En compagnie d’une forte délégation, le premier ministre, chef du gouvernement, Mohamed Saïd Fofana était du 04 au 15 juin dernier, en visite de travail dans les préfectures de la Moyenne Guinée, notamment Gaoual, Koundara, Labé, Tougué, Lélouma, Koubia, Pita et Dalaba, ainsi que dans leurs différentes Communes Rurales (CR) respectives. Sa feuille de route s’inscrivait dans le cadre de la sensibilisation des populations sur la fièvre hémorragique à virus Ebola, de l’apaisement social ainsi que des questions liées au développement de l’intérieur du pays.

En marge de cette prise de contact avec les populations à la base, le premier ministre a trouvé le temps de se concerter spécialement avec les cadres de l’Administration publique, en vue de discuter de la problématique de la construction nationale. Des concertations au cours desquelles, le chef du gouvernement n’est pas passé par le dos de la cuillère en disant ses ‘’quatre vérités’’ aux fonctionnaires de l’Etat guinéen qui, selon lui, sont responsables du grand retard qu’a connu le pays, depuis son indépendance en 1958.

L’hémorragie financière, les mauvaises pratiques, la haute magouille, les querelles intestines entre les cadres pour des fins politiques, etc. sont aujourd’hui, autant de pratiques qui sont très récurrentes dans l’Administration publique, dont a fait cas Mohamed Saïd Fofana.

Nous vous invitons à lire ces propos à la fois «durs» mais «véridiques»: «Il faudrait que nous, cadres de l’administration, nous nous engageons réellement dans la voix du changement. Je dis souvent que c’est nous qui avions gâté ce pays, anciens comme  nouveaux. Et nous continuions toujours à gâter ce pays.

Le président Alpha Condé n’était pas là, il était à l’extérieur du pays. Mais, nous tous, nous savons comment nous avons géré ce pays au temps de feu Ahmed Sékou Touré jusqu’à celui de feu Lansana Conté. Nous savons ce que nous avons fait pour mettre bas, le commerce d’Etat. Rien que çà. Le régime de feu Ahmed Sékou Touré avait ambitionné de donner aux populations guinéennes, la possibilité de vivre décemment avec un pouvoir d’achat qui suffisait à se nourrir bien. Mais qu’est-ce que nous avons fait de ce commerce d’Etat ? Nous avons pioché dans l’argent public. Il fut un moment, les fonctionnaires étaient plus riches que l’Etat. On s’est construit de belles villas, les projets ont été mal exécutés sous nos yeux et aujourd’hui, c’est cet héritage que nous sommes en train de gérer.

On croyait tromper Sékou Touré. Et lui est parti et l’héritage est là. Au temps de Lansana Conté et jusqu’à présent, c’est la même chose qui continue. Si nous ne faisons pas attention, nous sommes les derniers de l’Afrique, nos enfants le seront et même nos petits-enfants, etc.  C’est pourquoi, il est temps que nous réagissons. Mieux que çà, c’est nous cadres qui avons divisé la Guinée et les Guinéens. C’est nous qui avons créé l’esprit communautaire, c’est nous qui avons créé des organisations, des mouvements à caractère racial, régionaliste. Ce ne sont pas les paysans.  Car, c’est nous cadres, qui parlons à la radio, à la télévision et mettons les informations sur internet.

Les paysans, où qu’ils se trouvent en Guinée, ont les mêmes besoins, notamment les engrais, la semence. Ils ont besoin de vendre leurs produits à un prix raisonnable ; ils ont besoin d’accès à des routes, à l’électricité, à l’eau. Et c’est nous qui devons leur garantir tout cela.

Il y a des fonctionnaires qui travaillent contre l’Etat. J’ai dit partout que les gens ont une mauvaise notion de l’Etat. Quand on dit Etat, les gens pensent que c’est seulement le président de la République. Il est le chef de l’Etat, mais c’est l’ensemble des structures et des institutions qui l’accompagnent. Donc, vous qui êtes des chefs de quartiers, des sous-directeurs, des maires, des sous-préfets etc. vous êtes une partie de l’Etat. Alors, on est dans l’Etat et en même temps, on critique l’Etat ou on travaille même pour le faire échouer. Même si on n’aime pas un président, mais on a le devoir de le servir en tant que fonctionnaire de l’Etat. 

J’ai sillonné la Guinée profonde et je l’ai vu dans toutes ses réalités. J’ai compris ce que veulent les populations. Elles ont été laissées pour compte. Les routes sont en mauvais état, même les infrastructures qui ont été réalisées à coût de milliards. Allez voir ce que ça vaut aujourd’hui. C’est nous qui passons ces contrats en complicité avec des entreprises. Nous mettons cet argent en poche et on fait du n’importe quoi. Même les infrastructures qui viennent d’être réalisées à la faveur de la fête de l’indépendance récente, allez voir ! D’abord, de mauvaise qualité. Les matériels ont été mal choisis et il y a des ponts qui commencent à se gâter par ailleurs. Allez voir à Boké. En l’espace de combien d’années ? Ça serait le cas ici au Fouta. Et tout çà, avec la complicité des fonctionnaires.

