Les événements dans le Sahel (Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger et Tchad) et dans d’autres régions du continent plaident nettement en faveur d’une reprise en main par ce continent de son destin. Un destin longtemps confisqué et piégé par certains dirigeants africains à cause de la mauvaise gouvernance, et par certaines puissances, qui n’ont nullement intérêt à ce que le continent noir s’émancipe. La chosification de l’Afrique par ceux-ci est une triste réalité qui perdure et qui ôte à des millions de personnes l’espoir d’un lendemain meilleur.

Pourtant, une extraordinaire opportunité se présente aujourd’hui pour que l’Afrique revienne à la surface. Nul n’ignore que les premiers projets d’intégration du continent avaient échoué à cause de la différence de vue entre d’une part les maximalistes qui prônaient la constitution des Etats Unis d’Afrique, dotés d’un gouvernement unique, et d’autre part, les modérés, qui prônaient quant à eux, la simple coopération interétatique entre États sans une autre forme de contraintes liées notamment à une perte de souveraineté. Derrière cette opposition se trouvait aussi la stratégie de certaines puissances, en particulier la France, de favoriser l’autonomie de l’Afrique francophone par rapport aux autres Etats du continent dans le but d’y préserver ses intérêts. Cette situation qui perdure n’a pas véritablement été à l’avantage du continent noir.

Par ailleurs, à la lumière de nombreux développements à l’intérieur du continent (changement générationnel, volonté d’émancipation de certains Etats et de diversification de leur partenariat) et dans le monde (émergence et re émergence de nouvelles puissances), l’Afrique doit songer à présent sur un nouveau mode d’intégration qui transcende ses aires linguistiques qui ne sont que les vestiges de la période coloniale. Les Etats africains doivent revenir à la charge et créer entre eux, sur la base de leurs défis communs et non de la nostalgie du passé, de nouvelles formes de solidarités face aux autres blocs régionaux du monde qui agissent de manière très harmonisée lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts.

C’est justement à ce prix que l’Union Africaine et les organisations sous régionales comme la CEDEAO pourront gagner la confiance de leurs peuples. L’un des grands défis aujourd’hui est la recherche d’une forte synchronisation entre les pratiques gouvernementales et les aspirations de plus en plus exigeantes des peuples africains en matière de gouvernance politique et de sécurité.

Si les gouvernements africains échouent à relever ces défis, le continent risque d’être de nouveau, un terrain d’expression et de manifestation de rivalités entre puissances (anciennes et nouvelles) qui ne voient dans l’Afrique qu’un réservoir de ressources à puiser au détriment de ses habitants. Plus de 60 années de collaboration avec le monde extérieur n’a pas développé le continent. En réalité, le pouvoir d’influence des Etats africains individuellement pris est sans aucune force face aux géants de ce monde. Il convient donc de revoir et même de renoncer à l’idée de tout exclusivisme partenarial par le remplacement d’un tuteur (la France) par un autre (la chine ou la Russie), lorsqu’en définitive, le résultat revient au même : la surexposition à une puissance extérieure qui ne regarde que ses propres intérêts. Ainsi, l’intérêt à long terme de l’Afrique est de définir, avec autonomie, sa propre doctrine en matière de coopération économique et sécuritaire avec le monde extérieur. Elle doit dès maintenant travailler pour que sa voix compte dans le monde dans les prochaines décennies. La Guinée, au moins dans la sous-région, peut prendre l’initiative diplomatique de relancer de telles initiatives. Mais le préalable à tout cela est bien entendu, la bonne organisation des Etats, y compris la Guinée, ce qui est encore loin d’être un acquis, compte tenu de ce qui se passe au dans le continent en matière de consolidation de la gouvernance publique.