M. Lamine Kéita, commissaire divisionnaire de la police, directeur central de la police de l’air et des frontières s’est confié à notre reporter sur toutes les questions liées à son service. Un entretien qui lève un coin de voile sur la conception des passeports en Guinée…

Pouvez-vous nous parler  de la direction centrale de la police de l’air et des frontières ?

Lamine Kéita : La direction centrale de la police de l’air et des frontières, est une direction centrale qui relève de la direction générale de la police nationale, elle a pour mission la gestion du flux migratoire, c’est-à-dire le contrôle de l’immigration et l’émigration sur l’ensemble du territoire de la République de Guinée. Et qui parle de la gestion de l’immigration et l’émigration, parle de la gestion des frontières (les frontières terrestres, aériennes et maritime). Elle s’occupe également de la délivrance des documents de voyage et de séjour, c’est-à-dire les passeports aux nationaux, les visas et les cartes de séjour aux étrangers sur toute l’étendue du territoire nationale et également les missions d’identification à l’extérieur des présumés guinéens en partenariat avec le ministre des Affaires étrangères. Il faut aussi ajouter que nous délivrons les passeports à nos compatriotes vivants à l’extérieur.

Justement ces derniers temps, l’on a enregistré l’interpellation de certains ressortissants indiens. Avez-vous une explication sur ce coup de filet?

Tout à fait, vous savez la police de l’air et des frontières a pour mission principale le contrôle des séjours des étrangers, ça veut dire que tous les étrangers qui sont sur le territoire national doivent être régulièrement contrôlés pour savoir le motif de leur présence sur le  territoire national et s’ils sont en règles vis-à-vis de l’immigration guinéenne (visa et cartes de séjour régulier, et permis de travail).

Que reproche-t-on à ces ressortissants de  l’Inde ?

Comme je l’ai dit tantôt dans mon introduction, ces Indiens sont venus de l’Inde, via le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Mali avant de gagner la Guinée. Ils sont détenteurs des visas d’entrée délivrés par nos consuls, accrédités dans ces différents pays cités. Très malheureusement, vous savez ce sont des financiers aujourd’hui qui cumulent des fonctions de financiers et de consuls dans ces ambassades. Or, le consulat est du domaine spécifique de la police. Parce qu’un consul joue trois rôles essentiels : d’abord un rôle de renseignement, ce qui concerne la sécurité intérieure et extérieure du pays. Deuxièmement, la gestion et la délivrance des documents de voyage à l’extérieur à nos compatriotes (passeports, titres de voyage… et les visas pour les étrangers désireux de se rendre en Guinée). Ensuite, ce qui concerne l’Etat civil c’est-à-dire les mariages, les actes de naissances et la gestion des Guinéens de l’étranger ….. Pour revenir à votre question, suite au contrôle opéré par nos services, il s’est avéré que les Indiens interpellés détiennent des visas d’entrée en Guinée,  en bonne et due forme délivrés par ces consuls  mais dépourvus de cartes de séjours et de permis de travail. En dehors de cela, on a constaté que ces ressortissants indiens se livraient à la vente des produits pharmaceutiques, cosmétiques de contrefaçon sur le territoire national, ce qui n’est pas normal. C’est pourquoi nous les avons interpellés. On a fait la procédure et les intéressés ont été déférés devant les tribunaux pour être jugés.

M. le directeur est-ce avez-vous des agents de sécurité qui relèvent de votre direction?

Bien sûr, nous avons nos agents sur toute l’étendue du territoire national.

Pour certains, le contrôle se fait très rarement, alors que le pays enregistre à chaque fois l’afflux  d’étrangers ?

Vous savez le contrôle n’est pas facile, qui parle de contrôle, parle de moyens. Mais au jour d’aujourd’hui, mon service laissez-moi vous le dire en matière de logistique nous n’avons pas de moyens appropriés et de carburant pour bien accomplir notre mission régalienne.

M. le directeur, parlons maintenant des documents de voyage. Que fait-on pour disposer du document de voyage guinéen ?

Un, il faut être guinéen, deux il faut fournir son extrait de naissance, trois le certificat de résidence, quatre la photocopie de sa carte nationale d’identité, cinq le reçu bancaire de 500 mille gnf et six deux photos fonds blanc.

