L’opposition guinéenne a décidé de suspendre sa participation à l’Assemblée nationale et à ne pas reconnaître la Céni, notamment. Nous avons tendu notre micro à Albert Damantang Camara, ministre, porte-parole du gouvernement pour sa réaction.   

Guinee7.com : L’opposition a annoncé une série de mesures pour protester contre le chronogramme de la CENI qui, selon elle, viole la Loi et les accords du 3 juillet 2013, qu’en dit le gouvernement ?

Albert Damantang Camara : Ce débat sur un prétendu engagement du gouvernement à organiser les communales avant la présidentielle devient pathétique. Il nous fait perdre de vue l’essentiel et nous éloigne des véritables questions et je suis sincèrement désolé d’être obligé de m’y associer. Malheureusement je ne peux pas laisser dire que le gouvernement ne respecte pas ses engagements. Je peux croire que les facilitateurs ont pris des engagements de bonne foi ; malheureusement, avec tout le respect que je leur dois, ils n’avaient pas le pouvoir d’engager le gouvernement, et je ne pense pas qu’ils avaient celui d’engager la CENI. Cela n’est pas contestable.

Ceci étant posé, soyons définitivement clairs : le mandat de tous les maires est devenu caduc depuis suffisamment longtemps pour que des élections communales soient urgemment organisées. Personne ne le conteste et si la CENI avait démontré et annoncé sa capacité et sa volonté à organiser ces communales entre maintenant et la fin du mandat présidentiel, nous aurions été les premiers à la féliciter et à l’accompagner.

Pourquoi donc accepter le chronogramme qu’elle a proposé et qui renvoie les communales à 2016 ?

Soyons réalistes. En 2010, la CENI nous a dit qu’elle était prête pour le premier tour de la présidentielle ; on a vu le chapelet de contestations et la liste des graves anomalies que le RPG et l’UFDG ont exigé de résoudre avant le deuxième tour. Quatre mois après, la CENI a dit qu’elle avait procédé à toutes les corrections et qu’elle était enfin prête pour le deuxième tour. Cela n’a pas empêché les mêmes dysfonctionnements suivis de contestations. Ensuite, après plusieurs report techniques, la nouvelle CENI a dit qu’elle était prête pour organiser les législatives. On a également vu toutes les contestations et autres recours devant la Cour Suprême ainsi qu’une série de rapports d’observateurs avec des recommandations pour les prochaines élections.

Si on récapitule donc on constate que par trois fois, la CENI a prétendu qu’elle était capable et prête à organiser des élections alors que, visiblement, elle ne l’était pas. Aujourd’hui elle nous dit qu’elle n’est pas prête et nous, nous serions assez inconscients pour lui imposer la tenue de cette élection!

L’opposition prétend pourtant que c’est le gouvernement qui a influencé la CENI pour qu’elle prenne cette décision?

Ce sont des affirmations gratuites. Pour pouvoir commencer des actions de contestations contre le gouvernement il faut absolument le rendre responsable de la non-tenue des élections communales et du blocage politique. Ce lien est fait uniquement pour justifier des manifestations et le retrait de l’assemblée et de la CENI.

Le gouvernement n’a rien avoir avec ce qui se passe à la CENI. Quel moyen de pression aurions-nous pour cela ? Les commissaires ont été désignés par leur entités respectives et sont inamovibles, ils sont à l’abri de l’argent parce que bien payés, leur place est garantie pour sept ans et même le Président de la république ne peut les démettre. Comment voulez-vous que l’on fasse pression sur eux ?

L’opposition oublie un épisode important du dialogue de 2013 qui a abouti aux accords du 3 juillet. Premièrement, nous avons tous eu du mal à obtenir de la CENI qu’elle vienne s’expliquer sur sa manière de travailler et sur ce qui retardait la préparation des législatives. Dès le départ, ils ont d’abord commencé par nous énumérer les dispositions légales qui garantissent leur indépendance, comme pour nous dire qu’ils n’étaient pas obligés de nous répondre. Il a fallu toute la diplomatie des facilitateurs et des  témoins internationaux pour qu’ils acceptent de discuter avec nous. Lorsqu’enfin nous sommes parvenus à nous entendre et que nous avons commencé à rédiger l’accord, la CENI s’est à nouveau insurgée. Elle n’acceptait pas la mise en place du comité technique de suivi parce qu’elle considérait que ce comité empiétait sur ses prérogatives. A ce moment, la CENI est allée jusqu’à menacer de saisir la Cour Suprême pour attaquer l’accord sous prétexte qu’il violait leur indépendance. Là encore c’est l’intervention des témoins et des partenaires techniques qui l’a amené à se raviser. Comment peut-on prétendre alors qu’elle reçoit des ordres d’ailleurs ?

Selon vous quelle peut-être alors la solution ?

Il faut d’abord savoir ce qu’on veut exactement. Il me semble que si il y a bien un risque à éviter absolument c’est celui d’avoir, à la tête de notre pays, un Président au mandat expiré.

Alors on peut débattre des jours entiers sur la validité d’un prétendu additif-avenant-annexe, philosopher sur la valeur de la signature d’un facilitateur et théoriser sur son statut juridique cela ne changera rien au débat sur le fond et la réalité des faits. Les journées dureront toujours vingt-quatre heures et les mois trente jours et les délais pour faire deux élections aussi importantes sont malheureusement trop courts.

Si c’est la crainte de voir l’immixtion des maires et des délégations spéciales dans le processus électoral alors travaillons ensemble, pour leur enlever toute influence à ce niveau. Dans tout ce que prévoit l’opposition pour protester contre ce chronogramme de la CENI, je ne vois aucune solution. Par contre je vois des millions de Guinéens pris en otages par des revendications dont la satisfaction risque de leur faire faire un retour en arrière dramatique.

Les mesures qu’elle annonce sont exagérément disproportionnées par rapport au problème posé et totalement improductives pour sa résolution. Ce qui nous amène à nous demander quelle est la logique dans laquelle s’inscrit l’opposition.

Interview réalisée par la rédaction

 

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