Il y a quelques jours les Etats Unis célébraient les 50 ans de la déclaration de Martin Luther King (MLK) en faveur de la liberté, le droit de vote et de l’égalité pour tous les citoyens américains, en l’occurrence les noirs américains. Avec une administration plus attentive et qui a vite compris que le destin des Blancs et Noirs américains était lié à jamais et qu’il n’y avait pas plusieurs types d’Américains, le successeur de John F. Kenedy, Lyndon B. Johnson, fera adopter en 1964 le ‘‘Civil Rights Act’’ rendant ainsi la ségrégation illégale et en 1965 le ‘‘Voting Rights Act’’.

Dans son discours, MLK a rêvé d’une Amérique plus juste où tous les citoyens seraient égaux devant la loi. Mais ce rêve dont nous a fait part MLK en 1963 n’était pas du fait d’un sommeil naturel. Mais plutôt dû à un constat amer: une partie de la population américaine menait une existence de citoyens de second rang.

Ne supportant plus cet état de fait (comme beaucoup d’ailleurs de ses concitoyens), il s’est pris alors à rêver.

En comparant cette situation à celle de mon pays, je constate ceci:

L’égoïsme et la misère intellectuelle de nos dirigeants menacent la nation guinéenne: la nation étant par définition une communauté humaine caractérisée par la conscience de son identité historique ou culturelle, et souvent par l’unité linguistique ou religieuse.

Le désenchantement est de plus en plus manifeste: chaque ancien président semble être préférable à son successeur. Pour cette raison, je prie Dieu que cette désillusion ne soit pas encore plus grande au lendemain de l’élection du prochain président de la république. Car à cette allure, le futur président risque malheureusement de dire ceci: je n’ai trouvé qu’un pays, il n’y avait ni Etat, ni nation. Et ceci par ricochet à ce que l’actuel président avait dit au lendemain de son élection:  » J’ai trouvé un pays mais pas un Etat. »

Le multipartisme est devenu l’ethno-stratégie où chaque parti se bat pour que sa communauté soit au pouvoir.

A la lumière de ce constat pitoyable, je me donne le droit de rêver aussi pour mon pays: Je rêve qu’un jour dans mon pays, les critères de nomination des cadres de l’Etat ne soient pas basés sur un critère ethnique. Mais plutôt sur la compétence et l’intégrité.

Je rêve qu’un jour les politiciens de mon pays n’utilisent pas le pouvoir pour se servir; mais pour servir le peuple.

Je rêve qu’un jour les politiciens de mon pays ne se servent pas de la richesse de mon pays comme un tremplin pour s’enrichir; mais pour enrichir l’ensemble des guinéens sans aucune forme de discrimination.

Je rêve qu’un jour les politiciens de mon pays ne se battent pas pour vaincre autrui; mais pour vaincre la pauvreté, l’injustice, le népotisme, l’ethnocentrisme, l’insécurité…

Je rêve qu’un jour les politiciens de mon pays n’embrassent pas la politique que pour se protéger de la rigueur de la justice; mais pour protéger la population guinéenne.

Je rêve qu’un jour mon peuple ne se battra pas non plus pour l’émancipation d’un groupe ethnique; mais plutôt pour la justice pour tous.

Je rêve enfin qu’un jour l’eau, l’électricité et les besoins de premières nécessités ne soient pas des denrées rares dans mon pays.

Un certain penseur disait ceci: Hier n’est qu’un rêve, demain n’est qu’une vision. Mais un aujourd’hui bien vécu fait de chaque hier un rêve de bonheur, et de chaque demain un rêve d’espoir. Par conséquent, envisageons bien ce jour.

Mes chers compatriotes, méfions-nous de ces politiciens et battons-nous pour l’intérêt commun.

Ces fléaux ou maux que je viens de citer un peu plus haut ne sont pas des fatalités et c’est seulement dans l’union que nous les vaincrons; alors unissons-nous pour les vaincre ensemble.

Mieux vaut un pays peu développé et paisible qu’un pays très développé où règne l’injustice et la discrimination.

Que Dieu bénisse la nation guinéenne !

Mohamed Doumbouya, Londres