Censure

Fria : quand l’école publique devient un terrain de campagne électorale

L’implication de la Direction Préfectorale de l’Éducation dans la promotion d’une candidate à la députation soulève des questions sur la neutralité de l’administration scolaire.

Il y a parfois des adversaires dont un régime n’a même pas besoin. Certains de ses propres cadres se chargent eux-mêmes de lui créer des problèmes, de brouiller son message, et parfois même de fragiliser son crédit auprès de l’opinion.

L’épisode qui se déroule actuellement à Fria mérite, à ce titre, une attention particulière. Qu’une Direction Préfectorale de l’Éducation organise un tournoi interscolaire est en soi une initiative louable. Le sport scolaire, la cohésion entre établissements, l’émulation de la jeunesse : voilà des missions qui entrent pleinement dans le rôle de l’institution éducative. Mais là où la situation devient profondément préoccupante, c’est lorsque cette activité censée rassembler la communauté éducative se retrouve associée, de manière ouverte et assumée, à une candidature politique.

Voir un tournoi interscolaire organisé au nom d’une candidate à la députation, assister au lancement officiel — voire officieusement officiel — d’une campagne électorale sur un terrain de sport scolaire, observer des banderoles appelant sans détour au soutien d’une candidate… tout cela pose un problème grave. Très grave même.

Car au-delà de la simple maladresse politique, c’est ici la neutralité de l’école républicaine qui est mise à mal. L’école n’est pas une permanence électorale. Elle n’est ni un instrument de propagande, ni une rampe de lancement pour des ambitions politiques individuelles. L’école appartient à tous : aux enfants de toutes les sensibilités, aux parents de toutes les convictions, à une nation entière. Lorsqu’une direction éducative semble donner, par ses actes ou ses symboles, son soutien à une candidature particulière, elle envoie un message dangereux : celui d’une administration qui ne se contente plus de servir l’État, mais qui choisit ses préférences politiques.

Et c’est là que le danger devient institutionnel. Car ce type de comportement ne ternit pas seulement l’image d’un service préfectoral. Il peut finir par éclabousser tout un pouvoir. Dans l’opinion, la nuance disparaît souvent rapidement : les fautes individuelles deviennent les fautes du système. Les ambitions personnelles de certains cadres finissent par être perçues comme une stratégie du régime lui-même.

C’est précisément ce qui est regrettable. À l’heure où les autorités cherchent à renforcer la crédibilité des institutions, à rassurer sur l’équité du processus démocratique et à restaurer la confiance entre l’administration et les citoyens, certains responsables locaux semblent malheureusement travailler dans la direction opposée.

Ils n’aident pas le pouvoir. Ils le fragilisent. Servir un régime, servir un gouvernement, servir l’État, ce n’est pas instrumentaliser son poste pour fabriquer de la popularité à un candidat en difficulté. Servir l’État, c’est protéger l’impartialité des institutions, préserver la neutralité des services publics et garantir que chaque citoyen, chaque candidat, parte avec les mêmes chances dans la compétition démocratique.

À Fria comme ailleurs, il est temps de rappeler une évidence : on peut faire de la politique, mais on n’a pas le droit de politiser l’école.

Et ceux qui confondent fonction publique et militantisme personnel ne rendent service ni au pouvoir, ni à la démocratie, ni à la République.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com