À la faveur de la Journée internationale de commémoration des travailleuses et travailleurs décédés ou blessés au travail, célébrée ce 28 avril 2026, la Coordination nationale de l’Intersyndicale Santé au Travail a pris la parole pour interpeller autorités, employeurs et partenaires sociaux. Au cœur de cette sortie : l’urgence de mieux protéger les travailleurs face à des risques de plus en plus complexes.

Dans une déclaration rendue publique, le coordinateur national Tamba Abel Brourouno a d’abord salué la mémoire des victimes d’accidents et de maladies professionnelles, avant d’attirer l’attention sur des menaces grandissantes qui pèsent sur le monde du travail.
Le document insiste notamment sur l’apparition de nouveaux défis, à la fois psychologiques et environnementaux : « le thème de cette année met en lumière deux défis étroitement liés : les troubles de la santé mentale et les risques psychosociaux au travail, ainsi que les menaces physiques croissantes liées à la chaleur extrême, conséquence directe du changement climatique. ces deux crises coûtent des vies, détruisent les moyens de subsistance et portent atteinte chaque jour à la dignité des travailleuses et travailleurs.le coût croissant de la dépression et de l’anxiété, la perte de productivité liée au stress thermique pouvant atteindre jusqu’à 2,2 %, l’absence de mécanismes juridiques de protection adaptés, ainsi que la forte exposition des travailleurs de l’économie informelle, agricole et migrante ».
Face à ce constat, l’Intersyndicale formule plusieurs recommandations à l’endroit des employeurs. Elle préconise notamment « réaliser des évaluations obligatoires des risques psychosociaux sur les lieux de travail et à en communiquer les résultats aux travailleurs et travailleuses ainsi qu’à leurs organisations syndicales.[..]l’élaboration et la mise en œuvre d’une politique de santé mentale au travail, co-construite avec les syndicats et les travailleurs », ainsi que « garantir un accès confidentiel à des services de soutien en santé mentale, sans crainte de sanctions disciplinaires ni de stigmatisation ».
La Coordination nationale insiste également sur la nécessité de s’attaquer aux causes profondes des difficultés rencontrées dans les milieux professionnels : « s’attaquer aux facteurs liés à la charge de travail, à l’organisation du temps de travail et aux conditions organisationnelles, sans réduire la santé mentale à de simples stratégies d’adaptation individuelles.assurer une tolérance zéro à l’égard du harcèlement, des brimades et des violences fondées sur le genre sur le lieu de travail, avec des procédures de signalement claires et accessibles ».
Concernant les effets du changement climatique, la structure syndicale appelle à des mesures concrètes pour protéger les travailleurs exposés. Elle demande notamment de « réaliser des évaluations des risques liés à la chaleur pour tous les travaux effectués en extérieur ou physiquement exigeants » et « d’accorder des congés de maladie rémunérés en cas de maladies liées à la chaleur. adopter ou actualiser la législation en matière de sécurité et de santé au travail (SST) afin d’y intégrer explicitement les risques psychosociaux, la santé mentale et le stress thermique ».
Au-delà de ces recommandations, l’Intersyndicale plaide pour une réforme plus large des dispositifs de protection. Elle propose entre autres « d’étendre la protection en matière de SST aux travailleurs et travailleuses de l’économie informelle, de l’agriculture, du travail domestique et du travail de plateforme.[..]rendre obligatoires des évaluations des risques climatiques dans les cadres nationaux de SST, conformément aux orientations de l’OIT publiées en 2024. -renforcer le financement et la formation des services d’inspection du travail -intégrer la santé mentale dans les régimes nationaux de protection sociale et intégrer la santé des travailleurs dans les contributions climatiques nationales. -ratifier et mettre en œuvre la Convention n°190 de l’OIT sur la violence et le harcèlement, ainsi que les Conventions n°155 et n°187 sur la sécurité et la santé au travail ».
Enfin, la déclaration invite les organisations syndicales à renforcer leur rôle sur le terrain. Elle les encourage à « former les représentants en matière de sécurité et de santé au travail ainsi que les délégués syndicaux aux risques psychosociaux, à la surveillance numérique et au stress thermique.la mise en place d’un mécanismes sûrs et confidentiels permettant aux membres de signaler des préoccupations liées à la santé mentale sans crainte de stigmatisation » avant d’insister aussi sur « l’intégration de la santé mentale et de la justice climatique dans les priorités de la négociation collective et sur la nécessité de veiller à ce que la voix des travailleuses soit pleinement prise en compte ».
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
