Ce lundi 17 août 2020, M. Mamady Seyba Keïta, directeur général de l’Office guinéen des parcs et réserves (OGUIPAR) au ministère de l’Environnement, Eaux et Forêts, a accordé un entretien à la rédaction de Guinee7.com. Entretien.

Guinee7.com : M. Keïta, quel est l’état actuel des parcs et réserves de la Guinée ?

Mamady Seyba Keita : Avant tout, nous rendons hommage et nous saluons l’initiative du chef de l’État qui a pensé remettre de l’ordre au sein du corps des conservateurs de la nature. C’est l’un des plus vieux services depuis la période coloniale. On a tous connu, depuis notre tendre enfance, le service des eaux et forêts. Le souci d’harmoniser notre force et la défense de notre écosystème ont poussé le chef de l’État à revaloriser ce corps pour en faire un outil indispensable pour la défense et la gestion de notre écosystème. Donc, à ce titre, le chef de l’État doit être entièrement remercié. Ensuite, nous avons un ministre, M. Oyé Guilavogui, qui vraiment à la hauteur. Il prend en charge tous les dossiers du ministère de l’Environnement et de la Protection et la gestion dans ce domaine…

Pour ce qui nous concerne, nous sommes responsables de la direction de l’Office guinéen des parcs et réserves. Notre direction est chargée de la conservation et de la préservation de notre écosystème au niveau du ministère de l’environnement, des eaux et forêts. Nous faisons l’identification et la gestion des différents parcs animaliers, des forêts et autres qui se trouvent à l’intérieur du pays, nous sommes au nombre de 53 sites mis à la disposition de l’office guinéen des parcs et des réserves que nous sommes en train d’aménager, que nous sommes en train de protéger. Sur ces sites, se trouvent les agents des conservateurs de la nature.

Pouvez-vous donner la classification de ces sites ?

Nous avons les parcs qui ont été classifiés par l’UCM qui sont au nombre de six catégories. Nous avons le parc national du Badiar qui a été créé pour une superficie de 38 200 hectares… Le Badiar a deux parties : N’dâma qui a été également ajouté à Badiar qui fait l’un des plus grands parcs au niveau de l’écosystème transfrontalier d’une part entre la Guinée et le Sénégal et d’autre part entre la Guinée et la Guinée Bissau. La N’dâma fait frontière avec la Guinée Bissau ; Badjar fait frontière avec le Sénégal. Donc, c’est le même paysage. C’est une très grande zone de production, de conservation de toutes les espèces animalières au niveau de cette zone. Ensuite, à côté de ça, nous avons le parc national du haut Niger qui a 1 200 000 hectares dont à l’intérieur il y a deux grandes zones. Il y a la zone de Mafou et il y a la zone de Gnangan qui se trouve à l’intérieur du parc national du Niger qui se trouve dans les préfectures de Faranah, Kouroussa, Dabola, Kissidougou et une partie de Kankan…

Ensuite nous avons la réserve de faune de Kankan qui a plus de 1 116 000 hectares qui est subdivisée en cinq parties dont une partie a été cédée par contrat à une société qui s’appelle la société Diwaci. Dans cette cession Diwaci a eu à prendre 104 000 hectares. Dans ces 104 000 hectares 60 000 hectares ont été entièrement mis pour être la zone intégralement protégée. Là où on ne permet vraiment pas la vie des personnes. Il y a que les animaux et les espèces fauniques qui sont dedans. Là où il n’y pas de chasse, de pêche, il n’y a rien pour le développement de l’écotourisme.

Ensuite, à l’intérieur de ces grands parcs, nous sommes en train de créer un autre grand parc qui s’appelle le parc national du moyen Bafing que nous sommes en train de faire dans les préfectures de Dabola, Dinguiraye, de Tougué et de Mamou.

En suite un peu plus en haut, y a la réserve naturelle de Bafing Feleme, dans laquelle zone également qui est une réserve transfrontalière entre la Guinée et le Mali d’une part et entre la Guinée et le Sénégal d’autre part. C’est le même paysage, c’est les mêmes écosystèmes, donc, la gestion également est transfrontalière.

A côté de ça, nous avons à Dubréka, un jardin géobotanique. Là où on ne fait pas de pêche, on ne tue pas les espèces que nous avons sous garde. Il y a une équipe qui est là entièrement pour ça. Ensuite, il y a un centre d’éducation pour les Chimpanzés que nous avons créé à Samorya. C’est pourquoi quand vous voyez la situation nationale, avant les Chimpanzés étaient sur la main des gens n’importe comment. Vous n’allez pas trouver une seule personne, aujourd’hui, qui a un Chimpanzé dans sa main parce qu’il y a un centre qui est créé pour ça.  Quand vous allez à Samorya, il n’y a que des Chimpanzés qui sont là pour être rééduqués et être relâchés dans la nature.

En plus, les mêmes programmes continuent en Guinée forestière, il y a le massif du mont Nimba qui se trouve là. Un écosystème particulier pour toute la sous-région. A côté de ça, il y a les Chimpanzé-mères de Bofossou qui sont là. Ensuite, il y a les réserves de Berro qui sont là. Donc, c’est des grandes zones de protection de conservation de la nature.

