La République du Mali, qui n’a pas encore fini de se débarrasser des hordes djihadistes et du climat d’insécurité qui règne au centre et au nord de son territoire, a été lourdement sanctionnée par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

La raison principale de ce déluge de mesures drastiques (voir NB) est, selon l’opinion exprimée, l’entêtement de la junte militaire à vouloir s’accrocher au pouvoir pour plus de quatre années supplémentaires, ou le défi lancé à une France qui a abandonné son « allié insoumis », en retirant brutalement plusieurs centaines de ses soldats, tout en voulant paradoxalement garder la main.

Privé de ressources cruciales pour honorer ses multiples commandes et permettre à l’Etat d’assumer ses charges courantes, le Mali va tout droit vers l’asphyxie financière qui pourrait déboucher sur un effondrement de son économie.

Dans un geste de défi à l’endroit de l’institution sous-régionale, et probablement pour faire bonne figure aux yeux d’une certaine opinion « nationaliste », la junte militaire au pouvoir à Bamako a certes bombé le torse, mais les plus lucides de ses membres ont vite compris que le pays va vers de très grandes difficultés.

Comment assurer le minimum vital, comment payer ses fonctionnaires, ses fournisseurs, comment respecter ses propres engagements financiers vis-à-vis de ses partenaires, éviter la faillite de centaines d’entreprises installées au Mali, sans être en mesure d’injecter des liquidités dans l’économie, parce que tout simplement privé de ses propres avoirs logés à la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ?

Le pire, c’est que les décisions de la CEDEAO entraînent automatiquement dans leur sillage tous les partenaires extérieurs qui comptent : Union Africaine, Union Européenne, Etats-Unis, Fonds monétaire International (FMI), Banque mondiale…

Au demeurant, la résolution de ce casse-tête devrait constituer l’urgence absolue pour les nouveaux dirigeants de ce pays africain. On est très loin des déclarations de soutien et autres condamnations vaines qui ne règlent pas du tout le problème d’un Etat sans ressources financières disponibles.

Déjà, 30 milliards de francs CFA (environ 52 millions USD) ne pourront pas alimenter les caisses déjà exsangues de l’Etat malien, l’opération d’endettement auprès du marché de l’UMOA-titres ayant été annulée in extremis, suite aux sanctions.

On a certes entendu des propositions tous azimuts dont la plus fallacieuse est la sortie de la zone CFA pour permettre au Mali de « battre monnaie ». Pour reprendre les propos critiques de l’économiste malien, Etienne Fakaba Cissoko, « on ne crée pas sa propre monnaie comme si on allait en boîte de nuit».

Et la France dans tout ça ? Il est tout de même étonnant que la junte ait servi un prétexte en or à l’ancien colonisateur qui n’avait plus aucune légitimité pour dire aux Maliens ce qu’ils ont à penser dans le cadre de leur politique de défense nationale.

Sans le délai exagéré proposé à la CEDEAO, il aurait été difficile à la France d’imposer un point de vue que la majorité des Africains ne pouvait pas comprendre : quitter volontairement un pays et vouloir empêcher que ses dirigeants choisissent librement avec qui ils veulent mener la guerre contre les djihadistes et contre la rébellion qui sévit au nord, une sorte de no man’s land, « Etat » dans un Etat s’il faut le rappeler, plaque tournante de tous les trafics.

Il est tout de même regrettable que les réflexes teintés d’émotion aient pris le pas sur le pragmatisme et la lucidité qui doivent caractériser les hommes d’Etat.

Espérons que tout le monde se reprenne et réalise enfin l’impasse dans laquelle certains veulent pousser le Mali. Une voie sans issue, un obstacle qui ne pourra être franchi que par le dialogue, la diplomatie, sur la base d’une proposition de chronogramme raisonnable.

Rappelez-vous de ce proverbe africain qui souligne qu’il ne faut jamais conseiller à un individu qu’on étrangle d’arrêter de respirer. Ce serait un suicide !

NB : Les sanctions comprennent le gel des avoirs et des comptes de cet Etat aussi vaste que pauvre (comme le sont du reste la quasi-totalité de ses voisins), la fermeture des frontières avec les pays membres de l’organisation, l’exclusion du marché financier de la zone de l’Union économique et monétaire ouest africaine, le rappel de tous les ambassadeurs des pays membres de la CEDEAO et l’activation de la force militaire en attente.

Source : Westaf Mining