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Patrimoine : deux comités scientifiques installés pour le retour des biens de Samory Touré et des restes de Bocar Biro Barry

Deux comités scientifiques ont été installés à Conakry pour accompagner les démarches de restitution auprès de la France.

Conakry- La Guinée accélère ses démarches pour récupérer une partie de son patrimoine historique conservé hors du pays. Ce lundi 17 août à Conakry, le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat a réuni historiens, chercheurs et spécialistes à l’occasion de l’installation de deux comités scientifiques chargés d’accompagner les procédures de restitution de biens attribués à l’Almamy Samory Touré et des restes de l’Almamy Bocar Biro Barry ainsi que de certains de ses compagnons.

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Cette initiative s’inscrit dans un vaste programme de recensement, de documentation et de valorisation du patrimoine culturel guinéen. Les experts réunis auront pour mission d’apporter les preuves historiques, les éléments scientifiques et les références documentaires nécessaires afin de soutenir les demandes déjà engagées auprès des autorités françaises. Les travaux concernent notamment un manuscrit attribué à l’Almamy Samory Touré, dont un Coran conservé en France, ainsi que les restes humains de figures majeures de l’histoire nationale.

Une volonté politique portée par le projet Simandou 2040

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À l’ouverture des travaux, Moussa Moïse Sylla a rappelé que la question du patrimoine occupe désormais une place importante dans la vision de développement du pays. « Le Président de la République a voulu que dans sa vision de développement SIMANDOU 2040, qu’une place importante soit accordée à la culture mais surtout à la dimension patrimoniale de la culture », a déclaré le ministre.

Reconnaissant que la Guinée a longtemps peu avancé dans ce domaine, il estime qu’il est désormais nécessaire de reprendre le travail de manière méthodique. « C’est vrai que sur la question du patrimoine, la Guinée a peu fait depuis son indépendance. Mais il n’est jamais trop tard pour reprendre les mais au niveau de l’État, sur les questions essentielles qui portent sur notre identité », a-t-il souligné.

Le ministre a expliqué que le projet de recensement, de documentation et de numérisation du patrimoine culturel est conduit avec le Centre international de recherche et de documentation (CIRD), dans le cadre d’une convention avec son département.

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L’objectif, selon lui, est de mieux connaître le patrimoine guinéen et de créer les conditions nécessaires à la sauvegarde des biens se trouvant en Guinée comme à l’étranger. « La finalité c’est qu’on puisse mieux connaître notre patrimoine donc nous connaître mieux nous-mêmes mais également faire de telle sorte que cela puisse être un élément de départ pour que tout ce que nous avons comme bien ou comme élément ici ou à l’étranger soit sauvegardé », a-t-il indiqué.

Le Coran attribué à Samory Touré au cœur du projet

Dans le cadre de cette démarche, le ministère s’est également intéressé à un manuscrit attribué à l’Almamy Samory Touré, notamment un Coran conservé aux Invalides, en France.

Moussa Moïse Sylla a salué le rôle joué par L’Harmattan Guinée, dont le directeur et commissaire général, Sansy Kaba Diakité, a contribué à orienter les recherches vers ce patrimoine.

Selon le ministre, ce manuscrit pourrait occuper une place centrale dans le futur musée du livre que la Guinée ambitionne de construire à Conakry. « Un musée du livre qui va donc avoir comme élément principal ou fondateur ce courant de l’Almamy Samory Touré pour les études pour la sauvegarde et pour que ce soit un élément aussi de curiosité », a-t-il expliqué.

Ce futur musée devrait également servir de centre d’études consacré notamment aux langues et aux alphabets africains.

Bocar Biro Barry : une demande directement liée à une instruction présidentielle

Concernant les restes de l’Almamy Bocar Biro Barry et de ses compagnons, le ministre a tenu à préciser l’origine de la démarche.

Selon Moussa Moïse Sylla, l’initiative est directement partie du président de la République, Mamadi Doumbouya, lors d’une rencontre avec des acteurs de la culture. « L’alerte est partie du président de la République, son excellence Mamadi Doumbouya », a-t-il déclaré.

Il poursuit : « au cours des échanges, il a été question du patrimoine et il a tout de suite dit qu’il faudra tout faire pour ramener le reste de l’Almamy Bokar Biro qui se trouvent en France. Donc pour moi, ce n’était pas qu’une simple demande, c’était une instruction présidentielle. »

Le ministre affirme avoir ensuite saisi l’ambassadeur de France en Guinée sur cette question, après les échanges concernant le retour des biens de Samory Touré.

Des recherches ont permis d’identifier en France les restes de Bocar Biro, mais également ceux de son fils, de son frère et d’un chef de guerre, soit quatre personnes dont les noms sont connus. « Quoi qu’il en soit, nous avons engagé aussi une demande de restitution de ces restes », a annoncé Moussa Moïse Sylla.

Deux procédures encadrées par des lois différentes

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Le ministre a également expliqué que les deux démarches de restitution ne reposent pas sur le même cadre juridique. « Cette deuxième demande est encadrée par une loi qui a été votée en 2023. Donc, certains pays ont déjà bénéficié de l’application de cette loi », a-t-il précisé à propos des restes de Bocar Biro et de ses compagnons.

