Les corrélations observées entre le niveau de corruption et le niveau de développement sont souvent évoquées pour justifier les actions de lutte contre la corruption. Selon Blundo Giorgio et J.P. Olivier de Sardan, dans leur ouvrage intitulé « La corruption quotidienne en Afrique de l’Ouest », il existe un lien de causalité entre ces deux concepts qui sont : « corruption » et « sous-développement ».

En effet, le terreau fertile de la corruption, est la condition de sous-développement, qui demeure l’une de ses causes. Nous citerons quelques manifestations du sous-développement pouvant entrainer la corruption. Nous avons tout d’abord, le faible niveau des salaires dans la fonction publique, qui pousse à la petite corruption, nous avons l’interaction entre l’offre et la demande des services publics, qui génère davantage d’occasions de recourir à la corruption, il y a la préférence des individus de faire une « carrière étatique » compte tenu de la faiblesse des opportunités dans le secteur privé et enfin le faible niveau d’instruction d’une bonne partie des citoyens, faible niveau qui les garde dans l’ignorance de leurs droits et impact négativement sur  leurs capacité d’exercice de leurs droits et de leurs participation, en toute connaissance de causes à la vie politique.

Identifier les solutions anti-corruption n’est qu’une petite partie du chemin à parcourir. La difficulté principale dans la lutte contre la corruption dans les pays en développement reste la définition d’une stratégie nationale de lutte réellement opérationnelle, qui ne se heurte à aucun obstacle.

La condition de sous-développement ne fait pas de la corruption une fatalité ni un phénomène inéluctable. Pour Transparency International, au-delà de la législation anticorruption, les pays qui s’en sortent le mieux sont ceux qui font « l’étape supplémentaire pour assurer l’implémentation », effective des lois. Exemple, entre 2007 et 2010, trois pays d’Afrique (l’île Maurice, le Botswana, et le Cap-Vert) ont satisfait au minimum de cinq points, qui constitue le seuil de niveau de tolérance de la corruption.

De même, le Baromètre mondial de la corruption (2007) révélait que la corruption au niveau des institutions publiques est le phénomène qui cause plus de tort à la région d’Afrique. Dix années après, ces conclusions sont malheureusement d’actualité. En effet, en 2017 le continent africain demeure toujours  la région du monde la plus mal classée en termes d’indice de perception de la corruption (IPC), avec un score de 32 sur une échelle de 100. Les deux pays les plus mal classés dans le monde (les plus corrompus) selon l’IPC de Transparency International sont le Soudan du Sud et la Somalie.

Le Botswana (34ème), les Seychelles (36ème), le Cap-Vert et le Rwanda (respectivement 47ème et 48ème), avant la Namibie (53ème) et le Sénégal (66ème) sur 180 pays, sont les premiers pays d’Afrique subsaharienne à apparaître dans le haut du classement 2017 de Transparency International (moins corrompus d’Afrique).

Le processus de développement des Etats doit s’accompagner d’action de lutte contre la corruption. Et ces actions doivent s’inscrire dans un cadre plus large de politiques visant à améliorer la gestion (efficience, efficace et économe) des ressources publiques et des fonds octroyés par les partenaires financiers.

Les véritables obstacles à la lutte contre la corruption sont les intérêts de ceux qui sont placés au sommet de la pyramide politico-administrative. Pour les contrés, les associations issues de la société civile et les médias doivent contribuer, à travers les actes qu’ils posent, aider à l’émergence d’une véritable volonté politique, en dénonçant les cas de corruption sur le continent.

Il est donc crucial pour les acteurs africains de lutte contre la corruption d’identifier les formes, les manifestations et les déterminants de la corruption, afin de leurs permettre de préciser et de guider à la fois l’action de la société civile et  celles des médias dans la lutte contre le mal.

Les organisations internationales et régionales ont aussi un rôle politique important à jouer. Elles servent de relais aux demandes exprimées par les différentes organisations de la société civile (OSC).

Parlant des organisations internationales, Le leitmotiv affiché  de l’Union Africaine (UA) pour l’année 2018 est : « Gagner la bataille contre la corruption : une voie durable vers la transformation de l’Afrique ». Cette lutte doit garantir une culture de la bonne gouvernance et l’instauration d’un Etat de droit.

Notons que le continent africain dispose de plusieurs instruments de lutte contre la corruption dont entre autres : 

  •  La convention de l’UA pour prévenir et combattre la corruption (AUCPCC),  adoptée en 2003 ;
  •  La Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption ;
  •  La Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, adoptée en 2007 ;
  • La Charte africaine des valeurs et des principes du service public et de l’administration, adoptée en 2011 ;
  • La Charte africaine sur les valeurs et les principes de la décentralisation, de la gouvernance et du développement local, adoptée en 2014 ;
  • le Conseil consultatif de sur la corruption de l’Union africaine  (AUABC) ;
  • et Le Programme régional de la lutte contre la corruption en Afrique

Dans le souci d’intensifier la lutte contre la corruption, les Nations Unies ont désormais retenue la journée du 11 juillet de chaque année comme « journée africaine de lutte contre la corruption ». A cette occasion, l’ONG « Transparency International » a adressé le 11 juillet 2018 une lettre ouverte aux dirigeants de l’Union Africaine (UA) à propos de la démission de l’ancien membre et ancien président du Conseil consultatif de l’Union Africaine sur la corruption (AUABC) Mr Daniel BATIDAM.

Ce haut fonctionnaire a démissionné le 8 juin 2017 pour cause de mauvaise gouvernance, d’abus de pouvoir et le manque d’honnêteté, de responsabilité, de transparence et d’intégrité au Secrétariat de l’AUABC et dans divers départements de l’Union Africaine (UA).

Alors, pour rendre crédible l’engagement de l’Union Africaine de lutter contre la corruption, il serait important qu’elle procédé à des enquêtes sur ces allégations de corruption au sein du Conseil Consultatif de l’Union Africaine et sur la corruption dans les différents Département de l’Union Africaine (UA), afin d’établir la vérité et sanctionner les coupables. 

Ibrahima Mouhidine DIANE, Doctorant – Enseignant chercheur

A l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia (UGLCS) Conakry

Tel: 622-49-88-94  /  657-69-88-51

E-mail: mouhik@yahoo.fr

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