C’était il y a trois ans… ! Les écluses de l’espoir semblaient finalement s’ouvrir aux Guinéens avec la survenue d’un certain politique au destin messianique. Ses dires et gestes trahissaient l’énorme projet d’un homme prodige envoyé in extremis à la Guinée pour rétablir celle-ci dans l’arène d’où elle avait été éjectée. Nous avions souri, non pas sournoisement, mais de soulagement, d’espoir aussi pour la démocratie torpillée et alarmée, pour les cœurs et âmes qui crient à la justice, pour tous ceux qui ne trouvent plus que très peu en l’idéal étatique.

Son message était beau d’une beauté d’éclisse, choyant, voire envoutant. Nous avons salué qu’on puisse enfin régler son compte au chômage, qu’on s’emporte de colère contre la fracture sociale longuement entretenue au compte de quel élagage, mais par-dessus tout, nous nous sommes inclinés devant la noblesse de la promesse d’un retour rapide à la pratique démocratique. Un parlement assez grand et juste pour rassembler et porter la voix, même des minorités, voici ce que fut l’attente du peuple de Guinée, pour les mois consécutifs à l’intronisation du sauveur méconnu. Désillusion ! Crierais-je ce matin.

Nous avions espéré qu’il ne mêlerait aucun calcul à ce processus législatif-là, si banal et si simple et que pour tout cela, il puiserait constamment forces et courage dans les années et l’histoire qui ont été les siennes. On a même tôt fait de se rendre à la vérité que derrière des apparences de choux sont parfois tapies des attitudes de loup. Puisque tout le long de nos législatives à retardement, j’ai peiné à rencontrer ce Mandela, ce rassembleur, ce conciliateur de tous en tout.

Certes, des actions fortes sont à lui reconnaître en toute humilité et franchise, mais clamons que le vrai problème du sauveteur guinéen tient à son habitude…Celle de vouloir jouer toujours, de saisir la réalité politique comme une simple partie de poker où tout peut être prévu. Les autres, politiques et populations, n’étant que de simples pièces à savoir manier.

Mais qu’on prenne bien un instant pour s’expliquer ce décret qui pourrait encore être celui de la discorde, après ce qu’on appellera désormais l’histoire de notre Assemblée nationale. Cet obscur retard de convocation de nos députés, cet autre retard injustifié du gouvernement à finaliser son projet de budget 2014, cette préférence pour un CNT que nous savons accouché dans un réel mépris des textes de lois, semblent apporter toute la lumière sur la pénombre. Je n’aime pas l’opposition et cela est pareil pour la mouvance du Président. Mais les raisons avancées à cette décision sont loin d’être convaincantes.

Le sauveur guinéen semble ne pas aimer la sieste. Pourquoi réveiller le mal qui choisit de sommeiller pour de bien longues heures encore ? Pourquoi, maintenant, cette décision qui a grand mérite de provoquer ?

Il m’est arrivé par moments d’avoir la prétention de connaître l’homme. Mais de pourquoi en pourquoi, je me rends à l’évidence. Il a cette logique, cette perception du monde et ce caractère imperturbable, cette sorte d’insensibilité qui n’ont d’égal que lui. Notre Président, à cause de sa super imprévisibilité restera ce mystère dont il faudra, à la fois attendre la surprise et percer l’essence.

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