Ça y est, ils sont finalement parvenus à leurs fins ! Avec les conclusions du dernier conseil des ministres, ceux qui ont dit « haro sur le baudet » ont dû se frotter les mains.

Après avoir créé le buzz avec un audio autour d’une réunion de certains cadres du ministère des Transports et des Infrastructures (et d’autres venus d’ailleurs), tous enregistrés sans qu’ils n’en sachent rien, celui qui était probablement une cible désignée de longue date a été touché.

Après la décision de le suspendre de ses fonctions, ce qui est déjà incompréhensible aux yeux de nombreux observateurs puisqu’il n’a nullement participé à ladite réunion, le ministre Yaya Sow a été ainsi, en définitive, débarqué de l’attelage gouvernemental le mercredi 16 novembre 2022. À la plus grande joie sans doute de ceux qui voulaient son scalp et qui ont œuvré inlassablement pour cela.

Motif invoqué ? « L’ouverture d’enquêtes judiciaires devant la cour de répression des infractions économiques et financières ». Et comme pour enfoncer le clou, c’est une injonction de l’impétueux Charles Wright, ministre de la Justice, qui vient demander, avec une célérité incroyable et avant la conclusion desdites enquêtes, à ce que des poursuites soient engagées contre lui et sept autres personnes incriminées.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que si en général l’opinion adhère à la volonté déclarée des autorités de lutter contre la corruption et les malversations financières, on ne peut s’empêcher d’être perplexe au regard de certaines failles, de quelques interrogations sans réponse et de toutes ces zones d’ombre qui persistent dans cette affaire qui fait grand bruit.

Outre le fait que Yaya Sow n’a pas appelé à ladite réunion et n’y a pas pris part, on perçoit mal qu’il puisse s’associer, d’une manière ou d’une autre et à quelque fin que ce soit, à des personnes avec lesquelles il était plutôt – et c’est un pur euphémisme – en froid. Pour ne pas dire à couteaux tirés.

Notamment le sieur Saa Yolande Camara, aujourd’hui ancien directeur national de l’entretien routier, qu’il avait suspendu à l’époque pour faute grave. Et qui n’avait vu sa sanction levée que grâce à une intervention, accompagnée de menaces selon une source, du Premier ministre Bernard Goumou. Celui-là même qui a signé en l’occurrence, la semaine dernière, la mesure de suspension qui a précédé son éviction actée mercredi.

Des accusations qui jurent avec le bon sens

Hormis ce cas, de nombreux cadres ont subi le courroux de l’ancien fonctionnaire international pour diverses insuffisances et fautes : incompétence avérée, concussion, présentation de faux diplômes, soustraction frauduleuse de documents, abandon de poste, etc. On peut citer de façon non exhaustive, le directeur régional des Infrastructures de Labé, Saïdou Pita Diallo, ou encore le directeur adjoint du laboratoire des TP, Sayon Samoura. Tandis que des cadres comme N’Famara Condé (conseiller en communication) et un certain Koïvogui ont été, quant à eux, purement et simplement mis à la disposition du ministère en charge de la Fonction publique.

Peut-on sanctionner des gens avec lesquels on ferait des combines ? Ou alors, oserait-on se lancer dans des coups fourrés en compagnie de personnes avec lesquelles on est en conflit ouvert, à l’image du secrétaire général Patrice Toupou ? Dans le fameux audio, il a été dit que le gouvernorat de Conakry aurait bénéficié de 12 contrats, mais aucun cadre n’a été convoqué là-bas, à fortiori suspendu ou limogé. De même, deux personnes qui ont pourtant participé à ladite réunion n’ont été ni convoquées ni suspendues, encore moins limogées.

Les contrats dont il est question, le ministre les a gardés durant au moins 6 mois avant de les signer, après la quotation de la cellule des marchés. Il faut convenir que c’est là une attitude curieuse, si effectivement Yaya Sow voulait tremper dans des magouilles. Si c’était le cas il se serait plutôt empressé d’y apposer sa signature. Mieux, au lieu de jeter son dévolu sur des contrats relativement petits, de 150 millions GNF avec des avances de démarrage de 30 à 40 millions de nos francs, il aurait été alors plus inspiré de lorgner sur des marchés beaucoup plus importants. Ceux par exemple des cadors du secteur.

Au contraire, Yaya Sow s’est montré intraitable et n’a pas hésité à croiser le fer avec de grosses boîtes du genre EBOMAF, appartenant au richissime homme d’affaires burkinabé, Mahamadou Bonkoungou. Une société incriminée dans un présumé détournement de 65 millions d’euros au détriment de l’Etat guinéen. Un dossier qu’il a d’ailleurs transmis à l’Agent judiciaire de l’Etat, ainsi que celui relatif à une sombre affaire de vente de locomotives à une société russe.

Il faut dire que les agissements de ceux qui avaient juré d’avoir sa tête n’étaient pas méconnus du ministre Yaya Sow, et plus généralement de ce petit monde évoluant dans ou autour du ministère. À cause justement de sa rigueur, de son intransigeance, Yaya Sow s’était fait beaucoup d’ennemis, et parmi eux des puissants. Sans occulter le fait que l’envergure du portefeuille à lui confié par le président de la transition, a toujours suscité des convoitises. D’où la formation, dès après sa nomination, de plusieurs clans dans le département, avec d’influents soutiens et la ferme volonté de saper son travail.

L’occasion fait le larron, dit-on. La lutte à outrance contre le détournement de deniers publics à laquelle se disent engagées les autorités de la transition, et la préparation psychologique du populo à propos, ont dû apparaître aux yeux de ses contempteurs comme le moment propice pour lui régler son compte. Au nom de la reddition des comptes et de la croisade contre la corruption !

N’Gara Baldet

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