Pour combien de temps, monsieur le commissaire divisionnaire ?

En fait ça dépend, vous pouvez l’avoir en 24h ou dans 48h.

Aux dires de certains citoyens cela prend de fois 3 à 5 mois. Qu’en dites-vous ?

Cela est une contrevérité pure et simple, vous pouvez le vérifier vous-même. Mais il faut reconnaître que nous avons des difficultés d’ordre matériel.

Vous faites cas de manque d’équipement. Quel genre d’équipement par exemple ?

L’insuffisance des postes d’enrôlement, c’est-à-dire les imprimantes, les scanners, les ordinateurs, les appareils photo, d’infrastructure adéquates, et de mobiliers de bureaux…. C’est pourquoi nous avons demandé à la société Iris d’augmenter le nombre de postes d’enrôlement, pour renforcer nos capacités opérationnelles.

Que répondez-vous aux observateurs qui estiment que les dessous de table sont fréquents dans vos services?

Dessous de table ça veut dire que vous parlez de la corruption, je n’en n’ai pas connaissance. Je ne suis jamais informé de ce genre de pratique, sinon j’ai les moyens de les sanctionner. Il faudrait donc que les corrupteurs dénoncent les corrompus parce que c’est une infraction pénale donc celui qui ne dit rien consent. Vous savez le Guinéen même si vous devez l’amener au paradis, il faut qu’il contourne la loi. La DCPAF est ouverte pour tous les Guinéens pour l’obtention de document de voyage. Mes agents sont dans les bureaux pour recevoir et traiter les dossiers au cas par cas. Mais ceux qui restent dans la rue, ils s’adressent aux rabatteurs, ne relèvent pas de ma compétence. Et s’il y a des tracasseries que les victimes remontent les informations à mon niveau.

De par le passé certains observateurs fustigeaient le fait que le passeport guinéen était aussi délivré à des non Guinéens. Est-ce que ces genres de pratique ont changé?

Ces pratiques sont révolues depuis que moi je suis à la tête de ce service. Aujourd’hui ne bénéficie de passeports guinéens que les Guinéens. Et cela par la voie d’interview à travers nos différentes langues nationales.

Est-ce qu’il vous arrive d’être saisi pour cause de falsification du document de voyage guinéen par d’autres services ?

Bien sûr, mais nous arrivons toujours à les détecter, tant par le caractère d’impression, le type d’encre et la présentation biographique du passeport.

Pour finir monsieur le directeur, quel est le message que vous voulez passer à l’endroit des citoyens guinéens dans le cadre de l’obtention du passeport ?

Ce que je m’en vais dire aux Guinéens, d’abord, il ne faudrait pas que les citoyens se pressent pour faire les passeports, s’ils ne sont pas prêts pour voyager. Parce que les passeports électroniques sont très sensibles, à cause de la présence de la puce électronique où les informations sont stockées. Ils doivent être très bien conservés pour éviter la dégradation. Deuxièmement, le conseil que je donne aux Guinéens, c’est que ces derniers temps, les gens pensent que c’est l’ancien système qui continue. Ils font ce qu’on appelle le faux dans l’identité. Aujourd’hui quelqu’un se donne une identité, demain il cherche aussi à changer autres choses, parce qu’ayant été débouté de sa demande de visa dans les consulats. Lorsque vous avez un passeport biométrique, vous l’avez de façon éternelle, si vous déclarez la perte nous faisons le duplicata, il n’y aura pas de changement de nom, ni de changement de date de naissance. Donc, je demande à tous les Guinéens, ceux qui sont en instance de voyage peuvent prendre les documents de voyage. Et ceux qui n’ont pas de projet de voyage ce n’est pas la peine de faire des passeports et aller garder à la maison inutilement. C’est pourquoi, on est à tout moment envahi par des gens qui ne vont nulle part. Le passeport n’est pas une carte nationale d’identité, c’est un document de voyage pur et simple.

Interview réalisée par Richard TAMONE In L’Indépendant