Ayons peur de Dieu maintenant! Nous avons trop détruit ce pays. Nous avons mis les populations dos à dos et puis, on prend nos bâtons de pèlerin pour aller mentir aux uns et aux autres en disant que le président n’aime pas les soussous, il n’aime pas les peulhs, les malinkés n’aiment pas les forestiers, etc. C’est nous qui le faisons, nous, les fonctionnaires. Et quand on enlève quelqu’un de son poste, il dit que c’est parce qu’il est peulh ou soussou…

Comment voulez-vous qu’un président qui est venu pour développer un pays,  s’accommode avec quelqu’un qui est plus présent dans le passé que dans le présent ? Ce n’est pas possible, même ailleurs. Dans les autres pays, quand un président arrive, il s’entoure d’une administration qui lui convient pour pouvoir au moins exécuter son mandat. Mais en Guinée, c’est le contraire. Car, on donne à chacun la possibilité de travailler en lui accordant la divergence d’idée sur le plan politique. Mais dès que vous acceptez de servir une équipe gouvernementale, il faut le faire avec loyauté.

Parce que même le salaire souvent, on ne le mérite pas. Les fonctionnaires ne viennent pas à l’heure au bureau, il y en a d’autres qui ne viennent même pas mais, ils émargent à chaque fin de mois. On appelle ça du « Ribat », qui signifie « pécher ».

Ensuite, quand on annonce le président ou un ministre de la république, ils sont dans leur maison, ça ne leur dit rien. Même dans la lutte contre Ebola, ils s’en fichent, ils sont couchés dans leurs villas climatisées. Ce sont des jeunes bénévoles qui se lèvent pour aider le gouvernement. Les fonctionnaires, eux,  ne font rien. Ils ont la mentalité anti-développement.

En plus, nous, fonctionnaires, nous avons créé un sentiment d’appartenance à des ethnies. Quand il y a un décret, on commence à compter le nombre de peulhs, forestiers, soussous ou malinkés qui sont nommés. Après tout, on va dans les localités pour créer la zizanie entre les populations. Que le président fasse des routes, des infrastructures, qu’il fasse ceci, non ! Non ! Parce que, eux, ils ne sont pas gouverneurs ou préfets. Ils partent raconter tout sur le président pour saboter ses actions. Voilà, nous les fonctionnaires, ce que nous faisons à longueur de journée.

Qui a créé la différence entre les populations? C’est nous les fonctionnaires. Donc, il est temps que nous nous réveillons. Qu’on cesse d’écrire les uns contre les autres. Le préfet est contre le gouverneur ; le secrétaire général contre le juge ; le directeur contre son adjoint. Et tout cela, le plus souvent, à cause de la gestion de l’argent pas pour servir loyalement le pays. C’est simplement parce qu’il a le sentiment que lui, on ne lui donne pas un peu.

Dans beaucoup de communes en Guinée, on constate deux camps. Ils oublient le travail pour lequel ils sont nommés et ils s’invitent dans les querelles politiques. Maintenant, ils sont distraits et ils ne font rien. C’est aussi ça, le travail des fonctionnaires.

Chacun veut avoir son champion ou son chef. Or, on ne peut pas avoir deux chefs dans un pays et nul n’est éternel. Tôt ou tard, Alpha Condé aussi  partira un jour comme Ahmed Sékou Touré, Lansana Conté mais, la Guinée va toujours demeurer. Mais pour le moment, c’est lui. Qu’on le veuille ou pas. C’est Dieu qui donne le pouvoir, même si on le cherche. Moi j’ai fait la campagne pour mon frère Kassory en 2010 mais, Dieu a dit que je serai le premier ministre d’Alpha Condé. C’est ce que Dieu a voulu. Alors, nous tous, nous devons nous donner la main pour le soutenir et soyons patients.

Aujourd’hui en Guinée, on confond la politique et l’administration. Bien sûr, les deux se complètent mais, on ne doit pas faire les deux en même temps. En tant que fonctionnaire, on a l’obligation de se conformer aux ambitions du président qui, qu’il soit. Quand il y a des projets, vous devez obligatoirement travailler pour le bonheur du pays. Si vous voulez après, partez dans vos différentes formations politiques. On ne vous exige pas d’adhérer forcement au RPG. Mais un cadre doit travailler honnêtement et sérieusement.

Les Guinéens, nous sommes les seuls citoyens aujourd’hui au monde, qui critiquent leur pays. Il est temps que nous cessons de marchander la conscience de nos enfants. On pleure tous les jours qu’on n’a pas de routes, d’infrastructures. Le peu qu’on a, si on est fâché, on donne encore de l’argent aux enfants pour le détruire. Acceptons-nous ! Aimons-nous les uns, les autres.

Les routes, les écoles, les ponts que le président fait, etc. ce n’est pas pour des fins électoralistes mais, c’est son devoir. En quittant le pouvoir, il ne partira pas avec ces réalisations. Donc, nous autres, nous devons l’aider pour qu’il nous aide aussi. Lui seul ne peut pas tout faire, mais chaque fonctionnaire peut surveiller ce qu’il fait et aider à redresser les choses.

Chacun doit s’engager dans la construction de la nation. Il faut qu’on cesse de nous identifier à nos ethnies ; nos régions. Qu’on ait l’esprit de la nation. Faute de ne pas l’avoir fait à temps, certains pays en payent aujourd’hui le prix. La nation, c’est le socle sur lequel tout doit reposer, sinon tout finira par s’écrouler.

En Guinée, chacun pense qu’il est différent de l’autre ; chacun pense qu’il faut que ça soit son frère qui soit président ou ministre pour se sentir guinéen. Et si ce n’est pas ça, il sabote tout.

Nous les cadres de l’Etat, réveillons-nous, ayons peur de Dieu qui nous attend à la frontière. Faisons de telle sorte que la Guinée ne connaisse pas une guerre civile. Rassemblons-nous, les uns et les autres. Et c’est seulement de cette  manière, que nous pourrons construire la Guinée».

Source: AGP

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