Le président de la Fédération des tradithérapeutes et naturothérapeutes de Guinée, Docteur Abdoulaye Moussa Doumbouya dit ‘‘Savant Noir’’,  a dans un entretien accordé à notre reporter dénoncé le non-respect des engagements de Dr Sakoba vis-à-vis des guérisseurs traditionnels du pays dans le cadre de la lutte contre cette épidémie à virus Ebola qui a fait près de 2000 morts sur le territoire national. Lisez.

Bonjour docteur, vous avez pris part à une  réunion le 12 mars dernier avec les forces vives guinéennes ce, dans le cadre de la lutte contre Ebola. Vous aviez été invité en tant que représentant légal des tradipraticiens et naturothérapeutes guinéens, qu’est-ce qui a été dit lors de cette rencontre?

Savant Noir: D’abord, je puis commencer par vous dire que le 5 mars dernier, j’ai été appelé par les représentants de l’OMS et ceux de l’OAS pour m’informer de la tenue de cette réunion du 12 mars. Alors, au cours de cette réunion du 12 mars, la réunion était consacrée à la riposte contre Ebola, chacun a donné son idée. Tout le monde était présent, la classe politique, le gouvernement, le représentant des Nations-Unies. Tous étaient dans la salle et chacun a émis son idée, son point de vue sur comment peut-on lutter contre Ebola. Alors, ce jour je leur ai fait comprendre qu’il faut dire à la coordination qu’elle a complètement exclue les guérisseurs traditionnels dans la lutte contre Ebola. J’ai fais comprendre aussi au coordinateur (Ndlr, le coordinateur National de la lutte contre Ebola Dr Sakoba Keita) devant la Communauté Internationale qu’en République de Guinée il y a ne fédération (Ndlr, la Fédération des tradithérapeutes et naturothérapeutes de Guinée)qui a été mise en place par le ministère de la Santé et de l’hygiène publique avec l’accord de tous les présidents des associations guinéennes qui ont mis cette fédération en place. Et, c’est cette fédération qui est le premier collaborateur du ministère de la Santé et de l’hygiène publique. Et c’est cette fédération aussi qui va défendre toutes les associations (Ndlr, associations des guérisseurs) et aussi tous les guérisseurs traditionnels. Mais cette fédération a été exclue. Je leur ai fait comprendre qu’aujourd’hui en Afrique, 80% de la population font recours à la médecine traditionnelle. Cela est reconnu par l’OMS et l’OAS. Ensuite, je leur ai montré beaucoup d’exemples dans la salle. Quand vous faites l’analyse, nous les guérisseurs traditionnels sommes en contact direct avec la population rurale et celle urbaine. Et, le message que nous pouvons transmettre immédiatement, peu de personnes le peuvent. Parce que vous ne trouverez aucun village où il y’a cinquante personnes que vous ne verrez pas au moins quatre guérisseurs traditionnels. Donc, nous sommes aussi les mieux placés pour la sensibilisation. Mais on nous a complètement exclus. La Communauté Internationale était dans la salle et, j’ai été immédiatement répondu dans la salle par Dr Sakoba. Il avait pris un engagement devant tout le monde, y compris les médias, qu’il va collaborer avec les guérisseurs traditionnels, nous avons les images et les sons de tout ce qu’il avait dit. Mais, le lendemain, son adjoint a appelé notre chef de division, en lui disant qu’on fasse une liste de cent guérisseurs traditionnels. Ces cent personnes seront formées d’abord et, à leur tour formeront les autres. Donc j’ai été appelé par mon chef de division qui me dit que la coordination a demandé de faire une liste de cent personnes. On a envoyé donc le message à tous les présidents des associations. A notre grande surprise, nous voyons Dr Sakoba avec les chasseurs. Et c’est là il a violé son engagement. L’engagement qu’il a pris pour la collaboration entre la coordination et la médecine traditionnelle, c’est ce qu’il a violé.

