Abdoul Karim Bangoura, Ingénieur Télécom

La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) dans sa communication du 11 juin, a proposé le18 octobre 2020 date du premier tour de l’élection présidentielle. En attendant, le décret du Président de la République entérinant ou non cette date, l’opposition au régime du président Alpha Condé, regroupée au sein du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), a déjà rejeté cette date et conditionne sa participation à l’annulation des élections du 22 mars. Malgré ces protestations, Alpha Condé ne prendra pas le risque de se mettre dans l’illégalité en reportant cette élection au-delà de la fin de son mandat constitutionnel en décembre 2020.

Pour rappel, le FNDC qui regroupe des organisations de la société civile et des partis politiques de l’opposition a été mis en place dans le but de préserver la constitution de 2010 et s’opposer à un troisième mandat du président sortant. Malgré sa résistance active, les élections législatives et le référendum constitutionnel se sont tenus le 22 mars 2020. Une nouvelle constitution a été adoptée et promulguée le Avril 2020, donnant techniquement la possibilité au président Alpha Condé de briguer un nouveau mandat. Dans cette perspective d’un probable troisième mandat du président sortant, plusieurs scénarios s’ouvrent à l’opposition:

  • Forcer l’alternance  démocratique par l’union : il consisterait pour l’opposition de s’unir au sein du FNDC pour présenter un candidat unique face au candidat Alpha Condé. Malgré les faiblesses du fichier électoral et le parti pris de l’administration publique, un candidat unique de l’opposition aurait une plus grande chance de déjouer les pièges et de mobiliser la population autour de sa plateforme. Comme le dit Issaka K. Souare dans ‘Les partis politiques de l’opposition en Afrique’ : « l’alternance partisane s’effectue généralement lorsque le système politique est bipartisan ou quand des partis d’opposition d’importance forcent sa bipolarisation en formant une coalition électorale cohérente ». Un adage ne dit-il pas que l’union fait la force. L’opposition saurait-elle envisager une telle option ?
  • Obtenir l’alternance par la révolution : dans ce scenario, le FNDC devrait être capable de mobiliser suffisamment le peuple pour inverser le rapport de force à sa faveur sur le terrain imposant ainsi une transition sans Alpha Condé. Le succès de cette stratégie dépendra de la capacité de l’opposition à mobiliser, sur le terrain et dans tout le pays, une grande majorité de la population. Cette population qui est plus dans le discours que dans l’action, plus dans la fatalité qu’à forcer le destin. En plus de cela, Il faudra réussir à briser la volonté de fer du Président Alpha condé, lui-même, décidé à obtenir coute que coute ce qu’il veut. Ne disait-il pas récemment dans les colonnes du journal Le Monde : « n’y a-t-il pas d’autres pays où il y a de nouvelles constitutions ? Où les présidents peuvent faire un troisième mandat ? […] Dans les autres pays où il y a de nouvelles constitutions, il y a eu des morts, mais ils l’ont fait ».
  • Partir en rang dispersé : s’il n’y a plus de consensus sur la stratégie du FNDC, certains ou tous les partis de l’opposition pourraient décider de prendre part aux élections en rangs dispersés face à Alpha Condé. Ce scénario pourrait être une répétition de l’élection présidentielle de 2015 c’est à dire le « coup KO » en faveur de Alpha Condé. La division des forces de l’opposition signifie à coup sur la victoire de la mouvance présidentielle.
  • Boycotter l’élection présidentielle: enfin, l’opposition pourrait décider de ne pas prendre part à l’élection. Cette stratégie a montré ses limites en 2002 et 2003 avec le Président Lansana Conté et récemment lors des élections législatives et le referendum du 22 mars ainsi que dans d’autres pays d’Afrique. Boycotter la présidentielle reviendrait à entériner un troisième mandat pour le Président Alpha Condé.

Ces différents scénarios ne sont pas exclusifs. Plusieurs d’entre eux peuvent être combinés pour former une stratégie.

En conclusion, Les choix de l’opposition réunie au sein du FNDC ne sont pas simples, dû en parti à sa composition hétéroclite. Elle devra bien peser les avantages et les inconvénients de chacun avant de se lancer dans la bataille.

Abdoul Karim BANGOURA

Ingénieur Télécom – citoyen engagé