Vendredi 5 février. Il est 11 heures, quand Elhadj Mohamed Diallo me balance un texto pour m’annoncer qu’il était déjà posté au siège de l’UFDG. Car pour rien au monde, il ne voulait manquer le déroulement de cette fameuse réunion du Conseil politique, à laquelle Amadou  Oury Bah, premier vice-président du parti, expulsé la veille, tenait à assister. Et à 13 h 5 GMT, je vois tomber un papier sur mon desk. Il s’agit d’un texte envoyé par Elhadj Mohamed Diallo, intitulé  « une ambiance électrique au quartier général de l’UFDG.» Il en avait fait copie à Ibrahima Sory Traoré, fondateur du site guinee7.com, pour qui il travaille également. Mais vu que j’avais encore 48 heures devant moi,  avant le bouclage du Démocrate du mardi 9 février, j’ai gardé le papier au frigo. Car nous ne faisons pas du « daily news » comme les sites internet. Plus tard vers 16 heures, je lui ai demandé « Et Bah oury » ? Il me répondit : « On l’attend au siège mais j’ai envoyé un premier papier.» Ce fut le dernier texto que j’ai échangé avec Mohamed Diallo. Je tentai ensuite en vain à l’avoir au téléphone, pour avoir le dernier développement de la situation. Vers 18 heures, un de nos stagiaires Oumar Daroun Bah m’appelle alors pour m’annoncer la mauvaise nouvelle. J’ai aussitôt senti mes pieds se dérober sous moi, mon cœur battant la chamade. A dire vrai, j’avais un  profond sentiment de dégoût, mêlé à de la révolte. Je me disais que rien ne pouvait justifier ce crime odieux.

Elhadj Mohamed Diallo était de la maison comme on dit dans notre jargon. Il lui arrivait de quitter l’Indépendant pour d’autres rédactions comme la Nouvelle République, un hebdomadaire dirigé par Talibé Barry, ancien rédacteur en chef de l’Indépendant, ou le site guinee7.com, de Traoré Ibrahima Sory, qui fut également rédacteur en chef de l’Indépendant. Mais le pont n’était jamais rompu. Il n’oubliait jamais Kôtô Dian, comme il m’appelait affectueusement. Encore une fois, je dois dire que la disparition de ce garçon constitue une énorme perte pour la presse guinéenne. Car des reporters de sa trempe, il n’y en a quasiment plus. C’était simplement le grand reporter, ayant toujours un carnet « usé à la main. »  Alliant rapidité et rigueur, dans la description des faits.

Mamadou Dian Baldé