Lundi dernier, le président Alpha Condé a nommé l’ancien ministre Lucien Beindou Guilao au poste de directeur général de l’Office National de la Formation et du Perfectionnement Professionnel (ONFPP) son adjointe, Mme Kéita Fatoumata Chérif, juriste, a été nommée aussi. Ces nominations ont fait jaser dans la cité. Surtout qu’elles se font au moment où une odeur de détournement de 7 milliards de GNF se dégage à l’ONFPP. Pour commenter ces nominations et pour savoir la vérité sur le prétendu détournement, nous avons tendu notre micro au chef du département de l’Enseignement Technique, M. Albert Damantang Camara. A bâton rompu.

Quels commentaires faites-vous des nominations à la tête de l’ONFPP ?

Ces nominations sont les bienvenues dès lors qu’elles ont été voulues et souhaitées par le département. Elles viennent mettre en place un management qui, nous pensons, va permettre de mieux relever le défi qui se pose à la formation professionnelle. Puisque l’ONFPP est un outil majeur pour le développement de ce système d’enseignement. Nous pensons donc que l’équipe qui a été nommée, M. Guilao et Mme Cherif Keïta vont relever un défi très important.

D’ores et déjà certains critiquent la nomination de M. Guilao. Ils estiment que vous avez procédé à du recyclage…

Je ne sais pas, ce qu’ils entendent par recyclage. M. Guilao est un cadre compétent en qui, d’autres ont fait confiance avant moi. Il a toujours travaillé dans le privé avant d’être nommé ministre pendant la Transition, une période assez courte mais très agitée. Je le connais personnellement, je connais ses capacités, notamment en matière de formation continue, d’accompagnement. Vous avez aujourd’hui beaucoup de jeunes entrepreneurs en Guinée, notamment dans le cadre du commerce, qui ont été accompagnés par lui sur le réseau d’une compagnie pétrolière que je ne citerais pas pour ne pas lui faire de la publicité. Il a donc un savoir-faire qui est plus que certain en la matière. Qui va permettre d’utiliser un maximum de potentiel de l’ONFPP et de tous les outils de formation et d’accompagnement qui existent. Ensuite, Mme Cherif, elle-même est juriste. Donc elle est là pour veiller au respect des procédures, la réglementation. Puisque justement, ce sont les deux axes par lesquels cet organisme a pêché jusque-là. La difficulté à atteindre sa mission, ses objectifs, et un certain nombre de disfonctionnements par rapport au processus à la règlementation et aux procédures. J’espère donc que ce nouveau management va régler ces deux problèmes là.

Vous parlez de disfonctionnement. Justement, un audit aurait révélé un détournement de 7 milliards à l’ONFPP, qu’en est-il ?  

Vous avez bien fait de parler au conditionnel. Parce qu’à la date d’aujourd’hui, il n’a pas été établi qu’il y a eu détournement. Voilà ce qui s’est passé : J’ai commandé un audit organisationnel et opérationnel sachant qu’il y a des services de l’Etat qui sont chargés de faire le contrôle financier des établissements publics. Donc l’audit opérationnel a été fait sur la base d’un appel d’offres ouvert. Un cabinet a été retenu. Au vu des résultats de cet audit, je me suis fortement inquiété des dysfonctionnements apparus. C’est suite à ces inquiétudes que j’ai eu accès à un rapport d’inspection qui a été fait  par l’inspection des Finances qui datait de mai 2014, si mes souvenirs sont bons ! Et auquel je n’avais jamais eu accès, bizarrement. Et ce rapport met aussi en exergue un certain nombre de dysfonctionnement et il y était mentionné qu’un certain nombre de dépenses avaient été effectuées sans respecter l’orthodoxie financière. Ce qui ne veut pas dire forcément que les sommes ont été détournées. Mais ça veut dire qu’il y a des dysfonctionnements. Ce qui corrobore mes inquiétudes. J’ai donc décidé de changer de management en attendant qu’éventuellement les Finances ou d’autres entités agréées en la matière ne viennent voir la gestion financière de l’établissement.

Donc pour le moment, ce ne sont que des soupçons de détournement ?

J’ai ici le rapport fait pas l’inspection des Finances. Ils mettent en cause le fait que le Conseil d’Administration ne fonctionne plus, ils demandent qu’on mette dorénavant un contrôleur financier, il y a un certain nombre d’observations et de recommandations. Mais nulle part, on ne parle de détournement. Donc je ne peux pas être plus royaliste que le roi et aller dans ce sens. Par contre,  ma responsabilité est de faire en sorte que l’office fonctionne normalement et remplisse sa mission. Et ça, malheureusement, ce n’était pas le cas.

Pourquoi vous n’avez pas saisi la justice pour une enquête plus approfondie?

L’inspection des Finances a l’expertise, le mandat et les éléments pour faire ce type d’enquête. Je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas procédé à ce type requête. Dès l’instant, eux ils ne le font pas, après avoir vérifié tous les documents comptables et après avoir émis un rapport signé, validé, avec des recommandations dont aucune ne fait part de détournement, je ne me vois pas me distraire dans un combat qui n’est pas le mien. Tant que des éléments probants ne sont pas produits et qui prouvent qu’il y a eu détournement, je ne peux pas aller plus loin que ce rapport. Par contre, en termes de management, en termes d’atteinte d’objectifs, moi j’ai la capacité de juger, d’apprécier. Et la responsabilité de prendre des décisions, c’est ce que j’ai fait.

Qu’attendez-vous de ce nouveau management ? 

C’est de remplir sa mission. Vous savez, nous avons des partenaires qui nous accompagnent. Pour être accompagné il faut déjà montrer que soi-même on a la volonté de faire avancer les choses.  On a la capacité de le faire et qu’on utilise à bon escient tous les instruments qui sont à notre disposition. L’ONFPP est un outil majeur. D’abord, c’est un organe qui utilise les contributions des entreprises pour faire la formation continue pour ceux qui travaillent déjà et pour appuyer la formation professionnelle initiale, celle qui  se déroule dans nos centres de formation professionnelle. Donc il faut absolument que l’Office aille plus loin dans ce qu’il fait. Aujourd’hui, mis à part un certain nombre de formation, mis à part le programme première chance qui fonctionne bien- c’est un des acquis mais ce n’est pas suffisant-, on n’a pas encore la plénitude des moyens de l’ONFPP. Il faut également qu’il aille plus loin dans la collecte des taxes d’apprentissage. Nous avons encore des entreprises en Guinée qui, depuis des dizaines d’années, ne cotisent pas à l’ONFPP sans que vous n’ayez la possibilité de savoir pourquoi. Puisque de toutes les manières, quand une entreprise cotise à l’ONFPP et qu’elle ne bénéficie pas des prestations, on lui reverse cet argent. Donc il faut que la machine fonctionne et que l’Office remplisse sa mission, c’est primordial. Mais il faut qu’en plus, il respecte la loi, les procédures, les intérêts de tous ceux qui cotisent, sous la surveillance du Conseil d’administration. Donc l’équipe qui est là actuellement est composée d’un spécialiste de la formation et d’une juriste qui est là pour vérifier que les procédures sont respectées. Avec cet attelage et en motivant mieux les équipes, je pense qu’elle va attendre ses objectifs. En tout cas c’est ce qu’on lui demande.

Interview réalisée par Ibrahima S. Traoré                

 

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