La veille des fêtes religieuses (Ramadan et Tabaski) les mariages sont légion en Guinée. Le Foutah se fait bien remarquer dans ce sens. Nous sommes à quelques jours de Tabaski et ceux qui passent devant le maire ou devant le chef religieux du coin pour se dire ‘‘oui’’ sont nombreux. Reportage.

‘‘La simplicité qui caractérisait les mariages au Foutah a complètement changé. Nous assistons aujourd’hui à des mariages pompeux, à l’occidentale’’, se plaint un jeune homme qui rechigne à prendre une épouse, faute de moyens.

Les moyens, matériels bien sûr, sont un élément essentiel pour le mariage. ‘‘Le mariage est un acte sacré et consacré par toutes les religions. Lorsqu’un individu est apte à supporter les charges de deux personnes, on lui trouve une conjointe. Seulement de nos jours se marier au Foutah précisément à Labé peut couter les yeux de la tête’’, poursuit notre jeune homme assis autour d’un thé au bord d’une rue très animée de Labé.

‘‘Loin des traditionnels paquets de colas ou de la génisse faisant office de cadeau à la jeune mariée dans le Foutah, le mariage est devenu une grande cérémonie où des fortunes sont englouties pour un résultat sans lendemain. Dans bien des cas les divorces sont aussi nombreux que les mariages’’, fait remarquer notre interlocuteur.

Selon Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo, enseigant à la retraite et ex maire de Labé: ‘‘il y a des abus et des dérapages qui sont assez indisposant et qui nécessitent une mobilisation de tout le monde  pour les freiner. Aujourd’hui dans les mariages les plats ne sont pas mesurés, c’est une perte économique énorme. Avant une seule valise d’habits suffisait pour tout le mariage religieux. De nos jours c’est inimaginable, la mariée bénéficie de 2 valises. La famille de la fille offre une valise, le futur conjoint offre une autre. Dans certains cas on compte jusqu’à 4 valises. C’est des choses qui ne servent qu’à  créer des problèmes à ceux qui veulent se marier et qui ont des moyens limités.’’

Cependant dans la société traditionnelle du Foutah, la simplicité caractérisait le mariage. Hadja Koumanthio Zenab Diallo, femme de culture et directrice du Musée du Foutah, témoigne: ‘‘la célébration du mariage se faisait de la façon la plus simple chez nous. Ceci devait tourner autour de ce qu’on appelle le Sadaghou, entendez la dot. La noix de cola accompagne tout le processus. Ensuite une génisse. N’oublions pas que nous sommes dans une région d’élevage. Après ce rituel, les gens préparaient des plats mais pas aussi nombreux que maintenant.’’

C’est pourquoi Hadja exhorte à un retour aux sources : ‘‘Je dois dire aux gens de bannir ces fastes qui ne représentent rien. C’est du m’as-tu vu. Nos parents n’ont jamais fait cela. Marions-nous à la hauteur de nos moyens. Abandonnons les fardeaux qui nous détruisent économiquement et même moralement.’’

Ces fastes effrayent  plus d’un jeune en âge de se marier. A Labé il n’est pas rare d’entendre ce genre de conversation entre jeunes : ‘‘Je veux bien t’épouser mais je n’ai pas de moyens.’’

D’ailleurs beaucoup de projets de mariages avortent faute de consensus entre jeunes amoureux. Les hommes accusent des filles d’être trop exigeantes. Celles-ci se défendent et rappellent que ‘‘depuis la nuit des temps la femme a toujours bénéficié des cadeaux de l’homme et surtout qu’une femme a besoin d’entretien’’, comme nous dit une jeune fille qui, bientôt doit passer devant le maire.

Selon le chargé de l’état civile à la commune urbaine de Labé, plus de 600 mariages ont été signés  pendant le Sabbordhou donki (le mois qui précède celui de la fête de tabaski).

Quant aux mariages dits pompeux, la ligue islamique régionale avait pris le soin de les interdire pour ‘‘faciliter la tâche aux jeunes qui voudraient se marier’’. Sauf que cette décision était en porte à faux avec les libertés fondamentales d’un pays démocratique.

Alpha Ousmane Bah, correspondant à Labé

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