A travers votre récit, on se rend compte que vous êtes apparemment déçu de Dr Sakoba…

Tous les guérisseurs traditionnels de Guinée sont fâchés contre lui, je suis leur voix. Vous avez vu aujourd’hui (Ndlr, le dimanche 29 mars 2015) qu’il y’a une réunion qui vient de se tenir. En république de Guinée, il y’a 28 associations de guérisseurs qui sont agréées, 27 étaient là aujourd’hui. Tous les présidents y ont pris part. Il n’y a pas une personne qui n’est pas fâchée contre lui. Il y’a une fédération de guérisseurs qui est agréée et qui est légale par le N°961. Et cette fédération a signé un protocole d’accord avec le ministère de la Santé et de l’hygiène publique. Quand nous sommes arrivés vers ce ministère pour la signature dudit protocole d’accord, ils nous ont demandé d’avoir l’avis technique délivré par la direction nationale de la santé. Nous avons été à la direction  et avons eu l’avis technique. Ensuite, le ministre de la Santé nous a demandé d’aller encore voir l’avis technique de la division de la médecine traditionnelle. Nous y avons été pour avoir le leur, et nous sommes venus le déposer. Il nous a demandé par la suite où se trouve notre siège et, nous lui avions dit que notre siège se trouve dans le secteur 5 Yattaya de la commune de Ratoma. Il nous a encore demandé d’aller voir la direction communale de la commune de Ratoma pour aussi avoir leur avis technique, ce que nous avons fait. C’est pour vous dire que notre fédération est légale. Nous avons signé le protocole avec le ministère de la Santé. Mais si vous voyez que Dr Sakoba a passé par les chasseurs, c’est parce qu’il sait que s’il monte un projet et qu’il vient vers le ministère de la Santé, il ne va pas gagner beaucoup d’argent là-bas. Donc il cherche maintenant à manipuler quelques personnes en les présentant à la télévision nationale pour dire que ce sont les guérisseurs. Tous savent que les chasseurs sont en contact direct avec le ministère de la Défense. Personne ne peut le contester. Dans le cas où il y’aurait un trouble dans le pays, on ne le souhaite pas bien sûr, les chasseurs peuvent venir en aide, mais nous guérisseurs traditionnels sommes en contact direct avec le ministère de la Santé et de l’hygiène publique. Dr Sakoba doit collaborer avec les guérisseurs traditionnels, normalement c’est nous qui devons être ses premiers collaborateurs puisque nous sommes reconnus par l’OMS et le ministère de la Santé et de l’hygiène publique.

Réellement, pourquoi vous vous obstinez à ce que la coordination travaille avec vous?

Mais attendez, si la coordination doit travailler avec quelqu’un, si elle veut lutter efficacement lutter contre Ebola, il faut que le message puisse passer vite. Et, ce sont les guérisseurs qui sont les mieux placés. Il ne s’agit pas de venir voir « Savant Noir. » Non! Il s’agit de venir vers la communauté des tradipraticiens. Parce que, certains cadres s’aventurent à dire que les tradipraticiens ne sont pas d’accord entre eux, c’est leur manière, c’est leur politique de manger nos biens. Sinon entre les tradipraticiens, il n’y a pas de problèmes.

Le coordinateur national dans le cadre de la riposte contre le virus Ebola, a préféré les chasseurs à votre fédération de guérisseurs. Quels liens existeraient entre chasseurs et tradipraticiens?

La dernière fois vous avez vu les chasseurs à la télévision, ils avaient en main des fusils de chasse. Mais nous, nous n’avons pas de fusils. Nous sommes des tradipraticiens, et c’est les plantes que nous connaissons. Ils sont avec les fusils traditionnels, ils tuent les animaux pour traiter quelques gens.

A présent parlons de la médecine traditionnelle dans un futur proche. Quel peut être l’avenir de cette médecine en Guinée?

