La rencontre entre le chef de l’Etat et son principal opposant Cellou Dalein Diallo aura finalement lieu cette semaine pour échanger autour de la crise qui sévit dans le pays, plombant complètement l’horizon politique. Initialement prévue le vendredi dernier, cette rencontre entre Alpha Condé et  le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), est attendue par maints observateurs, qui espèrent qu’elle mènera à une sortie de crise. Même si certains sceptiques pensent eux, qu’il ne faudrait surtout pas attendre grand-chose de ce tête-à-tête, vu que les positions dans les deux camps sont tranchées…

Le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) Cellou Dalein Diallo espère tirer quelque chose de probant de la rencontre qu’il aura avec le Chef de l’État cette semaine. Au moment où nous allions sous presse, aucune date n’avait été fixée pour sa rencontre avec Alpha Condé. Après le report du tête-à-tête qui devait avoir lieu vendredi dernier à la demande de Cellou Dalein Diallo. Une décision qu’il avait justifiée dans une déclaration publiée par son parti dans la soirée du jeudi. Dans cette déclaration, l’UFDG rappelle que le chef de l’Etat a exprimé « le souhait de rencontrer vendredi 8 mai 2015 le Chef de file de l’Opposition pour une consultation dans un contexte de crise politique profonde dans le pays. » Et que le président du parti, après concertation avec ses pairs de l’Opposition, a accepté l’invitation du président Alpha Condé. »

« Malheureusement, le parti dit avoir constaté  avec une profonde indignation, qu’à la veille de cette rencontre qui a suscité de réels espoirs pour une sortie de crise, une manifestation pacifique de l’Opposition a été une nouvelle fois réprimée dans le sang avec une rare brutalité. »

Et de poursuivre son argumentaire  en disant que  « face à cette situation persistante de violation outrancière des Droits Humains, de répression systématique et aveugle des militants de l’Opposition et des citoyens en général, de la séquestration et du confinement des leaders politiques et de leur famille au mépris de leurs droits et libertés politiques, la rencontre avec le Chef de l’État ne serait, dans ce contexte de douleurs et de frustrations, ni opportune ni productive. »

Le président de l’UFDG aurait jugé donc « nécessaire le report de sa rencontre avec le Chef de l’État car celle-ci ne pourrait être constructive et bénéfique que dans un climat serein et apaisé. »

L’opposition continue de « rêver »

Cellou Dalein Diallo s’est finalement dit disposé à rencontre le chef de l’Etat à une date de sa convenance à partir de cette semaine. Pour marquer sa bonne foi en faveur d’une sortie de crise, le chef de file de l’opposition et ses pairs ont décidé de sursoir à leur manifestation prévue pour ce lundi. « Nous allons donner toutes les chances à cette rencontre. Nous prions Dieu qu’il y ait accord. Mais, s’il n’y a pas d’accord, nous ne reculerons pas », c’est en ces termes que Dalein a justifié la décision de report de la manifestation du lundi à ces militants rassemblés au siège du parti samedi dernier, lors de son assemblée générale hebdomadaire.

Alpha constant dans sa logique

Le président Alpha Condé avait néanmoins eu des échanges avec  la Coordinatrice du RPG-arc-en-ciel  Hadja Nantou Chérif, vendredi dernier à son palais. Interrogée sur l’attitude du leader de l’UFDG, la coordinatrice du parti au pouvoir nuance. Au sortir de cette rencontre, Nantou Chérif avait déclaré ceci à la presse : « je suis satisfaite de notre rencontre. Maintenant, c’est à nous  de mettre à exécution les recommandations du président de la République. Pour la mouvance, nous irons vers l’opposition encore pour qu’il y ait un terrain d’entente », a-t-elle déclaré.

« Nous avons mis beaucoup de temps à discuter sur les délégations spéciales. Le président a demandé là aussi que nous nous concertions pour voir quelles sont les concessions à faire de part et d’autre », a révélé Mme la Coordinatrice du parti au pouvoir.

En somme le président de la République aurait demandé   à la mouvance de voir avec l’opposition  quels sont les possibilités qu’ils pourraient trouver pour mettre un terme à la crise. Afin de faciliter la tenue des élections. Ces propos de Hadja Nantou Chérif confirment  à n’en pas douter  la constance du président Alpha Condé face à toute cette embrouille liée au chronogramme électoral proposé par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

Ceux qui pensent que le président lâchera du lest en invitant la Ceni à annuler le dit chronogramme qui fixe la présidentielle au 7 octobre 2015, se tromperaient lourdement, susurre un fin connaisseur du président. D’ailleurs l’entretien accordé à l’hebdomadaire Jeune Afrique paru ce dimanche, confirmerait cet avis. On y voit le président  Alpha Condé affirmer ne pas vouloir revenir sur le calendrier électoral rejeté par l’opposition. Il dit plutôt attendre  les propositions de cette dernière pour décrisper une situation politique très tendue. Car reporter la présidentielle après les élections locales ferait de lui “un chef d’État hors délais constitutionnels”. C e qu’il n’acceptera “jamais”. Alpha Condé assure néanmoins que ‘’sa porte reste ouverte’’.

Pour décrisper la situation, il faut dire que le président se rabat sur son ministre de la Justice Cheick Sako,  à qui il a donné le quitus de discuter avec l’opposition en vue de trouver des ‘’concessions réciproques’’.

A cette allure, une rencontre entre Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo n’aboutira à rien, qui puisse mettre un terme à ces bisbilles entre pouvoir et opposition. Vu que le président a invité la mouvance à entreprendre des contacts avec l’opposition pour la relance du dialogue. Le tout sous l’onction du ministre Cheick Sako. Quand on sait que ce dernier ne pourra prendre de décision sans l’aval du chef de l’Etat, des observateurs craignent que l’opposition ne se fasse  tourner de nouveau en bourrique. Cela donnerait raison à ceux qui pensent que le pouvoir  voudrait simplement jouer la montre, dans la perspective de la présidentielle fixée au 11 octobre.

Il est urgent que la classe politique dans son ensemble arrête d’user de la surenchère et de l’hypocrisie dans la gestion de notre  processus électoral. Car il ya déjà assez de victimes enregistrées lors des différentes manifestations organisées par l’opposition depuis l’avènement d’Alpha Condé au pouvoir en décembre 2010. De quoi  porter une ombre au tableau du pouvoir actuel, qui n’est pas sorti des sentiers battus en matière  de  violence et de répression des manifestations publiques. A écouter le discours prononcé par Alpha Condé lors de sa visite effectuée samedi dernier à Kankan, dans lequel il épingle à nouveau les anciens Premiers ministres, pour leur gestion sous Conté, qu’il a peint en noir, pour la énième fois, il faut se demander si la fin  de la crise est  pour demain.

Mamady Kéita (Le Démocrate)