Pour les biens attribués à Samory Touré, il a évoqué une autre loi adoptée en France en 2026.

Moussa Moïse Sylla insiste toutefois sur la volonté de maintenir une démarche de coopération avec la France. « Nous sommes donc dans une procédure où nous collaborons avec la France sur ce sujet. Nous ne voulons pas agir avec rancœur », a-t-il affirmé.

Pour lui, le retour de ces éléments du patrimoine doit également être l’occasion de tourner une page douloureuse de l’histoire. « Nous voulons faire de telle sorte que ce passé douloureux, qu’on puisse le cicatriser et faire de telle sorte que ce soit plutôt un moment de communion, de réhabilitation de ces héros au moment où on leur redonne leur dignité », a-t-il ajouté.

Les historiens appelés à fournir les preuves

La mission confiée aux comités scientifiques sera déterminante dans la suite des procédures. Le ministre a insisté sur la nécessité de disposer de preuves, de documents et d’éléments historiques solides.

« La démarche exige des preuves, de la méthode, de la rigueur, et donc c’est précisément là que votre travail devient indispensable », a-t-il lancé aux chercheurs et historiens.

Il attend ainsi des experts qu’ils puissent « établir les faits, authentifier, documenter, relier chaque objet, chaque reste à son histoire et à sa vérité ».

Le ministre a par ailleurs assuré que les comités pourront être élargis à d’autres chercheurs. « Ce premier choix n’est pas exhaustif. Derrière, nous avons également un mécanisme dans lequel nous allons embarquer d’autres historiens, d’autres personnes qui sont également concernées par cette demande », a-t-il assuré.

Le CIRD veut accélérer le processus

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Coordonnatrice du projet de recensement et de numérisation du patrimoine historique et culturel de la Guinée, Dr Safiatou Diallo a rappelé que le CIRD travaille déjà depuis plus d’un an sur cette démarche. « Le Ministère a décliné la vision de ces comités scientifiques pour nous permettre d’avancer. Le CIRD a déjà commencé ce travail depuis plus d’une année », a-t-elle expliqué.

Elle considère le retour des objets et des restes humains comme l’un des axes majeurs du programme. « C’est un mandat donné par le Ministère de la Culture et c’est l’occasion d’ailleurs de remercier Monsieur le Ministre pour la confiance qu’il a accordée au CIRD pour mobiliser les chercheurs guinéens pour documenter et surtout ramener notre patrimoine qui est détenu à l’étranger », a-t-elle déclaré.

Pour Dr Safiatou Diallo, la Guinée doit désormais aller rapidement vers la restitution et préparer les infrastructures nécessaires à l’accueil de ces biens. « Je pense qu’il faut le faire absolument. Et l’État guinéen doit aller vite puisque la population a compris, et nous, sommes en train d’aller vite », a-t-elle soutenu.

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Elle estime également que le retour des restes humains pourrait contribuer à renforcer la mémoire collective et la cohésion sociale. « Et pour ce qui est des restes humains, je pense que là, la Guinée est prête, et ce sera l’occasion vraiment de mettre l’accent sur la cohésion sociale et la mémoire collective de notre pays », a-t-elle ajouté.

Conakry Ville Créative veut accompagner la restitution

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Point focal de Conakry Ville Créative de l’UNESCO, Sansy Kaba Diakité a, de son côté, expliqué comment le label international obtenu par Conakry a contribué à donner une nouvelle dynamique aux recherches sur le patrimoine guinéen. « Vous savez, chaque fois qu’on a un label, ça sert de levier pour provoquer des choses pour notre pays. Et c’est ce que nous avons essayé de faire par rapport à ce projet de restitution », a-t-il déclaré.

Il a notamment évoqué les recherches menées autour du patrimoine écrit de l’Almamy Samory Touré. « À part le Coran, nous avons découvert beaucoup d’autres manuscrits, beaucoup d’autres objets liés à l’écriture », a-t-il indiqué.

Pour Sansy Kaba Diakité, le manuscrit attribué à Samory Touré pourrait constituer l’un des éléments fondateurs du futur musée du livre. « Et le Coran va servir de fondement pour le premier musée du livre en Afrique », a-t-il affirmé.

« À travers l’art et la culture, la Guinée peut se réconcilier »

Au-delà de la restitution matérielle, Sansy Kaba Diakité voit dans cette démarche un enjeu d’unité nationale. « Je pense que c’est l’union qui fait la force. Vous avez vu aujourd’hui que c’est l’ensemble des intellectuels qui se retrouvent autour du ministère pour se lever comme un seul homme pour aller au combat », a-t-il souligné.

Il estime que le travail des comités scientifiques doit permettre de construire un dossier solide auprès des autorités françaises, tout en utilisant le patrimoine comme un outil de rapprochement entre les Guinéens. « Donc l’unité, et je pense que à travers l’art et la culture, la Guinée peut se réconcilier », a-t-il déclaré.

Et de conclure : « En ramenant ces objets, ça permet à la Guinée de se remobiliser autour d’une identité, et ça, ça fortifie la cohésion et le vivre-ensemble. »

Une deuxième rencontre, cette fois élargie au ministère des Affaires étrangères, est annoncée pour poursuivre les échanges autour de ces deux procédures de restitution.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com