L’avenir de la médecine traditionnelle est très difficile en Guinée. Parce que tous ceux qui ont fait le combat pour la valorisation de la médecine traditionnelle en Guinée, ont eu des problèmes. Les gens qui ont mené ce combat ont été déçus, ils n’ont pas été encouragés. Moi, personnellement, j’ai travaillé avec Dr Gbanacé Togba. En 1992 il a été mon premier tuteur au ministère de la Santé. J’ai été accompagné par la direction préfectorale de la santé de Coyah. Quand j’ai fait beaucoup de preuve à Manéah, le sous-préfet de Manéah m’a envoyé chez son préfet à Coyah pour lui dire que M. le préfet il y’a un tradipraticien dans ma sous-préfecture que je n’ai jamais vu depuis ma naissance, Almamy Sory Camara, il est natif de Dubréka. C’est à ce temps que le préfet a automatiquement appelé le DPS Dr N’Faly Keita, Dr Bangoura et Dr Sow qui étaient à la direction préfectorale de la santé de Coyah à l’époque. Ils m’ont accompagné à Manéah et ils m’ont dit de travailler régulièrement avec le chef de centre de santé de Manéah à l’époque. Et quand j’ai fait beaucoup de preuve, la direction préfectorale de Coyah m’a accompagné au ministère de la Santé en 92-93. Et ce, en me mettant en contact direct avec Dr Gbanacé. Il me consultait à Manéah. De cette époque jusqu’à aujourd’hui aucun cadre du ministère de la Santé ne va te dire que « Savant Noir » a monté un projet et il a eu 5 francs. J’ai ma recette thérapeutique, je n’attends pas un bailleur de fond. Mais aujourd’hui je parle au nom de mes amis, au nom des tradipraticiens. Parce que nous sommes complètement oubliés. Si vous vous souvenez, la médecine traditionnelle a été institutionnalisée en Guinée le 3 mars 1978 appelé à l’époque médecine populaire par le feu président Ahmed Sékou Touré. Et la deuxième république a reconduit cette même appellation en signant un arrêté le 4 novembre 1997. La troisième république vient de signer un protocole d’accord entre le ministère de la Santé et de l’hygiène publique et la fédération guinéenne des tradithérapeutes et naturothérapeutes. Maintenant aujourd’hui, si vous faites une analyse c’est cette fédération qui devrait prendre beaucoup de décisions. Il y’a des guérisseurs traditionnels étrangers qui viennent aujourd’hui dans notre pays sans documents. Ils viennent passer tous les temps à mentir dans les radios et télévisions privées. La personne malade c’est comme une personne qui se noie dans l’eau et quand tu lui donnes un couteau tranchant il le prendra; ces guérisseurs-là viennent dire dans les radios n’importe quoi. Ils disent qu’ils soignent çà et ils vont même à dépasser la limite en disant qu’ils ont la pommade de la chance. Si cela est une réalité, pourquoi ils ne sont pas restés dans leurs pays pour partager çà à leurs frères? Si quelqu’un vous dit qu’il a une pommade qui donne de la chance, les gens doivent comprendre que c’est un menteur. Mais quand vous prenez la décision d’interpeler ces gens, vous trouverez qu’ils sont couverts par d’autres personnes. Nous l’avons déjà dit à notre chef de division, il est formellement interdit de délivrer des attestations à un guérisseur traditionnel sans une preuve. Il faut beaucoup de preuves, l’attestation n’est pas donné à un tradipraticien comme çà pour de l’argent; il faut beaucoup de preuves. Nous avons un chef de division qui est très honnête. Il ne parle pas beaucoup, mais son seul défaut, il a peur de ses chefs plus que Dieu. Sinon c’est lui qui doit défendre la médecine traditionnelle, c’est lui qui doit être le porte-parole des guérisseurs traditionnels. Mais il est là-bas il ne dit rien; tout ce que ses chefs parlent, c’est ça qu’il fait. Donc c’est là que se situe notre problème.

Avant de terminer cet entretien, quel message avez-vous à l’endroit de Dr Sakoba?

Ce que j’ai a dit, c’est de dire à Dr Sakoba de revoir sa décision immédiatement et de collaborer avec les guérisseurs traditionnels. Les guérisseurs traditionnels m’ont chargé de lui dire de revenir, encore, collaborer avec nous. C’est nous qui sommes les mieux placés pour une franche collaboration.

