La déclaration de Paris, à travers laquelle trois ténors de l’opposition ont émis des réserves sur le chronogramme électoral publié récemment par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et sur la façon dont le pays est géré par le président Alpha Condé, semble avoir troublé le sommeil du  pouvoir. Qui depuis cette sortie à fort relent belliciste appelle désormais de tous ses vœux à la reprise du dialogue avec l’opposition. Un appel de détresse qui n’a pas l’air d‘avoir d’écho dans le camp adverse, où on semble plus déterminé que jamais à en découdre avec le pouvoir d’Alpha Condé accusé  de « turpitudes ».

Le gouvernement s’est empressé de réagir à l’appel à manifester lancé par Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté, respectivement président de l’UFDG, l’UFR et le PEDN, à partir de la capitale française, la semaine dernière. Ces trois opposants étant arrivés à la conclusion selon laquelle, il ne servait plus à rien de prendre part à un processus électoral avec un gouvernement qui a forgé sa réputation  en matière de  « violation des droits humains et de la constitution. » Dans cette foulée, les trois anciens Premiers ministres ont écrit noir sur blanc que le président Alpha Condé n’avait plus aucune « légitimité » à leurs yeux pour diriger encore ce pays. Une déclaration qui a aussitôt provoqué une onde de choc dans la classe politique. En guise de réaction, le porte-parole du gouvernement Albert Damantang Camara a organisé  une conférence de presse au lendemain de cette déclaration pour appeler l’ensemble de la classe politique au dialogue, au consensus et au respect de la Constitution et des Lois de la République, qui sont selon lui les principes fondamentaux pour la démocratie, la stabilité et le développement en Guinée.

Le porte-parole du gouvernement a mis cette conférence à profit pour dire : «nous appelons l’ensemble de la classe politique au dialogue. Nous sommes ouverts à des solutions, et nous restons à l’écoute. Ce dialogue doit se tenir sans préalable et reprendre au plus vite ».

Tout précisant cependant que le gouvernement pour sa part  respecte ‘’les décisions de la CENI dès lors qu’elles ont été prises à la majorité de ses membres, et qu’elles respectent la Constitution et les fondamentaux démocratiques.’’

Rappelant que « les divergences de vue sont indispensables à l’équilibre de toute démocratie, et les débats sont salutaires. Pour les forces politiques, le Parlement est l’enceinte institutionnelle par excellence pour débattre, et les médias sont des relais indépendants. Manifester est un droit fondamental que l’Etat respecte et protège avec la plus grande attention, et qui doit être exercé par les citoyens et les formations politiques dans le strict respect de la Loi. Exercer sa liberté de manifester ne doit pas se faire dans la violence ou en mettant à mal la liberté et la sécurité d’autrui. C’est aussi cela l’apprentissage démocratique que la Guinée doit continuer à faire », a-t-il souligné.

Damantang Camara a aussi lancé un appel ‘’à tous les citoyens guinéens, sans exception, et tous les représentants des formations politiques, sans aucune distinction, à faire des prochaines élections une réussite et une fierté pour notre Nation. Œuvrons ensemble pour renforcer la transparence et la démocratie.’’

Le porte-parole du gouvernement qui avait l’air de faire dans les chaumières a conclu en disant que « La Guinée a besoin de poursuivre sa bonne marche en avant, avec toutes ses composantes. Notre Nation a besoin d’être soudée pour continuer à relever nos nombreux défis. Notre Nation a besoin de dialogue, d’apaisement, d’union et de consensus pour poursuivre sa marche en avant ».

Conakry active sa diplomatie

Le gouvernement ne s’est pas limité à cet appel au dialogue, mais a jugé utile d’activer sa diplomatie en allant expliquer sa version des faits dans les capitales européennes comme Paris, où François Fall s’est rendu la semaine dernière. Lors de son séjour parisien, le chef de la diplomatie guinéenne a accusé l’opposition de vouloir simplement  rendre le pays ‘’ingouvernable’’, et même à pousser l’armée à intervenir, en cas de débordement.
Au micro de nos confrères de l’AFP, Fall n’a pas hésité de dire dans sa tentative de justification de la crise née de la publication de ce chronogramme controversé, que   “l’opposition souhaite que le pays soit ingouvernable, et pousser l’armée à intervenir, peut-être. Mais pour le moment l’armée a rejoint les casernes’’, dit-il.

“Leur intention est de créer des troubles de sorte qu’il n’y ait pas d’élection et peut-être, en se rappelant aux mauvais souvenirs, ils se disent que cela va permettre à l’armée d’intervenir encore une fois”, a poursuivi le ministre.
Cette allusion à une probable immixtion de l’armée dans le jeu politique, à laquelle fait allusion François Fall, ne peut qu’illustrer l’échec de la transition. Car bien elle qui a accouché de ce gouvernement qui peine à sortir le pays de l’ornière depuis son avènement en 2010.

Bin des gens accusent  la grande muette d’avoir largement contribué à dévoyer les mœurs dans ce pays, suite à ces différentes intrusions au devant de la scène. Ce qui écarterait le souhait d’un remake de tels scénarii.

Le pouvoir a intérêt à jouer franc jeu, pour rassurer l’opinion de sa bonne foi, à doter la Guinée d’institutions crédibles.

Pour le moment la tension est palpable entre les acteurs politiques par la faute de ce même pouvoir, qui s’est toujours illustré par le « mépris » affiché à l’endroit de l’opposition. Cette dernière est dorénavant désabusée, et n’entend plus avaler de couleuvres.

Ce qui pourrait ôter toute chance à une  reprise du dialogue auquel le pouvoir appelle de tous ses vœux.

Mamady Kéita (Le Démocrate)

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