Ensuite, il y a la réserve transfrontalière entre la République de Guinée et la République de Guinée Bissau. Et je vous annonce au moment où je suis en train de vous parler, la présence des éléphants est signalée dans la réserve transfrontalière entre la Guinée et la Guinée Bissau. Ça, c’est un acquis. Ces choses-là ne peuvent se faire si nous ne sont pas soutenus par les autorités… donc grâce à ce soutien, la conservation est en train de voir le jour. La protection de notre nature est en train de voir le jour.

Qu’en est-il des zones humides ?

Nous avons ce qu’on appelle les zones humides, d’autres les appellent les aires marraines protégées, la République de Guinée en a 16. Nous avons 16 zones humides d’importance internationale du point de vue économique, culturel pour la biodiversité. Certaines zones abritent des populations importantes d’oiseaux qui migrent tout le long du littoral de l’Atlantique ainsi que les colonies d’oiseaux qui se reproduisent sur place dans ces mangroves et de ses îles.

Y a-t-il des risques pour ces zones ?

Cette biodiversité naturellement est affectée par les activités humaines que ce soit l’urbanisme, que ce soit la pêche, le tourisme, les hydrocarbures…nous avons ces différents problèmes qui sont en train de se poser sur ces aires de zone humide qui sont repartie sur tout le territoire national.

La réserve du Mont Nimba est envahie par les exploitants du bois, quelles sont les mesures prises à ce niveau ? 

Je vous dis d’abord, je vous ai dit que notre direction est pour la conservation. Quand vous partez aujourd’hui, vous rentrez dans le Ziama, les sociétés qui sont là sont spécialisées dans la transformation du bois, ne travaille pas dans les zones qui sont retenues comme parcs. Non ! L’exploitation est en dehors du parc. Ça, c’est une question qui est spécifiée à une autre direction. Ça, c’est en dehors du parc mais à l’intérieur du parc, il n’y a pas de coupe de bois. C’est pratiquement impossible parce que, ça va à l’encontre des prérogatives de notre programme. Nous sommes là pour la conservation des espèces fauniques et florifiques. Il n’y a pas de coupe de bois, il n’y a pas de chasse, il n’y a pas de pêche, il n’y a pas de feu de brousse. La coupe de bois je ne dis pas que ça ne se fait pas mais c’est à l’extérieur des parcs.

Quid de la zone spéciale de Conakry ?

Le cas de Conakry, ce qui relève de l’office guinéen des parcs et réserves, c’est la zone humide. C’est le site que nous avons créé sur les îles de Loos pour la protection des espèces. Nous avons sur les îles une superficie de 10 hectares. Il n’y a que la zone qui est retenue comme zone spéciale pour reproduction de la tortue marine. Aujourd’hui si vous allez dans les îles ou au niveau des ports, vous verrez dès que les pêcheurs tirent leurs filets, ils voient les tortues marines, ils les enlèvent et les remettent encore l’eau, ils ne les tuent pas. Hier, ce n’était pas ça. Mais, aujourd’hui, avec le programme d’éducation environnementale que nous menons avec les groupes de pêcheurs tout le long de la côte, les tortues marines sont intégralement protégées.

A date, il y a combien d’éléphants dans les parcs guinéens ?

Le nombre d’éléphants qui se trouve actuellement au niveau de nos parcs, je vous ai dit tout à l’heure qu’avant-hier (samedi 15 aout, NDLR) j’ai reçu un message d’un conservateur qui se trouve à Boké, Sylla m’a dit qu’il y a quatre éléphants qui se trouvent à Boké. Quand vous allez à la réserve de Ziama il y a 35 (éléphants) qu’on a identifiés. Ils sont libres dans la nature.

Quelles sont vos perspectives?  

Nos perspectives sont nombreuses, d’abord c’est l’amélioration du cadre de vie de nos cadres qui se trouvent à tous les niveaux. Le pays n’a pas de moyens financiers et matériels mais nous demandons le soutien actif à l’État pour faire face aux différents problèmes que les gardes ont sur le terrain. Nous n’avons pas de moyens de déplacement, les superficies sont énormes, un garde doit faire au moins 10 km² de surveillance, s’il doit le faire à pied, mettez-vous à sa place, est-ce que ça ne va pas lui faire des problèmes ? Est-ce que la surveillance ne va pas faire de problème? Donc, il y a ces différents problèmes qui sont là. Le nombre de superficies que les gardes doivent faire sont supérieurs aux nombres de gardes qui sont en place.  Donc, il y a un sur effort aux niveaux des conservateurs de la nature.

Nous demandons à l’État de nous soutenir. La création d’un moyen de subsistance nécessaire pour les gardes qui sont en place ou le recrutement d’un autre nombre de gardes forestiers pour que les superficies que les gardes ont puissent être diminuées afin que le contrôle devienne beaucoup plus efficace…

Entretient réalisé par Bhoye Barry pour guinee7.com

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