Analyse. En Guinée, la floraison des radios et télés privées, le boom des réseaux sociaux, donnent l’occasion à plusieurs sensibilités politiques de s’exprimer. Ce qui, en principe, donne un avenir radieux au débat politique. Mais tout porte à croire que ceci est un vœu pieux au lieu d’être un espoir raisonnable…A bien des égards, la diversité des moyens de communication ne garantit pas l’éclosion de la vérité n’est-ce pas le sens de toute contradiction, donc du débat ?  

En Guinée, « on ne sait plus quelle est la vérité. Ici c’est le débat de caniveau qui prévaut. Quand vous essayez de tenir un discours logique, de niveau, vous devenez ennuyeux. Les gens ne vous suivent plus. Il faut faire du scandale pour les ramener », se plaint Aboubacar, financier.

Cette impression est largement partagée aussi bien dans les bas quartiers que dans les salons feutrés de Conakry. Le manque de débat politique responsable dans les médias tue le débat.

C’est autant dire que l’avenir du débat politique en Guinée est quasiment incertain, du moins dans le court terme.

D’ailleurs « le parlement qui est le lieu par excellence du débat politique est sans présence des partis dominants de l’opposition. A quelques mois seulement du prochain scrutin présidentiel, le pouvoir campe sur sa position et l’opposition se radicalise de plus en plus dans sa désapprobation de la nouvelle assemblée nationale et de la nouvelle constitution. Du coup, on s’achemine plus vers une confrontation physique dans la rue, source de nouvelles crises que vers une confrontation d’idées », prévient Youssouf Sylla, juriste.

Et pourtant « un adversaire politique n’est pas un ennemi ; c’est un partenaire du débat démocratique », enseignait Ségolène Royal, politique française.

Mais pourquoi l’avenir du débat politique est compromis en Guinée ?

Il est évident que « face à l’intolérance et à la haine, il n’y a pas de transaction possible, pas de compromission possible, pas de débat possible » (Jacques Chirac).

Comme si l’ancien président français parlait du « cas guinéen », la vie politique de ce pays est faite d’intolérance et de haine, entretenues par des acteurs politiques.

Les deux maux distillés à travers les réseaux sociaux et les radios (essentiellement), plombent tout débat constructif qui cède allègrement sa place à des grossièretés, des invectives et aux prédictions des oiseaux de mauvais augures…

Que faut-il faire pour changer la donne ?

Gongoloma Soké Daikhabeh, un des plus célèbres guinéens sur les réseaux sociaux, estime que Facebook offre des atouts à la Guinée. Le hic ? « C’est plutôt les journalistes qui devraient ne pas voir le mal partout. L’alarmisme n’est pas productif. Facebook à 90 % plus le côté positif que négatif pour la Guinée. Alors oui je vous comprends dans vos rôles d’avertisseur, d’informateur et commercial. Car la peur vend plus que le positif dans la presse ». En un mot ou en mille, l’internaute pointe un doigt sur les « professionnels des médias ». Et il n’est pas le seul.

Comme lui,  le correspondant à Conakry d’une presse étrangère, estime que le débat en Guinée coince parce que « les journalistes censés de le mener ont un problème de capacité d’absorption, de réflexion. Malheureusement les idées les plus vendeuses sont des idées de révolution qui ne tiennent pas compte de l’histoire. On a vu ce que sont devenues les révolutions, algérienne, burkinabè, etc. Les journalistes tombent dans le piège du populisme, sous informés, ils ne peuvent pas tenir des débats ».

Pour lui, ces défauts congénitaux de la presse guinéenne biaisent le débat. Et surtout, « la manipulation et le mensonge sont banalisés », souligne-t-il.

Pour donner au débat politique en Guinée un avenir radieux, il serait hygiénique pour les journalistes et autres acteurs politiques, de penser à la qualité des sujets (qui doit sortir du nauséabond ethnocentrisme) ; d’avoir une bonne foi ;  d’avoir beaucoup de culture, une bonne éducation. Mais aussi une masse critique assez large pour tenir l’alerte.  

Cette production est une initiative de l’ONG Search for Common Ground en collaboration avec le NDI (National Democratic Institute) sur financement de l’USAID.