Rien d’étonnant à ce qu’il en soit ainsi. Il ne saurait d’ailleurs en être autrement. Tant l’homme est de dimension transcontinentale. Donc planétaire.

Son génie et son inspiration étaient tels que Mory Kanté se paya d’audace de faire se trémousser les plus pudiques des mélomanes du monde. Tel un brandon de joie et d’ivresse, son titre Yéké yéké, assortiment osé d’instruments tradi-modernes, fit vibrer tous les continents.

A travers ce titre remuant et trépident, tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, Mory Kanté venait de réussir, et avec lui la musique africaine plurielle, une entrée fracassante dans les prestigieuses enceintes de la world music.

Virtuose inoxydable de la kora, instrument traditionnel mandingue suave et altier, Mory Kanté a su nous imprégner des notes bienfaisantes de sa musique.

‘’Le griot électrique’’ ou encore ‘’l’enfant de Albadaria’’, c’est ce géant de la musique africaine qui vient de s’éclipser. Après avoir trusté tant de trophées, égayé tant de prestigieuses scènes à travers le monde, bercé tant d’âmes aux quatre vents de la planète, Mory Kanté répond ainsi à l’appel fatidique de la grande faucheuse, ici, sur sa terre natale, la Guinée de ses ancêtres. Hélas, serait-on tenté de dire, cette Guinée si oublieuse de ses ambassadeurs, de ses meilleurs fils. Ces valeureux porte-flambeaux de sa grandeur tant claironnée, mais jamais soigneusement entretenue.

Fêté, célébré, bref porté aux cimes de son art et de sa gloire sous d’autres cieux, notre Mory Kanté nous ôtait ainsi tout complexe d’infériorité devant d’autres méga-stars d’autres pays africains et d’ailleurs. Cet homme d’une telle renommée et d’une telle respectabilité universelle, vivait, pour ainsi dire, dans l’indifférence de tous ou presque. Lui qui, pourtant, avait dédié sa vie à porter, à tout bout de champ, la voix richissime de la culture guinéenne.

Mory Kanté nous aura tant grandis, qu’il méritait de son pays et ses dirigeants une bien soigneuse et meilleure attention. J’en ressens un violent haut-le-cœur. D’autant qu’aujourd’hui, pour un artiste d’une si longue et brillantissime carrière, nous ne nous contentons de citer, en guise de symbole de reconnaissance nationale, que la médaille, sans doute salutaire, à lui décernée par le président Alpha Condé.

Que son pays ne lui ait pas retourné l’ascendeur de la promotion mondiale de sa culture, Mory Kanté en souffrait silencieusement. Même si, quelques fois, il confiait à certains de ses interlocuteurs, sa déception de ne pas être suffisamment reconnu par les autorités guinéennes. Il a été, en quelque sorte, victime du sort d’un prophète ignoré des siens propres.

Et puisque la mort restaure souvent la dimension sous-évaluée des grands hommes, celle de Mory Kanté, survenue ce vendredi 22 mai 2020, aura grandement ouvert les yeux à nos dirigeants sur leur méprise. De par l’hommage unanime, planétaire, rendu à l’enfant terrible de la kora. Nos dirigeants, comme à leur si morbide habitude, vont soudain tressauter, une larme à l’œil, la plume à la main, pour se joindre à cette symphonie posthume.

Adieu Mory, puisque, humble et effacé, tu pris rendez-vous avec la mort, en cette période mortifère du Coronavirus, qui empêche ainsi, à l’occasion de funérailles grandioses, les peuples de Guinée, d’Afrique et tes nombreux amis et fans à travers le monde, de se masser derrière ton cercueil, si méritoirement recouvert du tricolore guinéen, pour te conduire en ta dernière demeure. Porte d’entrée de ton chemin vers le paradis éternel. C’est bien notre fervente prière.

Vas donc, l’immortel ! Dors en paix ! Tout en me permettant de refréner une de tes chansons : « Au-revoir, oh-oh, tchao-tchao, good bye ».

Talibé Barry

Journaliste

Directeur général du groupe de presse ‘’La République-City FM’’

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