ou pas ? Seuls les services sanitaires peuvent nous situer. Nous serons en contact avec l’ANSS pour des éventuels prises de positions », explique Aly Bocar Samoura, chef département Communication de la Commission électorale nationale indépendante.

Si les élections ne sont pas tenues à bonne date, il ne faut pas faire de la COVI-19, la cause principale 

Pour l’opposition guinéenne, la pandémie du COVID-19 est un simple alibi du pouvoir en place pour ne pas respecter le processus électoral.  « Dans la perspective des gouvernants d’Alpha Condé et tous ceux qui sont autour de lui, ç’a  plutôt un impact positif parce que ça leur permet de mettre ou dérouler l’agenda politique politicien qu’ils ont, qui est complètement en porte à faux des valeurs républicaines. Nous voyons d’ailleurs toute la cacophonie avec laquelle on est en train de gérer cette pandémie. Si les élections ne sont pas tenues à bonne date, il ne faut pas faire de la COVI-19, la cause principale », martèle Dr Faya Milimono, président du Bloc Libéral et membre de l’opposition politique guinéenne.

Pour lui, « donc, ce n’est pas la COVI-19 qui va être la cause première du non-respect du calendrier électoral. C’est le jeu politicien d’Alpha Condé et les extrémistes qui sont autour de lui. C’est pour cette raison qu’il savait que le premier patient a été diagnostiqué le 5 mars comme il a dit dans sa tribune et l’ANSS nous a parlé du 12 mars », rappelle Faya Milimono avant de poursuivre : « du point de vue d’Alpha Condé et les extrémistes, c’est plutôt une aubaine pour eux. Du point de vue républicain oui ça a un impact parce qu’au moment où nous parlons, ça nous empêche de regarder de près ce qu’il faut pour que nous puissions aller à des élections apaisées. »

Evaluer la situation actuelle afin de se prononcer sur la conduite à tenir

L’honorable Souleymane Keita du RPG arc-en-ciel, parti au pouvoir, reconnait que  « le premier cas a été déclaré en plein processus électoral. Donc, on avait eu du mal à juguler les effets. Quand on sait que c’est une nouvelle maladie qui n’est pas connue dans le milieu scientifique que ce soit en Guinée ou ailleurs ».

Il estime qu’ « il sera important pour l’ensemble des acteurs concernés mais prioritairement l’État et l’institution en charge d’organiser les élections et tous les partenaires qui nous accompagnent dans le cadre du processus électoral d’évaluer la situation actuelle afin de se prononcer sur la conduite à tenir en ce qui concerne l’organisation de la présidentielle en Guinée. Nous, au niveau du RPG arc-en-ciel comme toujours, nous sommes prêts à aller à n’importe quelle élection à ce stade », rassure-t-il.

Avant d’ajouter : « le seul handicap aujourd’hui c’est la COVI-19. On vient de faire un recensement. Donc le fichier a été assaini suivant les indications données par les experts qui ont travaillé là-dessus. Et puis, il y a tout un ensemble de matériels électoraux disponibles, paix à l’âme de Me Salifou Kébé, président de la CENI, qui avait indiqué que le dispositif mis en place pouvait être utilisé pour la présidentielle, vu que ça se fera six mois après

Dans les rues de Conakry, les sentiments sont mitigés. Et si le processus électoral se déroulait comme prévu ; allez-vous voter en octobre prochain ? Si la plupart des personnes interrogées estiment qu’il est risqué de voter pendant la pandémie, d’autres comme Abdoulay, lycéen, estiment qu’il faut vaille que vaille tenir la présidentielle. « En Guinée, on a fait le référendum, pendant qu’il y avait des cas de Coronavirus (officiellement 3, NDLR) ; au Mali voisin, on a voté pendant la pandémie, même en France, on a voté », argumente-t-il.

Il est à faire remarquer que le gouvernement n’a pas inséré le volet élection dans son plan de riposte contre le Coronavirus, et le nerf des élections étant l’argent, il s’en dire que même si les électeurs étaient prêts à risquer pour aller voter -ce qui n’est pas une sinécure-, les difficultés financières qui pourraient surgir impacteraient le processus. 

Cet article est une initiative de Search for Common Ground  en collaboration avec le NDI (National Démocratic institute) sur financement de l’USAID.

Bhoye Barry pour guinee7.com

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