..En fait, le moment actuel est pour nous fort sévère, car à chacun d’entre nous, une question est posée et posée personnellement……

…Ou bien, se débarrasser du passé comme un fardeau encombrant et déplaisant qui ne fait qu’entraver notre évolution…

…Ou bien l’assumer virilement et faire un point d’appui pour continuer notre marche en avant;…

Aime, Cesaire. Discours sur la négritude, Miami 1987

La suppression de l’esclavage, au Foutah Djallon en 1957, a définitivement scellé le sort des esclaves en Guinée en les libérant du joug et du fardeau de la discrimination, de la chosification et de l’exploitation.

Auparavant, l’Afrique noire souffrit tant de l’esclavage à travers l’enlèvement barbare de millions de ses vaillants fils enchainés et convoyés vers les Amériques durant deux cents ans de traite. Cette aberration de l’histoire réduisit l’homme noir à l’état de bête de somme. Le Code Noir de Napoléon et le Code Noir aux Etats-Unis créèrent les conditions légales pour traiter l’homme noir comme un produit marchand qui se vendait aux enchères publiques. Comme séquelle de cet état de faits en Afrique, en général et en Guinée, en particulier, deux sinistres fléaux comme l’esclavage et le système de castes mis en place, pour les besoins des couches sociales rapaces et parasites, engendrèrent des valeurs surannées de discrimination et dédain. Malheureusement, l’esprit esclavagiste reste ancré de nos jours dans le cœur de certains des descendants de la couche susmentionnée. Foisonnent dans les medias leurs écrits et discours qui en témoignent. C’est avec condescendance que référence est faite à des hommes comme appartenant à une caste de griots ou à celle des artisans.

Ceux qui ignorent l’histoire font un amalgame de classification arbitraire en niant du coup la place des hommes et femmes de caste dans notre histoire. Parmi leurs qualités, l’on retiendra leur intelligence qui a si souvent échappé aux autres qui les ont réduits à l’état d’infériorité. Sans eux, l’histoire, notre histoire, l’histoire de l’Empire du Mandingue n’existerait pas !

Nonobstant le lavage de cerveau opéré sur nous par le colonialiste, qui a stratégiquement hiérarchisé les classes sociales, les personnes dites de rangs inférieurs demeurent des hommes et des femmes qui ont les mêmes mérites naturelles : leur appartenance à la race humaine. Ce mode de catégorisation sociale des peuples subjugués par les colons européens est bien connu par exemple au Rwanda. Il reste encore entretenu en ce 21eme siècle au Sénégal, en Mauritanie et en Guinée. L’ancien Président Wade ne s’est-il pas surpris de dire publiquement de nos jours que le Président Macky Sall est descendant d’esclave ! On peut tout imaginer de ce que sous-tend une telle déclaration.

Faut-il rappeler que le Mahamat Gandhi était un homme de caste ? (cependant il demeure l’homme dont les valeurs de paix et de tolérance, de justice et d’humilité sont inscrites dans les annales de l’histoire de l’humanité).

Monsieur Obama, descendant d’esclaves selon les endurcis esclavagistes eux-mêmes rescapés de la basse classe d’Europe ;

Monsieur Macky Sall, descendant d’esclaves selon ses détracteurs ;

Monsieur Alpha Condé, de la caste des griots selon ses détracteurs  (celui dont les descendants furent du nombre des fondateurs du vaste empire du Mandingue) appartient à la branche de la noblesse du Manden.

Tous les trois président aujourd’hui à la destinée de leurs peuples et assument la magistrature suprême de leurs pays respectifs.

Dans l’espace et le temps, l’homme subit des changements que lui impose la nature. Du berceau, il devient adulte. D’esclave, il devient Maitre (mobilité sociale verticale bien reconnue par les sociologues).

Je postule donc :  

L’histoire corrige son passé. Elle se corrige d’elle-même !

En Guinée, l’abolition de jure de l’esclavage et de castes a créé une société plus humaine. Cette abolition entre progressivement dans les rapports sociaux et meurs, en dépit d’une certaine résistance de part de ceux qui y ont quelque chose à perdre. De plus en plus d’hommes et femmes se marier sans entrave ou contrainte à cause de l’appartenance à une classe dite inferieure. Ceci n’est encore pas possible au Sénégal ! Est-ce là le cri d’alarme de Cheick Anta Diop sur la barbarie des civilisations ? Ce fait devait interpeller les nostalgiques du système féodal pour ne plus rêver du retour à l’ancien régime. Ici les barrières sont brisées. Les filles de nobles font noce avec qui elles veulent. Les hommes dits de caste ont par mérite noué avec les filles dites nobles. Cette liberté est plus humanisante, plus civilisatrice. Elle ne peut se perdre. Cela fait aussi partie du rêve de Martin Luther King, ce rêve de voir les enfants des  esclaves et les enfants de leurs maitres, marcher la main dans la main ! Il en résulte qu’être esclave ou homme de caste, etc… n’empêche plus l’homme noir intelligent de s’élever aux cimes de la hiérarchie sociale et même d’être le président de la plus grande puissance du monde.

C’est la marque irréversible de la marche de l’histoire. Nous sommes obligés de suivre.

A. D. Traoré

Note de l’auteur :

Dans le discours politique en Guinée, le débat sur les ethnies, les rangs sociaux et l’origine des hommes n’a pas sa place. Il sous-tend aussi le rappel de l’esclavage et du système de caste. Nous sommes tous guinéens forcés par le destin de vivre ensemble.

Reference :

Jean Suret-Canale, La fin de la chefferie en Guinée

Journal of African History. Vol. VII. 1966. pp. 459-493

In: http://www.webguinee.net/bibliotheque/histoire/jscanale/finChefferie/chefferie.html

Thierno Dayèdio Barry – Du retour à la chefferie traditionnelle,  Décembre 2008

In: http://guineeactu.info/HTML/du-retour-a-la-chefferie-traditionnelle.htm

“Eléments de réflexion sur la saga des Condé” par Boubacar Doumba Diallo

In: http://guineeactu.info/debats-discussions/chroniques/5296-elements-de-reflexion-sur-la-saga-des-conde.html

Stigmates et mémoires de l’esclavage en Afrique de l’Ouest : le sang et la couleur de peau comme lignes de fracture Ibrahima Thioub

In: https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00743503/document

Professeur Aboubacar Demba Traoré, New York

 

 

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