Le discours du Premier ministre, Mohamed Béavogui, nommé par la junte militaire, annonçant des chiffres sur les mines et sur les « caisses vides » de l’Etat avant le 5 septembre 2021, ne passe pas auprès de certains responsables, interrogés par WESTAF MINING, qui ont travaillé sur les dossiers et qui disposent eux aussi de leurs propres données.

Concernant les revenus tirés de l’exportation de la bauxite, une de nos sources a indiqué des points qui donnent un autre son de cloche par rapport aux déclarations de Béavogui.

Voici ses précisions :

« Le montant de « 3,8 milliards de bauxite exportée » en 2020 représente en réalité le chiffre d’affaires (ventes) des sociétés sur environ 80 millions de tonnes. Pour parler de partage de revenus, il faut déduire de ce montant les dépenses effectuées par les sociétés pour extraire et évacuer la bauxite :

1- Les dépenses directes d’exploitation qui sont au moins autour de 15 dollars la tonne, soit au total 1,2 milliard de dollars,

2- Les frais de transport qui se situent en moyenne au dessus de 25 dollars la tonne, soit au total 02 milliards de dollars;

Soit donc un total de dépenses de 3,2 milliards de dollars (sans compter l’amortissement des investissements) effectuées par les sociétés.

Sans déduction de l’amortissement des investissements, l’exploitation de 80 millions de tonnes de bauxite rapporte donc au mieux autour de 800 millions de dollars à répartir entre tous les acteurs (les actionnaires, l’Etat, les prêteurs, communautés etc.) après y avoir défalqué l’amortissement des investissements.

L’ensemble des revenus miniers de la Guinée s’est chiffré à 544 millions de dollars en 2018 (dernier rapport de l’ITIE disponible) pour moins de 60 millions de tonnes, dont 345 millions de dollars tirés uniquement du secteur bauxitique.

L’ITIE est l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives qui effectue une évaluation annuelle indépendante par un cabinet international de l’ensemble des paiements des sociétés minières à tous les acteurs publics. »

Par ailleurs, par rapport aux « caisses vides de l’Etat », plusieurs sources ont souligné que le niveau de réserves de change, au moment du renversement du régime, n’a jamais été atteint par la Guinée depuis son indépendance en 1958.

« Le niveau des réserves étaient à 1,2 milliards de dollars USD, soit environ 6 mois d’importation, pour la simple raison que les recettes, tirées de la vente de l’or exporté par les orpailleurs traditionnels, sont systématiquement rapatriées en Guinée, via la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG). Une bonne partie de ces fonds appartient aux orpailleurs, mais leur présence renforce la valeur du franc guinéen », fait remarquer une de nos sources.

En effet, depuis 2015, une décision conjointe du ministère des Mines et de la Banque centrale oblige les orpailleurs traditionnels à rapatrier leurs recettes d’exportation.

« Parler seulement des recettes minières ne donne pas la réalité de toute la situation. Qu’est-ce qui a été dépensé depuis 5 mois ? Voilà une bonne question qu’il faut se poser », souligne une autre source.

Confronté à des dépenses tirées du budget national (« plan anti-Covid 19, financement des élections nationales sur ressources propres), l’ex-président Alpha Condé avait gelé la plupart des dépenses publiques à partir de janvier 2021.

Selon des informations communiquées à WESTAF MINING, certains ministères avaient reçu à peine 1 milliard GNF (environ 100.000 USD) de budget…

Source : Westafmining