Et si vous n’obtenez pas gain de cause, qu’allez-vous faire?

S’il ne vient pas sur sa décision, l’avenir jugera le reste.

Quel message avez-vous à lancer au président de la république et aux représentations des organisations des Nations-Unies qui ont pris part à la réunion du 12 mars?

Comme je vous l’avais déjà dit, ils ont leur méthode, ils ont la force de passer leur message dans les médias nationaux. Ce que les gens voient à travers ces radios et télévisions nationales, c’est ce qu’ils vont croire. Mais, il n’y a pas de franche collaboration entre la coordination et les guérisseurs traditionnels. Dr Sakoba a violé l’engagement qu’il a pris devant la communauté internationale. Sinon, Fodé Tass qui est aujourd’hui son chargé de communication, si je suis devenu ce que je suis aujourd’hui, c’est en partie grâce à lui. Ce sont les Fodé Tass qui m’ont accompagné en mes difficiles en 1991, 1992, 1993 et 1994. Ce sont eux qui passaient mes communiqués dans les radios, Fodé Tass, Yamoussa Sidibé et Issa Condé ainsi que M. Camara l’ancien directeur de la RTG. Mais c’est que, lui aussi n’a pas la force. Ce qu’on lui donne, c’est ce qu’il fait passer. Mais, on n’a pas de reproches à faire à Fodé Tass, c’est un cadre extraordinaire qui défend ses structures. C’est Dr Sakoba qui a déconné, parce que c’est lui le patron. Ainsi, je lance un appel au professeur Alpha Condé et aussi à la Communauté Internationale de dire à Dr Sakoba de redonner la main aux guérisseurs traditionnels, la médecine moderne et traditionnelle sont complémentaires. Et de lui dire que, si la médecine moderne gagne du terrain aujourd’hui et continue toujours à gagner le terrain sur la médecine traditionnelle, c’est parce que, les recherches menées pour les médecins modernes sont accompagnées par des moyens adéquats ce qui les permet d’aboutir à des résultats plus concrets. Quant à nous les guérisseurs traditionnels, nous sommes confrontés à beaucoup de problèmes d’ordre économique et social. Nous n’avons pas d’accompagnement. Je puis vous dire, la médecine moderne est appelée médecine conventionnelle. Toutes les communautés se sont donné la main en mettant tous les outils nécessaires à la disposition de cette médecine conventionnelle, c’est la raison pour laquelle elle a trouvé l’ampleur qu’elle a sur le plan international. Quant à l’indigénat, la médecine traditionnelle elle ne trouve pas d’appui. Tous les domaines ont du soutien sauf la médecine traditionnelle. Nous sommes oubliés par les bailleurs de fonds, par les entrepreneurs et même par le gouvernement, parce que le premier bailleur devrait être le gouvernement. Ils doivent aussi comprendre que 80% de la population guinéenne se soigne aujourd’hui à travers l’indigénat. Une anecdote, j’ai envoyé un de mes oncles de N’Zérékoré pour venir faire une intervention chirurgicale de prostate à Ignace Deen, il a fait deux semaines sans trouver de place; on nous dit que la place est limitée. Or dans la médecine traditionnelle il n’y a pas ce problème de place et de disponibilité. Aujourd’hui en république de Guinée, même si un chef de quartier tombe malade, son premier mot, emmenez-moi au Maroc ou au Sénégal. La Guinée et le Sénégal, c’est la même chose. Il faut qu’on s’organise. Eux ils ont organisé la médecine traditionnelle, mais chez nous, on a beaucoup saboté. Les guérisseurs traditionnels ont eu beaucoup d’avantages ici par rapport à nous les locaux. Parce qu’on les accepte de mentir dans les radios et à la télévision. Donc, je lance un appel à tous les guérisseurs traditionnels de rester calme, et d’attendre la décision de Dr Sakoba, dans les jours à venir ils seront informés. Et nous prendrons une décision ensemble.

Merci Savant Noir.

C’est à moi de vous remercier.

Propos recueillis par Oumar Daroun Bah (Le Démocrate)

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