Conakry-Le 1ᵉʳ octobre 2025, un nouveau-né a été enlevé au Centre médical communal (CMC) de Ratoma, dans la commune du même nom, à Conakry. Les jours suivants, le bébé a été retrouvé et les suspects interpellés par la police.
Ce jeudi 2 juillet 2026, le procès des quatre accusées s’est ouvert devant le tribunal de première instance de Dixinn. Elles sont poursuivies pour des faits présumés d’enlèvement, de complicité et de faux en écriture. Ces infractions sont prévues et punies par les articles 19, 20, 303 et 587 du Code pénal. Elles sont placées sous mandat de dépôt à la maison centrale depuis le 22 octobre 2025.
Après l’identification des quatre accusées par le tribunal, Haby Diallo, présentée comme la principale instigatrice de l’enlèvement, a été appelée à la barre pour sa déposition.
Gestionnaire de profession, Haby Diallo a entamé sa déclaration par une demande adressée au tribunal. « Si je peux me permettre, je demande pardon à Mme Makalé Soumah, la mère de l’enfant que j’ai enlevé au CMC de Ratoma, ainsi qu’aux trois femmes avec qui je suis en détention, qui m’ont aidée à avoir un enfant pour mon mari parce que j’étais obsédée. M. le président, si vous pouvez m’aider à libérer ces femmes, vous aurez fait une grande chose pour moi », a-t-elle déclaré, avant de s’agenouiller, interrompue aussitôt par le juge.
Elle a poursuivi : « Au début, j’avais nié les faits, mais pour être en harmonie avec moi-même, j’ai fini par dire la vérité. La seule coupable dans cette affaire, c’est moi. Je vous demande pardon. »
Après ces déclarations, Haby Diallo n’a pas souhaité revenir sur les préparatifs de l’enlèvement. « On ne peut pas vous aider si on ne connaît pas la vérité. Expliquez-nous ce qui s’est passé. Comment êtes-vous entrée en contact avec les femmes auxquelles vous demandez pardon ? », lui a lancé le président du tribunal.
Une vie, deux foyers loin de la paix…
Un silence pesant s’est installé dans la salle d’audience. En larmes, Haby Diallo a finalement décidé de raconter son histoire.
« Lors de mon premier mariage, j’ai épousé un Malinké. La première semaine, je suis tombée enceinte. Il m’a abandonnée. C’est lorsque l’enfant a eu six ans qu’il est revenu à la maison, déjà malade. Quelque temps après, il est décédé », a-t-elle raconté.
Selon elle, sa mère souffrait de troubles mentaux depuis son enfance. Elle affirme avoir été élevée par son père, qu’elle décrit comme son meilleur ami et son confident. Après les souffrances vécues dans son premier foyer, son père aurait juré de ne plus jamais la donner en mariage.
Quelque temps plus tard, Soriba Kaba s’est présenté pour l’épouser. Une union que son père n’a jamais acceptée. Selon Haby Diallo, parce qu’elle aimait cet homme, ses oncles et sa tante (décédée pendant que Haby est en prison, ndlr) ont décidé de célébrer le mariage malgré l’opposition de son père, qui aurait alors rompu tout lien avec elle. Elle affirme que même ses sœurs, présentes à la cérémonie, ont été rejetées par leur père.
Elle dit avoir ensuite commencé une nouvelle vie de couple. « Mon mari m’a aimée et respectée, mais sa famille m’a détestée. Ils disaient que mon mari avait épousé une vieille femme qui ne pourrait plus avoir d’enfant, (…). Je me suis dit que si j’avais un enfant, sa famille finirait par m’aimer. J’étais donc obsédée par l’idée d’avoir un enfant pour mon mari. C’est ce qui m’a poussée à faire cela », a expliqué Haby Diallo.
Un enlèvement minutieusement préparé avec sa complice Fatoumata Condé…
Les larmes avaient cessé, mais l’émotion restait perceptible dans sa voix. Le silence régnait toujours dans la salle.
L’accusée affirme être tombée enceinte de son mari. Au cinquième mois de grossesse, elle aurait perdu le bébé alors que son époux était en mission à l’étranger. Elle dit n’avoir informé personne de cette fausse couche.
« Je suis allée au centre Flamboyant pour voir Fatoumata Condé, une sage-femme. Elle n’était pas sur place. Je l’ai appelée au téléphone. Le lendemain, nous nous sommes retrouvées au carrefour de Yembéya. Je lui ai expliqué mes souffrances dans mon foyer. Elle m’a conseillé de ne rien dire à mon mari et de continuer à faire croire que j’étais enceinte. »
Elle précise que la sage-femme lui aurait également conseillé de demander à dormir séparément de son mari pendant toute la durée supposée de la grossesse.
Selon Haby Diallo, la situation est restée ainsi jusqu’au 30 septembre, date à laquelle Fatoumata Condé lui aurait expliqué comment aller prendre un enfant. Une fois l’opération réalisée, elle devait l’appeler pour annoncer qu’elle avait accouché.
« Le matin, à 7 heures, je me suis rendue à Ratoma. J’ai eu peur. Je me suis assise en face de l’endroit où se trouvaient les bébés. J’ai vu une femme déposer un bébé. Ensuite, je suis entrée et j’ai pris le bébé. Je suis rentrée à la maison et j’ai appelé Fatoumata pour lui dire que j’avais accouché. Elle est venue. Elle m’a aidée à nourrir le petit. Je lui ai remis le carnet rouge et elle a rempli la partie concernant l’accouchement. Ensuite, j’ai appelé mon mari. Elles ont échangé. Elle lui a annoncé que j’avais accouché, puis elle m’a passé le téléphone et j’ai confirmé que j’avais mis au monde un garçon », a-t-elle détaillé.
Selon elle, le jour du baptême, elles ont déclaré avoir perdu la déclaration de naissance permettant d’établir l’acte de naissance de l’enfant à la mairie. Elles auraient alors sollicité Djenabou afin d’obtenir une nouvelle déclaration. Cette dernière leur aurait demandé de venir avec le carnet de grossesse.
À l’issue de cette déposition, le tribunal a renvoyé la suite du procès au 9 juillet prochain.
Bhoye Barry pour guinee7.com
