Le conflit opposant la société émirati Marine Contracting & Infrastructures (MCI) du groupe Ghantoot et la Société des Bauxites de Guinée (SBG) n’a pas encore trouvé son épilogue, laissant poindre le risque de compromettre un projet minier.

Selon une source contactée par WESTAF MINING, un haut responsable de l’administration aurait même appelé la direction de la société MCI le mardi 23 mars 2021 pour lui demander de laisser entrer au port de Konta les employés de la société Nectar (une des filiales de la société Monaco Group Resources (MGR)), bloqués à l’entrée, suite à une décision judiciaire qui a ordonné une saisie conservatoire des actifs de la SBG.

A MCI, on craint que l’entrée de Nectar dans le business du port de Konta (dans la localité de Forécariah, à environ 100 km de Conakry) ne provoque la dilution des actions de l’entreprise locale SOCIGO, jusque-là associée de MGR à hauteur de 17% du capital.

L’Etat guinéen lui-même dispose d’environ 3 à 10% de la SBG, selon différentes sources.

En réalité, les difficultés de la SBG (Lire en dessous de cet article : Les difficultés de la Société des Bauxites de Guinée, édition N°04 WESTAF MINING, du 15 Mars 2021), se sont accumulées avec l’insistance du partenaire MCI qui exige le remboursement de sa dette.

L’ordonnance de saisie conservatoire, signée le 12 mars 2021 par un juge, indique le chiffre de plus de 7,2 millions USD.

A l’origine, la SBG était programmée pour effectuer un investissement de 1,4 milliards USD dans la construction d’une raffinerie d’alumine, dans les environs de Fria (à 160 km de Conakry) devant produire et exporter à terme 1,6 million de tonnes par an.

« C’est cette feuille de route qui a changé entre-temps et cela a des conséquences. Si l’alumine était produite sur place, cela représenterait une valeur ajoutée incontestable et la distance (environ 200km) entre la mine et le port n’aurait pas représenté un obstacle », explique un expert.

La même source assure qu’on ne peut pas avoir une mine, située aussi loin et espérer y tirer un bénéfice grâce à la simple exportation de la bauxite.

MRG s’est montrée très discrète dans sa communication et nos différentes tentatives de joindre ses responsables se sont avérées infructueuses.

Au niveau du ministère des Mines, le conflit à la SBG est considéré comme une « brouille entre partenaires ».

En tout état de cause, des informations circulent sur une possible intervention des Emirats Arabes Unis, via son ambassade basée en Guinée, pour trouver une solution définitive au problème.

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Les difficultés de la Société des Bauxites de Guinée

La Société des Bauxites de Guinée (SBG) traverse actuellement des difficultés liées à son fonctionnement, révèlent plusieurs sources bien informées, précisant que les rapports entretenus entre d’une part sa Direction générale et ses employés, et d’autre part entre la société et ses créanciers seraient à la source des problèmes. Le Chief Executive Officer (CEO) de la Société R-Logistec, partenaire de la SBG, Samir Idriss Ouaggag s’est d’ailleurs vu servir une décision de justice lui interdisant de quitter le pays, même si une source de la SBG affirme que la mesure est levée.

Parallèlement, les créanciers mettent la pression pour voir plus clair dans le projet. En effet, depuis plusieurs semaines, des responsables de la Société Marine Contracting & Infrastructures (MCI) du Groupe Ghantoot (http://www.ghantootgroup.com/) d’Abu Dhabi des Emirats Arabes Unis, partenaire de la SBG, sont inquiets de la situation de ladite société avec qui ils ont conclu un accord de partenariat.

Cet accord a permis à MCI d’investir dans le projet l’argent dont ne disposait pas Monaco Resources Corp (via sa filiale Metal Corp), actionnaire dans SBG SA. Il s’agit essentiellement de l’aménagement de la route minière et d’un port pour l’évacuation de la production de bauxite. Dans l’euphorie de perspectives offertes par le projet, les partenaires ont signé à Abu Dabhi un Memorandum of understanding (MOU) en octobre 2019. En dépit des garanties contractuelles, MCI, qui a financé l’essentiel des travaux, ne semble pas satisfaite de son associé. Elle dénonce aujourd’hui des manquements graves, notamment l’utilisation de plus de 3 millions de litres de carburant au régime commun plutôt qu’au régime minier, le non règlement des indemnisations aux communautés impactées par le projet, les factures à payer aux sous-traitants en souffrance, etc.

Selon nos sources, rien que pour l’aménagement du port, MCI a investi environ 6 millions de dollars USD. Quelques semaines plus tôt, dans une lettre adressée à son partenaire, MCI mettait déjà l’accent sur les premières difficultés survenues dans le déroulement du chronogramme du projet. « Nous avions comme objectif de déposer l’ensemble des études à la troisième semaine de novembre pour avoir les autorisations du port à la première semaine de décembre. Ça ne sera plus possible », indiquait la lettre. Plus loin, MCI pointait du doigt le retard enregistré dans le démarrage des études d’impact environnemental, alors que tous les paiements ont été effectués, évoquant même des risques d’arrêt du chantier. « Nous souhaitons attirer votre attention sur l’urgence de mobiliser l’ensemble des moyens humains et financiers pour respecter le planning que nous avons fixé (…)

Mais à ce rythme ce sera impossible d’entamer quoi ce soit avant février voire mars (Ndlr : 2021) », martelait MCI sur un ton prémonitoire. Selon un haut responsable du ministère des Mines, des négociations pourraient être entamées pour réduire les difficultés qui pourraient ralentir l’exécution de ce projet minier dont la mine se trouve à Garafiri, et le port à Konta. Toutes les deux infrastructures sont implantées dans la région de Kindia, à environ 135km de Conakry, en Basse Guinée. Dans le détail, le plan initial prévoyait 2022 pour les premières exportations, avec une production annuelle de 8 millions de tonnes de bauxite, dont 3 millions de tonnes destinées à l’exportation. Les 5 millions de tonnes devaient être transformées sur place dans une raffinerie d’alumine, dont la construction est envisagée à terme. L’ensemble de l’investissement (mine et raffinerie) devait avoisiner environ 1,4 milliards USD. Les réserves prouvées de la SBG sont estimées à 300 millions de tonnes de bauxite. Nos différentes tentatives d’obtenir une réaction de la SBG ont été vaines. Une des responsables de la société, jointe par WESTAF MINING, a dit préférer garder le silence.

La Société des Bauxite de Guinée S.A. (SBG S.A) est une société de droit guinéen, immatriculée au registre du commerce sous le N° 021.666A/2008. En 2015, son capital était contrôlé par P Pals Holding (78,5%), SOGICO SARL (18,5%), la SOGUIPAMI (3%), mais depuis 2019 elle est en joint-venture avec MCI, du groupe Ghantoot, avec 50% de parts sociales pour les Emiratis, selon MCI.

Avec WESTAF MINING

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