Le limogeage du directeur général de l’Office Guinéen de Publicité (OGP), Aladji Cellou, et de son directeur général adjoint, Jean-Marie Coumbassa, continue d’alimenter les débats au sein de l’opinion publique. Au-delà de la décision présidentielle, c’est surtout la perception d’un traitement inégal qui suscite de nombreuses interrogations.
Pour beaucoup d’observateurs, les images ayant circulé sur les réseaux sociaux montrent un directeur général adjoint faisant irruption dans le bureau de son supérieur hiérarchique, alors que celui-ci tenait une réunion avec des représentants du syndicat. Cette séquence a conduit à une décision radicale : les deux responsables ont été relevés de leurs fonctions pour ‘‘inconduite’’.
Une sanction identique qui laisse perplexes certains citoyens. Beaucoup s’interrogent sur les raisons pour lesquelles le directeur général – qui par ailleurs a sorti l’entreprise du trou- et son adjoint ont été sanctionnés au même niveau, alors que, selon les vidéos largement relayées, l’initiative de l’altercation serait venue du directeur général adjoint.
Ces interrogations sont d’autant plus nombreuses que Jean-Marie Soriba Coumbassa n’en était pas à son premier différend avec sa hiérarchie.
En effet, le 22 janvier 2026, le ministère de l’Information et de la Communication avait prononcé sa suspension pour ‘‘manquement grave à ses obligations professionnelles’’. La décision rappelait qu’il avait déjà reçu un avertissement formel le 3 novembre 2025. Malgré cette mise en garde, le ministère estimait qu’il avait persisté dans des comportements fautifs portant atteinte ‘‘à l’honneur et à l’intégrité physique de la hiérarchie’’.
Moins d’un mois plus tard, le 9 février 2026, cette suspension était levée. Toutefois, cette réintégration était assortie de conditions strictes. L’intéressé devait notamment quitter intégralement et sans condition l’ensemble des réseaux sociaux — Facebook, TikTok, Instagram, Snapchat, entre autres — jusqu’à nouvel ordre.
La décision précisait également qu’en cas de récidive, ‘‘une sanction de degré supérieur sera prononcée conformément à la loi’’.
Par ailleurs, l’article 3 de cette même décision rappelait explicitement au directeur général adjoint son obligation de respecter les principes d’impartialité, de neutralité, ainsi que de s’abstenir de tout comportement susceptible de porter atteinte à la dignité de sa fonction, aux institutions de la République ou de faire douter de la neutralité du service public.
Pour plusieurs observateurs, ces exigences n’auraient pas été respectées après sa réintégration. L’altercation survenue récemment dans les locaux de l’OGP apparaît ainsi, à leurs yeux, comme l’aboutissement d’une série d’incidents déjà documentés.
D’où une interrogation récurrente : pourquoi une personnalité ayant déjà fait l’objet d’un avertissement, puis d’une suspension assortie de conditions aussi précises, semble-t-elle avoir bénéficié de plusieurs nouvelles chances avant d’être finalement sanctionnée ? Et pourquoi la sanction finale a-t-elle placé sur un pied d’égalité son supérieur hiérarchique ? Un enfant gâté de la République ?
Cette perception contraste avec d’autres précédents au sein de l’administration guinéenne.
En janvier 2022, par exemple, Mme Fatoumata Yarie Soumah, alors ministre de la Justice et garde des Sceaux, avait été limogée après avoir adressé une lettre de protestation au ministre secrétaire général de la Présidence. Dans cette correspondance, elle soutenait que la politique pénale de la Transition ‘‘ne se discute pas entre le président de la Transition et le personnel de la Justice, mais entre le président de la Transition, le Premier ministre et le ministre de la Justice’’, tout en demandant l’annulation d’une audience organisée avec les magistrats sans sa présence. Quelques jours plus tard, elle quittait le gouvernement.
La même année, en octobre 2022, Fatou Baldé Yansané était également renvoyée de ses fonctions de cheffe de cabinet au ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle. Son limogeage était intervenu après une sortie médiatique au cours de laquelle elle dénonçait ce qu’elle qualifiait de ‘‘contre-vérités’’ attribuées au porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo.
Ces précédents nourrissent aujourd’hui les comparaisons. Beaucoup estiment que certains responsables semblent bénéficier d’une plus grande indulgence que d’autres, alors que des sanctions beaucoup plus rapides ont été prises dans des dossiers antérieurs pour des faits parfois perçus comme moins graves.
Au-delà des personnes concernées, cette affaire remet sur la table la question de la cohérence des sanctions disciplinaires dans l’administration publique. Pour préserver la crédibilité des institutions, plusieurs observateurs estiment que les mêmes règles devraient s’appliquer à tous, sans distinction de statut, de proximité ou de position hiérarchique.
Car, dans un État de droit, la force de la discipline administrative ne réside pas seulement dans la sévérité des sanctions, mais surtout dans leur impartialité et leur égalité d’application.
Aziz Sylla pour guinee7.com
